Comment nourrir en santé toujours plus d’humains sans épuiser les ressources terrestres, dans un contexte de changements climatiques ?

Les terres sont fondamentales pour l’avenir des hommes dans un contexte de changements climatiques. D’ici 2050, elles devront tout à la fois assurer une sécurité alimentaire à 10 ou 11 milliards d’êtres humains, contribuer à réduire ou stocker nos émissions de CO2 et permettre le maintien d’un niveau suffisant de la biodiversité. On mesure déjà l’ampleur du défi à relever sachant que celles-ci sont soumises à de nombreuses pressions dues notamment à notre système alimentaire, à l’origine de 25 à 30% des émissions de GES mondiales, comme la surexploitation, la déforestation, l’érosion, la perte de biodiversité, etc. En parallèle, les changements planétaires combinés à nos habitudes de vie et nos différentes cultures affectent la santé globale, la sécurité alimentaire et la répartition des ressources.  

 Il apparait critique de bâtir un nouveau système alimentaire au Québec qui permettra à la fois de nourrir la population de façon saine et restaurer les écosystèmes, source de notre alimentation. Cependant cela pose de nombreuses questions irrésolues: 

Comment nourrir dignement une population qui s’appauvrit tout en instaurant des standards éthiques et environnementaux ? Comment mieux utiliser les terres encore fertiles pour la production alimentaire, la production de bioénergie et la captation du carbone ? Comment gérer les risques de pandémies et l’augmentation des maladies infectieuses accrus par la concentration de la production animale et l’apparition de l’antibio-résistance ?  

Afin de répondre à ces questions difficiles, Chemins de transition mobilise une diversité d’expert·e·s et d’acteurs, provenant de la santé, des sciences biologiques, des sciences humaines, de l’agronomie et bien d’autres encore, qui apportent des éclairages différents et importants.

Pour en savoir plus, consultez les onglets étapes ci-après qui font état de l’avancement du défi. Vous pouvez également consulter l’intégralité du diagnostic prospectif ainsi que l’article synthèse qui résume les échanges avec les expert·e·s impliqué·e.s à la première étape du défi.

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Développer une compréhension globale du défi, cartographier et imaginer les ingrédients du futur

D’ici 2050, les experts estiment que, du fait de l’accroissement de la population et des changements de régimes alimentaires, les terres devront assurer une hausse de 50 à 70% de la production mondiale de nourriture, contribuer à réduire ou stocker nos émissions de CO2 et permettre le maintien d’un niveau suffisant de la biodiversité [1].

Or, nous constatons que notre système alimentaire mondial (de la production à la consommation), qui a déjà permis d’assurer une production très efficace avec la révolution verte, est aussi :

  • Un dénominateur commun à différentes « pandémies » mondiales: la dénutrition, l’obésité et les changements climatiques [2, 3] ;
  • Source d’injustices pour les quatre piliers de la sécurité alimentaire (disponibilité -rendement et production ; accès -prix et capacité d’obtenir de la nourriture- ; utilisation -nutrition et possibilité de cuisiner- et stabilité -régularité de la disponibilité-) ;
  • Dominé par les accords de droit international économique (dont certains prônent la libération des échanges [4] et d’autres le protectionnisme) et guidé par les intérêts économiques des multinationales. Leurs emprises sur les décisions politiques semblent mener à l’inertie de l’action politique et à une perte de pouvoir décisionnel pour les producteurs [3] ;
  • Dépendant d’un modèle de production agricole industriel intensif, première cause de déforestation, de perte de biodiversité [1], de perturbation des cycles d’azote et du phosphate dans les sols et menaçant l’équilibre planétaire [5] ;
  • Responsable de 25 à 30% des émissions de GES à l’échelle mondiale [1] dont 14,5 % provient du secteur de l’élevage [6]. Au Canada, environ 10% des émissions de GES provient des productions végétale et animale (excluant l’utilisation de combustibles fossiles et la production d’engrais) [7].

En parallèle, les changements climatiques associés à nos modes de (sur)consommations, nos habitudes de vie, et nos différentes cultures accentuent :

  • Les déterminants de la malnutrition [8] et la santé globale (maladies et pandémies)  [9] ;
  • La sécurité alimentaire, avec une population concentrée dans les villes et un gaspillage important des ressources ;
  • Les baisses de rendements des productions végétale et animale (monocultures, productions intensives) [1] et la diminution importante de la biodiversité ;
  • Les inégalités de répartition des ressources avec des opportunités d’expansion des terres agricoles (par exemple dans le Nord du Canada, sur les terres des communautés autochtones) grâce à l’augmentation des températures moyennes et des précipitations totales annuelles (allongement de la saison de croissance et de la période sans gel [8]), combinés à des innovations techniques des pratiques agricoles [10].

La FAO a défini qu’une alimentation durable « protège la biodiversité et les écosystèmes, est acceptable culturellement, accessible économiquement, loyale et réaliste, sûre, nutritionnellement adéquate et bonne pour la santé, optimise l’usage des ressources naturelles et humaines » [11].

Le diagnostic prospectif repose sur une revue des littératures académiques et grises. Il a été complété par l’organisation de trois webinaires qui ont permis d’enrichir le diagnostic avec les expertises de plus d’une vingtaine de participants. 
 
Vous pouvez consulter l’intégralité du diagnostic prospectif. Ce dernier peut être utilisé par une diversité d’experts provenant aussi bien de la recherche que des milieux de pratiques. Il permet d’offrir aux lecteurs un survol rigoureux de plusieurs « ingrédients » du diagnostic prospectif selon six questions clés à considérer pour la transition alimentaire. Chacune des six questions comprend des constats, des tendances et des signaux faibles. 
 
Une synthèse de ce diagnostic est disponible en cliquant sur chacune des questions ci-dessous. 
a. On constate …
  • Une tension entre disponibilité/accès et normes sociales/genre/culture qui détermine des régimes et des choix alimentaires [12-16] [17] [18].
  • Une opposition entre quantité/praticité des régimes alimentaires transformés et qualité/plaisir d’une alimentation traditionnelle [4, 18-23]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • De nouvelles recommandations au niveau national et international : Guide alimentaire Canadien (GAC) et régime planétaire  [5]
  • Une émancipation de la femme, actrice d’une alimentation durable [11] 
  • Une plus grande consommation de poisson et des choix qui se font entre santé et praticité [24] [25] [26]
c. On pourrait même imaginer …
  • Des recommandations pour une alimentation consciente et culture de la non diète … [27] [28]
  • … en opposition à un contrôle de l’alimentation par des objets connectés ou aliments miracles [29]
  • Une culture de la « viande » revisitée entre champignons, insectes, algues et laboratoire [30-34] 
a. On constate …
  • La forte réalité de l’insécurité alimentaire, révélatrice d’un mal-être sociétal [35] [7, 8, 23, 36] [37, 38].
  • Un bien-être, lié au besoin d’intégration sociale, mis à mal par le prix des aliments et un manque d’éducation [12] [7, 39][48][12, 39, 40]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Encore plus de difficultés pour des populations démunies face à l’alimentation pour répondre aux recommandations du GAC [7]
  • Les cuisines collectives, un modèle intéressant à considérer pour le Québec
  • Les initiatives de récupération alimentaire de grande envergure, solution non-viable pour le bien-être [38]
  • Des difficultés pour les « marchés alternatifs » de répondre aux besoins des populations à risque [41]
  • L’éducation alimentaire des enfants à l’école comme vecteur de changement 
c. On pourrait même imaginer …
  • La promotion des initiatives citoyennes de récupération alimentaire à l’échelle locale bénéfique pour le bien-être mental   [38].
  • Des jardins solidaires porteurs d’espoir et vecteur d’enpowerment
a. On constate …
  • Des pertes et gaspillage alimentaire à plusieurs échelles, dont les chiffres controversés, représentent une part considérable des émissions de GES [35] [1]. 
  • Une dominance de trois grands acteurs de la chaine d’approvisionnement et de distribution [37] mise à mal par les magasins de marchandises générales [42].
  • Une production agricole québécoise industrielle uniforme qui ne répond pas aux besoins des consommateurs [37, 43].
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Une mode « zéro-déchet » et la réduction des emballages : des préoccupations centrées sur le contenant plus que sur le contenu
  • Un appétit pour l’économie circulaire dans l’industrie agroalimentaire afin de mutualiser les installations et les ressources
  • Le renforcement de l’achat en ligne suite à la COVID19: entre marché international et marché québécois [44] [42] [45]
  • Des nouvelles réglementations pour l’étiquetage afin d’augmenter la traçabilité et la transparence
c. On pourrait même imaginer …
  • Une lutte aux gaspillages alimentaires pour tous les maillons de la chaine : de la conception des aliments à la cuisine des restaurants, en passant par le frigo des consommateurs [46]
  • La réinvention de la production et la distribution : entre revitalisation des centres urbains avec des infrastructures accessibles à tous et automatisation des services [47].
a. On constate …
  • L’existence de multiples souverainetés alimentaires qui diminue la capacité de gouvernance [48] [40]
  • Un désir d’autonomie alimentaire qui doit tenir compte de la disponibilité des terres agricoles, contrôlée par une réglementation conservatrice [45, 49] [50] [51, 52]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Une gouvernance alimentaire basée sur la réalité et les besoins des acteurs [42]
  • Une relocalisation de l’agriculture et des services de productions avec la mise en place de systèmes alimentaires territorialisés qui renforcent la gouvernance locale mais qui restent marginaux [26, 41, 53] [54]
  • Une gestion concertée des ressources hydriques par bassin versant pour pallier les changements climatiques 
c. On pourrait même imaginer…
  • Une rupture du fonctionnement en silos pour une gouvernance cohérente entre les paliers décisionnels 
  • Approvisionnement local dans les institutions de santé et dans l’éducation
  • Un processus de reterritorialisation de la nourriture incluant la chasse, la pêche et la cueillette et la création d’une identité alimentaire
  • Un engouement pour l’agriculture urbaine parfois déconnectée du sol [55]
  • Une amélioration de l’accès aux terres agricoles pour une meilleure souveraineté alimentaire des agriculteurs
a. On constate…
  • Une dévalorisation du rôle des agriculteurs qui répondent pourtant à un besoin vital pour la société [56] [37, 57, 58]
  • Une production animale au cœur des préoccupations pour la santé de tous [8] [59, 60]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Une remise en question du système dominant par des agriculteurs inquiets et une relation changeante avec les consommateurs : entre tension avec les « anti-spécistes » et intérêt des citadins pour le local [45, 61]
  • Une préoccupation de plus en plus importante pour le bien-être de l’animal chez les agriculteurs et son impact environnemental   [62] [63] [64].
  • Des inquiétudes importantes sur l’augmentation de l’antibiorésistance avec la montée en puissance au niveau mondial du concept UNE seule santé [9, 65-68]
c. On pourrait même imaginer …
  • Une nouvelle génération d’agriculteur… [69] [70]. 
  • … qui se connecte plus facilement aux citadins
  • Des éco-labels accessibles en émergence qui reconnaissent la plus-value du secteur agricole et la place des agriculteurs [71, 72]
a. On constate …
  • Une augmentation de la dépendance à des intrants chimiques controversés pour la santé des sols, des travailleurs agricoles et des consommateurs [37, 73, 74].
  • Un manque de transfert de technologie et de connaissances liées aux résultats de la recherche concernant les pratiques agricoles durables [75].
  • Une diversité des modes de productions et des pratiques agricoles alternatives à explorer [4, 11, 76-78]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Un manque d’accompagnement pour changer les pratiques agricoles et une place critique de la main d’œuvre étrangère [37]
  • De nouvelles pratiques agricoles alternatives qui fournissent des services écosystémiques bénéfiques pour l’agriculture et l’environnement et le bien-être [77] [79-81] [82] [51, 77] [76].
c. On pourrait même imaginer…
  • Des données probantes issues d’une recherche concertée entre scientifiques et agriculteurs pour promouvoir des pratiques durables[75, 83]
  • Des ressources phylogénétiques locales et communautaires
  • Une multiplication des modèles de « Fermes alternatives » [84]
  • Le développement du « smart farming » pour contrôler et diminuer les émissions de GES du secteurs [64, 71].
Nœuds du futur : Quelles sont les questions irrésolues du défi de la transition alimentaire au Québec ?

 Repenser le système agricole, créateur d’abondance mais aussi d’injustices… :

  1. Dans un contexte de changements climatiques : Comment mieux utiliser les terres encore fertiles pour la production alimentaire, la production de bioénergie et la captation du carbone ? Faut-il choisir entre une « agriculture carbo-neutre » (stratégie d’économie des terres) ou une agriculture agroécologique (stratégie de partage des terres) ?
  2. Comment gérer les risques de pandémies et l’augmentation des maladies infectieuses accrus par la concentration de la production animale (porcs et les volailles notamment) et l’apparition de l’antibio-résistance ? [9] Comment être productif sans utiliser des antiobiotiques notamment pour limiter les perturbateurs endocriniens ?
  3. Quelles sont les réelles retombées des circuits de proximité et la diversification des semences ? Comment choisir entre atout social pour les agriculteurs et effets rebonds sur l’environnement (utilisation d’intrants ou mauvaise utilisation du sol car la production pourrait se faire plus efficacement ailleurs ou culture en serre chauffées à l’énergie fossile) ? 
  4. Comment repenser un système agricole qui ne dépende pas de la main-d’œuvre étrangère, moins chère pour les agriculteurs, tout en ayant un prix abordable pour tous les consommateurs ? Comment revaloriser le métier d’agriculteur dans un monde « urbain », confortable, connecté et mondialisé ? 
  5. Comment assurer la transmission de savoirs et le transfert de technologies pour les agriculteurs qui veulent apprendre des nouvelles méthodes sans avoir les moyens de le faire ?

    … Pour qu’il prenne en compte la diversité des bien-être
  6. Comment nourrir dignement une population qui s’appauvrit tout en instaurant des standards éthiques et environnementaux?
  7. Comment trouver le temps pour se nourrir lorsque l’on doit travailler plus se payer des aliments frais (en constante augmentation) ?
  8. Comment s’assurer que la diminution de la consommation de produit d’origine animale sur le territoire Québécois entraine une diminution significatives des émissions de GES du secteur (gestion des imports/exports)? [2] Comment les récents changements de consommation protéinique peuvent impacter la qualité du sol et sa biodiversité ?
  9. Comment favoriser le dialogue entre les universitaires et les acteurs de terrain sur les défis de la transition alimentaire ? (études sur les sols vivants, critiques dirigées vers les productions animales…)

 

Chemins de Transition remercie l’ensemble des intervenant·e·s pour leurs précieuses contributions

  • Anne-Marie Aubert, coordinatrice du Conseil alimentaire Montréalais (CSAM)  
  • René Audet, Professeur, Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, UQAM  
  • Marie Hélène Bacon, Chercheure et coordonnatrice du CREPPA, UQAM 
  • Jacques Brodeur, Professeur, Département de sciences biologiques, Directeur de l’IRBV, Université de Montréal 
  • Martine Boulianne, Professeure, Faculté de Médecine Vétérinaire, Université de Montréal 
  • Paul Carrière, Professeur retraité, Faculté de Médecine Vétérinaire, Université de Montréal  
  • Pierre-Luc Chagnon, Professeur, Faculté des arts et des sciences – Département de sciences biologiques,  Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) de l’Université de Montréal
  • Sonya Charest, Biologiste, Cheffe de division Programmes publics et éducation à l’Insectarium de Montréal – Espace pour la vie (EPVL)  
  • Linda Collette, Conseillère, Chaire de recherche en droit sur la diversité et la sécurité alimentaires de l’Université Laval, en remplacement de Geneviève Parent, Professeure, Université de Laval  
  • François Couture, Gestionnaire du secteur agroalimentaire  
  • Béatrice Dagenais, Chargée de cours, Département de nutrition, Université de Montréal 
  • Olivier Demers-Dubé, Directeur stratégique EAU et conseiller exécutif d’Zone Agtech 
  • Mélanie Doyon, Professeure, Département de géographie, UQAM 
  • Caroline Dufresne, Conseillère en transfert, Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS) 
  • Caroline Halde, Professeure, Université Laval  
  • Virginie Hamel, étudiante à la maîtrise, sous la supervision de Jean-Claude Moubarac, Professeur, Faculté de médecine – Département de nutrition, Université de Montréal
  • Catherine Houssard, ing, Ph.D, gestionnaire de projets 
  • Marina Jolly, Chargée de projet, Vivre en ville   
  • Johanne Labrecque, Professeure, Département de Marketing, HEC Montréal 
  • Geneviève Mercille, Professeure, Département de nutrition, Université de Montréal  
  • Louise Potvin, Professeure, École de santé publique, Université de Montréal 
  • Véronique Provencher, Professeure Centre Nutrition Santé et Société (NUTRISS), INAF et École de nutrition, Université Laval 
  • Marie-Josée Renaud, Coordinatrice de Union Paysanne   
  • Olivier Riffon, Professeur, Département des sciences fondamentales, Université du Québec à Chicoutimi 
  • Sébastien Sauvé, Professeur, Département de Chimie Université de Montréal

Définir une vision collective d’un futur à la fois possible et souhaitable

Les scénarios contrastés présentés ici servent à se plonger dans le futur en concrétisant différents mondes possibles en 2040. Ces scénarios déclencheurs facilitent les échanges et permettent de faire ressortir des éléments souhaitables ou redoutables. Ils servent de point de départ pour imaginer ensemble de nouveaux futurs possibles.

Aujourd’hui est un grand jour pour Eliott : après toutes ces longues journées à analyser des données, il vient d’être sacré « Fermier-Agtech » de l’année grâce à l’empreinte carbone négative de son exploitation. Il est invité à donner une visioconférence suite à la remise de son prix.
 
Présentateur – Bonjour Eliott, merci beaucoup d’être avec nous aujourd’hui, on peut dire que vous êtes LA référence pour notre nouvelle génération d’agriculteurs 5.0 ! Vous nous redonnez espoir d’un monde plus respirable avec votre ferme mangeuse de carbone ! Est-ce que vous pourriez nous parler un peu plus des clés de votre réussite ? Notamment pour ceux qui ne vous suivent pas sur votre chaine à succès « Data-fermier, génération 0 émission ».
 
Eliott – Merci beaucoup! C’est avec plaisir que je viens vous parler ce soir, je suis chanceux d’avoir une si large communauté, répandue aux quatre coins du globe. Je pourrais dire que malgré un investissement financier conséquent et qui semblait risqué, mon association avec Bombardier pour récolter des données satellites et la mise en place de capteurs au sol, ont été des stratégies payantes. En connaissant mes parcelles, j’ai réussi à assurer une forte productivité dans les champs les plus fertiles en gérant l’apport en nutriments du sol. Mon secret pour stimuler mes cultures a tout d’abord été de faire confiance à la science pour cultiver des semences résistantes aux changements climatiques. Pour mes intrants, je me suis aussi associé avec Uri’ganic, un producteur montréalais d’engrais à base d’urine enrichie en bactéries. La ville nourrit ainsi mes cultures et en contrepartie, je nourris la ville!
 
Présentateur – C’est certain que cette circularité est gagnante pour tous mais ce n’est pas le plus grand atout de votre activité, n’est-ce pas ? Quelle stratégie vous a permis d’être LE puits de carbone du Québec cette année ? 
 
Elliot – Non, en effet ! Nombre de mes terres ont été vidées de leur capacité de productionpar des mauvaises années d’utilisation au début du siècle, j’ai donc décidé de les reconvertir en hectares de forêts, un système de compensation très lucratif. Je dois aussi avouer que le travail de ma femme, Charlie, pour développer nos réseaux sociaux a permis d’échanger avec des data-farmers sur les dernières avancées technologiques, ce qui a été très utile pour mieux traiter mes données.
 
Présentateur – Et vos bêtes dans tout ça ? La viande est devenue un marché de luxe depuis la mise en place de restriction sur sa consommation, quel est votre point de vue là-dessus ?
 
Eliott – En voyant arriver la viande cellulaire sur le marché, nous avons considérablement réduit la taille de notre troupeau, on a encore quelques bêtes pour produire des cellules souches pour les compagnies, ça fonctionne bien! Pour ma part, cela fait d’ailleurs bien longtemps que je n’ai pas mangé un vrai morceau de viande ou bu du lait de vache, cela est devenu bien trop cher !
 
* CODE ROUGE : ATTENTION, VOTRE RÉSEAU A ÉTÉ VICTIME D’UNE TENTATIVE DE PIRATAGE DE VOS DONNÉES PERSONNELLES pour connaître les détails et augmenter votre sécurité, passez au membership premium plus *. Cela fait trois fois depuis l’annonce de la remise de son prix que l’écran d’Eliott vire au rouge et que sa connexion est interrompue. Il est inquiet car il se doute que le groupe d’agriculteurs résistants “Le droit à la terre pour tous” est derrière ces attaques. Hier, ses tracteurs électriques autonomes ont été détournés et ont causé de sacrés dégâts sur ses parcelles. Il doit renforcer la sécurité sur tous ses logiciels pour rester compétitif, ce qui est très coûteux. En plus de ces attaques, il voit sa facture énergétique augmenter. Combien de temps va-t-il encore pouvoir tenir ? Montrer ses faiblesses à sa communauté numérique est bien trop dangereux pour son activité, et cela fait longtemps qu’il est déconnecté de sa communauté locale qui n’a pas les moyens de s’offrir ses produits 0 carbone.

Lundi 28 septembre 2040
Discours d’investiture d’Annabel Labelle, nouvelle cheffe de l’Alliance amériquébecoise

« Chers membres de l’Alliance, je vous remercie de la confiance que vous venez de m’accorder pour mener la campagne électorale imminente. Quel chemin parcouru depuis la fondation de l’Alliance il y a dix ans. Nous avons été les premiers au Québec à tirer la leçon de la rapidité et de l’intensité des changements climatiques que nous avons subis dans les années 2020. Nous étions aussi les premiers à réagir au bouleversement géopolitique qui a vu les grands blocs continentaux se refermer sur eux-mêmes pour s’adapter et préserver l’accès aux ressources minérales, énergétiques et alimentaires essentielles. C’est pendant que nous étions au pouvoir que le Québec est devenu cette nouvelle puissance horticole que fut naguère la Californie, avant qu’elle ne parte définitivement en fumée. Bien sûr nous avons été aidés par l’allongement des saisons et la libération de terres agricoles dans le nord. Mais c’est grâce à notre action énergique que nous avons porté la surface agricole utile du pays de 5 à 25 % des terres, avec notre combinaison pragmatique d’agriculture biologique, d’agroforesterie et d’agriculture de précision. Personne n’a mieux profité de la nouvelle situation du système alimentaire nord-américain que le Québec, avec nos concombres quatre saisons, nos tomates ancestrales antichocs et tellement goûteuses, notre melon métropolitain et le soya abitibien. Pas de chance pour l’ouest canadien qui a reçu le mauvais côté des changements climatiques pour leur agriculture, heureusement que nous avons pris le relai! Bien sûr on nous a reproché d’envahir les terres non concédées avec cette mise en culture du Nord, ainsi qu’avec les nouveaux barrages nécessaires pour garder la cible carboneutre de notre agriculture spécialisée intensive. La conversion des banlieues en terres agricoles nous a fait du mal au plan électoral. Nous n’avons pas eu de chance avec ce virus qui s’est libéré au Nunavik du dégel du pergélisol pour exterminer ce qu’il restait de notre cheptel de porc avant de passer à l’humain. On nous a montré du doigt pour cette dernière pandémie, mais ce n’était pas de notre faute! Et alors! Que proposent nos rivaux de Tous Autochtones! s’ils arrivent au pouvoir? Leur grande idée est d’abattre la soi-disant dictature du régime unique de l’assiette amériquébécoise! Alors que celle-ci défend l’accès universel à une nourriture saine. Ils veulent réintroduire de la culture locale dans notre alimentation en intégrant le phoque au menu des cantines, permettre à nos réfugiés climatiques dans les villes d’accéder à n’importe quel aliment ethnique venu – à quel prix énergétique et douanier !- d’Afrique ou d’ailleurs, et réclament l’autonomie alimentaire du Québec d’abord et avant tout… Mais nous avons des obligations! Nous sommes tenus, dans la bourse carboalimentaire panaméricaine, de fournir aux autres États toujours plus de légumes contre leurs protéines animales ou végétales! Nous sommes sûr que les Québécoises et Québécois sont désormais devenus des Ameriquébécoises et Amériquébecois matures et responsables, convaincus que le régime continental est le plus sain, et le plus sûr pour que nos enfants aient une petite chance d’avenir. Alors, soyons confiants dans la victoire! »

Julie – Bonjour à tous ! Pour notre atelier culinaire d’aujourd’hui, nous avons une invitée spéciale: la répondante régionale du programme « Une seule santé » du Ministère de la saine alimentation. Marianne, bienvenue au sein de notre Havre d’aînés !
 
Geneviève – Julie, excuse-moi, mais où est Alexandre?
 
Julie – J’aurais voulu vous l’annoncer autrement, mais Alexandre a dû quitter le Havre. Son capteur intestinal a révélé qu’il ne respectait pas les consignes alimentaires adaptées à son ADN, et son assurance ne couvre plus son séjour ici. Il nous manquera. Marianne, c’est à vous!
 
Marianne – Bonjour à tous, et merci de votre accueil. Vous le savez, pour le ministère, l’alimentation est le meilleur levier pour optimiser la santé des corps et des écosystèmes naturels. C’est pourquoi il a mis en place le programme « Une seule santé », qui repose sur une production biologique contrôlée et sur l’éducation culinaire, puisque nous encourageons une alimentation faite maison. Je vais donc vous présenter le guide «Manger en 2041». Cette année, notre ministère s’est surpassé pour proposer les meilleures recettes à partir des produits cultivés et distribués au Québec. Si vous ouvrez votre application à la section automne, vous verrez les 10 recettes conçues pour la saison qui commence. Pour l’atelier d’aujourd’hui, j’ai exceptionnellement fait venir un panier de la grande serre Tremblay, car votre serre aquaponique institutionnelle ne produit les aliments que pour quatre de ces recettes.
 
Stéphane – Vous êtes en train de nous dire que, si nous voulons manger plus que quatre plats différents, il faudra commander des paniers d’ailleurs, et donc payer des surplus?
 
Marianne – Oui, mais grâce aux aides financières d’Énergo-Québec et du ministère, les paniers sont peu dispendieux au Québec. Nous sommes chanceux, pensez à nos voisins du Sud…
 
Stéphane – Peut-être, mais moi je n’aime pas commander ailleurs: comment on fait pour choisir des aliments de qualité sans les toucher et les sentir?
 
Marianne – Je vous rassure, tout ce qui est produit aujourd’hui au Québec est biologique et remplit un cahier de charge très strict pour avoir le label « Santé planétaire » : les environnements sont contrôlés et hygiéniques, tout en étant quasiment autonomes en eau et énergie, peu gourmands en intrants et très productifs. Et nos produits sont excellents ! Alors je vous propose de parcourir ensemble la liste de recettes automnales, vous…
 
Geneviève – Excusez-moi, mais on aimerait cuisiner un repas de bienvenue pour le groupe de réfugiés climatiques de Louisiane qui arrive dans deux mois. On a déjà des écrevisses dans la serre, mais on voudrait planter de l’okra.
 
Marianne – Ah non, désolée, l’okra ne fait plus partie du catalogue « Santé planétaire » depuis que ses nuisibles ont détruit des récoltes entières d’autres cultures.
 
Fannie – Ça sert à quoi d’être en santé plus longtemps et d’apprendre à cultiver et à cuisiner, si on ne peut pas en profiter pour se faire plaisir et faire plaisir aux autres? Y’en a marre du végétarien, sans gluten, sans sucre, et tout ça! Hé, vous vous souvenez de l’odeur du pain frais et du café le matin?
 
Après l’atelier, Marianne est estomaquée des réactions… Les aînés sont pourtant les premiers à bénéficier de cette initiative gouvernementale qui leur assure une plus longue vie en santé, tout en préservant la planète de leurs petits-enfants.
Lundi 30 avril 2040, 13 h, 25 degrés Celsius et grand soleil à Mont Laurier
 
Nous sommes dans les locaux de l’agence de marketing territorial Terroir, LA firme de référence pour les biorégions qui souhaitent renforcer leur identité territoriale et attirer plus de membres. La réorganisation de l’espace québécois en biorégions, amorcée en 2030, est pilotée par le gouvernement en collaboration avec les Conseils biorégionaux. Ces communautés « bottom-up » sont organisées autour de l’alimentation, qui est au centre des modes de vie. Elles ont connu un essor fulgurant suite à la pandémie de COVID-27, qui a poussé des dizaines de milliers d’urbains à chercher une vie plus simple, plus collective et plus sobre.
 
Léonie – Bonjour équipe, bienvenue à cette première rencontre de remue-méninges pour notre nouveau mandat. Il y a de la chicorée, du thé d’algues et des biscuits au sarrasin sur le comptoir, servez-vous. D’abord, petit rappel du mandat. Notre client, la biorégion des Cantons ensoleillés, est encore assez peu populaire, et a besoin d’attirer au moins 5000 nouveaux habitantes et habitants. Leur Conseil biorégional souhaite que l’on s’inspire de la Zone Boréale pour leur créer une identité territoriale forte, sur laquelle fonder une campagne pour attirer de nouveaux membres. La Zone Boréale, justement, a atteint son quota de biorégionaux et ne peut en accueillir plus, c’est une opportunité pour les Cantons. Leila, tu peux nous faire une synthèse des forces et faiblesses des Cantons?
 
Leila – Bien sûr. Alors, côté forces du territoire : ce sont eux qui ont le plus grand nombre de jours d’ensoleillement par an au Québec, il n’y a plus de neige et la température ne descend pas sous –10. Concernant l’alimentation, ils produisent beaucoup de vin, des tomates, des poivrons, des aubergines, des figues, de l’okra, et du melon, le tout en rotation avec des légumineuses. Il y a même des olives! Côté protéines, ils sont le principal producteur d’insectes au Québec. Donc ils sont tout de même assez autonomes du point de vue de la diversité des produits. Mais ils ont des faiblesses assez majeures… Déjà, les personnes qui choisissent d’y vivre sont souvent âgées, beaucoup y vont par nostalgie de leur terre d’origine, vu que les Cantons ont choisi de s’orienter vers des cultures méditerranéennes. Ils manquent donc de bras pour cultiver la terre. Cela génère des tensions sur leur conseil, car une partie des citoyens-tirés-au-sort voudrait autoriser l’utilisation de machines fonctionnant à l’énergie solaire. Mais d’autres s’en tiennent à la Charte des biorégions nourricières : pas de panneaux solaires, car ils sont fabriqués avec des ressources presque épuisées. Le problème, c’est que sans le solaire, les Cantons ne sont vraiment pas autonomes en énergie car ils n’ont pas de barrages hydro-électriques.
 
Eduardo – Ils sont aussi dépendants des autres biorégions en compost, puisqu’ils font très peu d’élevage et punissent le gaspillage alimentaire. Ils ont donc des problèmes pour fertiliser les cultures et nourrir leurs terres agricoles.
 
Léonie – Bon point. Ça fait le tour de la situation. Pour revenir à notre mandat, voici le type de profils que les Cantons veulent recruter : des moins de 45 ans (avec enfants), qui ont de l’expérience en agriculture régénérative, en stockage de l’énergie, et en gestion collective de communauté. On commence par un 10 minutes de réflexion individuelle?

Cartographier, imaginer et prioriser les chemins les plus pertinents vers ce futur souhaitable

Cette étape consiste à construire des chemins pour mener la société québécoise vers le futur collectivement choisi à l’étape 2. 

Le travail est piloté par un comité d’expertes et d’experts, issus de différentes disciplines et milieux professionnels, qui se réunit à intervalle régulier afin d’identifier et de prioriser les chemins de transition les plus pertinents. Leurs réflexions sont alimentées en continu par différentes activités, et notamment les ateliers citoyens organisés par Espace pour la vie. Les solutions les plus porteuses peuvent ainsi être recensées pour déployer les changements souhaités.

Mesurer la trajectoire du Québec sur ces chemins de transition

À venir

Développer une compréhension globale du défi, cartographier et imaginer les ingrédients du futur

D’ici 2050, les experts estiment que, du fait de l’accroissement de la population et des changements de régimes alimentaires, les terres devront assurer une hausse de 50 à 70% de la production mondiale de nourriture, contribuer à réduire ou stocker nos émissions de CO2 et permettre le maintien d’un niveau suffisant de la biodiversité [1].

Or, nous constatons que notre système alimentaire mondial (de la production à la consommation), qui a déjà permis d’assurer une production très efficace avec la révolution verte, est aussi :

  • Un dénominateur commun à différentes « pandémies » mondiales: la dénutrition, l’obésité et les changements climatiques [2, 3] ;
  • Source d’injustices pour les quatre piliers de la sécurité alimentaire (disponibilité -rendement et production ; accès -prix et capacité d’obtenir de la nourriture- ; utilisation -nutrition et possibilité de cuisiner- et stabilité -régularité de la disponibilité-) ;
  • Dominé par les accords de droit international économique (dont certains prônent la libération des échanges [4] et d’autres le protectionnisme) et guidé par les intérêts économiques des multinationales. Leurs emprises sur les décisions politiques semblent mener à l’inertie de l’action politique et à une perte de pouvoir décisionnel pour les producteurs [3] ;
  • Dépendant d’un modèle de production agricole industriel intensif, première cause de déforestation, de perte de biodiversité [1], de perturbation des cycles d’azote et du phosphate dans les sols et menaçant l’équilibre planétaire [5] ;
  • Responsable de 25 à 30% des émissions de GES à l’échelle mondiale [1] dont 14,5 % provient du secteur de l’élevage [6]. Au Canada, environ 10% des émissions de GES provient des productions végétale et animale (excluant l’utilisation de combustibles fossiles et la production d’engrais) [7].

En parallèle, les changements climatiques associés à nos modes de (sur)consommations, nos habitudes de vie, et nos différentes cultures accentuent :

  • Les déterminants de la malnutrition [8] et la santé globale (maladies et pandémies)  [9] ;
  • La sécurité alimentaire, avec une population concentrée dans les villes et un gaspillage important des ressources ;
  • Les baisses de rendements des productions végétale et animale (monocultures, productions intensives) [1] et la diminution importante de la biodiversité ;
  • Les inégalités de répartition des ressources avec des opportunités d’expansion des terres agricoles (par exemple dans le Nord du Canada, sur les terres des communautés autochtones) grâce à l’augmentation des températures moyennes et des précipitations totales annuelles (allongement de la saison de croissance et de la période sans gel [8]), combinés à des innovations techniques des pratiques agricoles [10].

La FAO a défini qu’une alimentation durable « protège la biodiversité et les écosystèmes, est acceptable culturellement, accessible économiquement, loyale et réaliste, sûre, nutritionnellement adéquate et bonne pour la santé, optimise l’usage des ressources naturelles et humaines » [11].

Le diagnostic prospectif repose sur une revue des littératures académiques et grises. Il a été complété par l’organisation de trois webinaires qui ont permis d’enrichir le diagnostic avec les expertises de plus d’une vingtaine de participants. 
 
Vous pouvez consulter l’intégralité du diagnostic prospectif. Ce dernier peut être utilisé par une diversité d’experts provenant aussi bien de la recherche que des milieux de pratiques. Il permet d’offrir aux lecteurs un survol rigoureux de plusieurs « ingrédients » du diagnostic prospectif selon six questions clés à considérer pour la transition alimentaire. Chacune des six questions comprend des constats, des tendances et des signaux faibles. 
 
Une synthèse de ce diagnostic est disponible en cliquant sur chacune des questions ci-dessous. 
a. On constate …
  • Une tension entre disponibilité/accès et normes sociales/genre/culture qui détermine des régimes et des choix alimentaires [12-16] [17] [18].
  • Une opposition entre quantité/praticité des régimes alimentaires transformés et qualité/plaisir d’une alimentation traditionnelle [4, 18-23]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • De nouvelles recommandations au niveau national et international : Guide alimentaire Canadien (GAC) et régime planétaire  [5]
  • Une émancipation de la femme, actrice d’une alimentation durable [11] 
  • Une plus grande consommation de poisson et des choix qui se font entre santé et praticité [24] [25] [26]
c. On pourrait même imaginer …
  • Des recommandations pour une alimentation consciente et culture de la non diète … [27] [28]
  • … en opposition à un contrôle de l’alimentation par des objets connectés ou aliments miracles [29]
  • Une culture de la « viande » revisitée entre champignons, insectes, algues et laboratoire [30-34] 
a. On constate …
  • La forte réalité de l’insécurité alimentaire, révélatrice d’un mal-être sociétal [35] [7, 8, 23, 36] [37, 38].
  • Un bien-être, lié au besoin d’intégration sociale, mis à mal par le prix des aliments et un manque d’éducation [12] [7, 39][48][12, 39, 40]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Encore plus de difficultés pour des populations démunies face à l’alimentation pour répondre aux recommandations du GAC [7]
  • Les cuisines collectives, un modèle intéressant à considérer pour le Québec
  • Les initiatives de récupération alimentaire de grande envergure, solution non-viable pour le bien-être [38]
  • Des difficultés pour les « marchés alternatifs » de répondre aux besoins des populations à risque [41]
  • L’éducation alimentaire des enfants à l’école comme vecteur de changement 
c. On pourrait même imaginer …
  • La promotion des initiatives citoyennes de récupération alimentaire à l’échelle locale bénéfique pour le bien-être mental   [38].
  • Des jardins solidaires porteurs d’espoir et vecteur d’enpowerment
a. On constate …
  • Des pertes et gaspillage alimentaire à plusieurs échelles, dont les chiffres controversés, représentent une part considérable des émissions de GES [35] [1]. 
  • Une dominance de trois grands acteurs de la chaine d’approvisionnement et de distribution [37] mise à mal par les magasins de marchandises générales [42].
  • Une production agricole québécoise industrielle uniforme qui ne répond pas aux besoins des consommateurs [37, 43].
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Une mode « zéro-déchet » et la réduction des emballages : des préoccupations centrées sur le contenant plus que sur le contenu
  • Un appétit pour l’économie circulaire dans l’industrie agroalimentaire afin de mutualiser les installations et les ressources
  • Le renforcement de l’achat en ligne suite à la COVID19: entre marché international et marché québécois [44] [42] [45]
  • Des nouvelles réglementations pour l’étiquetage afin d’augmenter la traçabilité et la transparence
c. On pourrait même imaginer …
  • Une lutte aux gaspillages alimentaires pour tous les maillons de la chaine : de la conception des aliments à la cuisine des restaurants, en passant par le frigo des consommateurs [46]
  • La réinvention de la production et la distribution : entre revitalisation des centres urbains avec des infrastructures accessibles à tous et automatisation des services [47].
a. On constate …
  • L’existence de multiples souverainetés alimentaires qui diminue la capacité de gouvernance [48] [40]
  • Un désir d’autonomie alimentaire qui doit tenir compte de la disponibilité des terres agricoles, contrôlée par une réglementation conservatrice [45, 49] [50] [51, 52]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Une gouvernance alimentaire basée sur la réalité et les besoins des acteurs [42]
  • Une relocalisation de l’agriculture et des services de productions avec la mise en place de systèmes alimentaires territorialisés qui renforcent la gouvernance locale mais qui restent marginaux [26, 41, 53] [54]
  • Une gestion concertée des ressources hydriques par bassin versant pour pallier les changements climatiques 
c. On pourrait même imaginer…
  • Une rupture du fonctionnement en silos pour une gouvernance cohérente entre les paliers décisionnels 
  • Approvisionnement local dans les institutions de santé et dans l’éducation
  • Un processus de reterritorialisation de la nourriture incluant la chasse, la pêche et la cueillette et la création d’une identité alimentaire
  • Un engouement pour l’agriculture urbaine parfois déconnectée du sol [55]
  • Une amélioration de l’accès aux terres agricoles pour une meilleure souveraineté alimentaire des agriculteurs
a. On constate…
  • Une dévalorisation du rôle des agriculteurs qui répondent pourtant à un besoin vital pour la société [56] [37, 57, 58]
  • Une production animale au cœur des préoccupations pour la santé de tous [8] [59, 60]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Une remise en question du système dominant par des agriculteurs inquiets et une relation changeante avec les consommateurs : entre tension avec les « anti-spécistes » et intérêt des citadins pour le local [45, 61]
  • Une préoccupation de plus en plus importante pour le bien-être de l’animal chez les agriculteurs et son impact environnemental   [62] [63] [64].
  • Des inquiétudes importantes sur l’augmentation de l’antibiorésistance avec la montée en puissance au niveau mondial du concept UNE seule santé [9, 65-68]
c. On pourrait même imaginer …
  • Une nouvelle génération d’agriculteur… [69] [70]. 
  • … qui se connecte plus facilement aux citadins
  • Des éco-labels accessibles en émergence qui reconnaissent la plus-value du secteur agricole et la place des agriculteurs [71, 72]
a. On constate …
  • Une augmentation de la dépendance à des intrants chimiques controversés pour la santé des sols, des travailleurs agricoles et des consommateurs [37, 73, 74].
  • Un manque de transfert de technologie et de connaissances liées aux résultats de la recherche concernant les pratiques agricoles durables [75].
  • Une diversité des modes de productions et des pratiques agricoles alternatives à explorer [4, 11, 76-78]
b. On observe des évolutions et on prévoit …
  • Un manque d’accompagnement pour changer les pratiques agricoles et une place critique de la main d’œuvre étrangère [37]
  • De nouvelles pratiques agricoles alternatives qui fournissent des services écosystémiques bénéfiques pour l’agriculture et l’environnement et le bien-être [77] [79-81] [82] [51, 77] [76].
c. On pourrait même imaginer…
  • Des données probantes issues d’une recherche concertée entre scientifiques et agriculteurs pour promouvoir des pratiques durables[75, 83]
  • Des ressources phylogénétiques locales et communautaires
  • Une multiplication des modèles de « Fermes alternatives » [84]
  • Le développement du « smart farming » pour contrôler et diminuer les émissions de GES du secteurs [64, 71].
Nœuds du futur : Quelles sont les questions irrésolues du défi de la transition alimentaire au Québec ?

 Repenser le système agricole, créateur d’abondance mais aussi d’injustices… :

  1. Dans un contexte de changements climatiques : Comment mieux utiliser les terres encore fertiles pour la production alimentaire, la production de bioénergie et la captation du carbone ? Faut-il choisir entre une « agriculture carbo-neutre » (stratégie d’économie des terres) ou une agriculture agroécologique (stratégie de partage des terres) ?
  2. Comment gérer les risques de pandémies et l’augmentation des maladies infectieuses accrus par la concentration de la production animale (porcs et les volailles notamment) et l’apparition de l’antibio-résistance ? [9] Comment être productif sans utiliser des antiobiotiques notamment pour limiter les perturbateurs endocriniens ?
  3. Quelles sont les réelles retombées des circuits de proximité et la diversification des semences ? Comment choisir entre atout social pour les agriculteurs et effets rebonds sur l’environnement (utilisation d’intrants ou mauvaise utilisation du sol car la production pourrait se faire plus efficacement ailleurs ou culture en serre chauffées à l’énergie fossile) ? 
  4. Comment repenser un système agricole qui ne dépende pas de la main-d’œuvre étrangère, moins chère pour les agriculteurs, tout en ayant un prix abordable pour tous les consommateurs ? Comment revaloriser le métier d’agriculteur dans un monde « urbain », confortable, connecté et mondialisé ? 
  5. Comment assurer la transmission de savoirs et le transfert de technologies pour les agriculteurs qui veulent apprendre des nouvelles méthodes sans avoir les moyens de le faire ?

    … Pour qu’il prenne en compte la diversité des bien-être
  6. Comment nourrir dignement une population qui s’appauvrit tout en instaurant des standards éthiques et environnementaux?
  7. Comment trouver le temps pour se nourrir lorsque l’on doit travailler plus se payer des aliments frais (en constante augmentation) ?
  8. Comment s’assurer que la diminution de la consommation de produit d’origine animale sur le territoire Québécois entraine une diminution significatives des émissions de GES du secteur (gestion des imports/exports)? [2] Comment les récents changements de consommation protéinique peuvent impacter la qualité du sol et sa biodiversité ?
  9. Comment favoriser le dialogue entre les universitaires et les acteurs de terrain sur les défis de la transition alimentaire ? (études sur les sols vivants, critiques dirigées vers les productions animales…)

 

Chemins de Transition remercie l’ensemble des intervenant·e·s pour leurs précieuses contributions

  • Anne-Marie Aubert, coordinatrice du Conseil alimentaire Montréalais (CSAM)  
  • René Audet, Professeur, Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, UQAM  
  • Marie Hélène Bacon, Chercheure et coordonnatrice du CREPPA, UQAM 
  • Jacques Brodeur, Professeur, Département de sciences biologiques, Directeur de l’IRBV, Université de Montréal 
  • Martine Boulianne, Professeure, Faculté de Médecine Vétérinaire, Université de Montréal 
  • Paul Carrière, Professeur retraité, Faculté de Médecine Vétérinaire, Université de Montréal  
  • Pierre-Luc Chagnon, Professeur, Faculté des arts et des sciences – Département de sciences biologiques,  Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV) de l’Université de Montréal
  • Sonya Charest, Biologiste, Cheffe de division Programmes publics et éducation à l’Insectarium de Montréal – Espace pour la vie (EPVL)  
  • Linda Collette, Conseillère, Chaire de recherche en droit sur la diversité et la sécurité alimentaires de l’Université Laval, en remplacement de Geneviève Parent, Professeure, Université de Laval  
  • François Couture, Gestionnaire du secteur agroalimentaire  
  • Béatrice Dagenais, Chargée de cours, Département de nutrition, Université de Montréal 
  • Olivier Demers-Dubé, Directeur stratégique EAU et conseiller exécutif d’Zone Agtech 
  • Mélanie Doyon, Professeure, Département de géographie, UQAM 
  • Caroline Dufresne, Conseillère en transfert, Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS) 
  • Caroline Halde, Professeure, Université Laval  
  • Virginie Hamel, étudiante à la maîtrise, sous la supervision de Jean-Claude Moubarac, Professeur, Faculté de médecine – Département de nutrition, Université de Montréal
  • Catherine Houssard, ing, Ph.D, gestionnaire de projets 
  • Marina Jolly, Chargée de projet, Vivre en ville   
  • Johanne Labrecque, Professeure, Département de Marketing, HEC Montréal 
  • Geneviève Mercille, Professeure, Département de nutrition, Université de Montréal  
  • Louise Potvin, Professeure, École de santé publique, Université de Montréal 
  • Véronique Provencher, Professeure Centre Nutrition Santé et Société (NUTRISS), INAF et École de nutrition, Université Laval 
  • Marie-Josée Renaud, Coordinatrice de Union Paysanne   
  • Olivier Riffon, Professeur, Département des sciences fondamentales, Université du Québec à Chicoutimi 
  • Sébastien Sauvé, Professeur, Département de Chimie Université de Montréal

Définir une vision collective d’un futur à la fois possible et souhaitable

Les scénarios contrastés présentés ici servent à se plonger dans le futur en concrétisant différents mondes possibles en 2040. Ces scénarios déclencheurs facilitent les échanges et permettent de faire ressortir des éléments souhaitables ou redoutables. Ils servent de point de départ pour imaginer ensemble de nouveaux futurs possibles.

Aujourd’hui est un grand jour pour Eliott : après toutes ces longues journées à analyser des données, il vient d’être sacré « Fermier-Agtech » de l’année grâce à l’empreinte carbone négative de son exploitation. Il est invité à donner une visioconférence suite à la remise de son prix.
 
Présentateur – Bonjour Eliott, merci beaucoup d’être avec nous aujourd’hui, on peut dire que vous êtes LA référence pour notre nouvelle génération d’agriculteurs 5.0 ! Vous nous redonnez espoir d’un monde plus respirable avec votre ferme mangeuse de carbone ! Est-ce que vous pourriez nous parler un peu plus des clés de votre réussite ? Notamment pour ceux qui ne vous suivent pas sur votre chaine à succès « Data-fermier, génération 0 émission ».
 
Eliott – Merci beaucoup! C’est avec plaisir que je viens vous parler ce soir, je suis chanceux d’avoir une si large communauté, répandue aux quatre coins du globe. Je pourrais dire que malgré un investissement financier conséquent et qui semblait risqué, mon association avec Bombardier pour récolter des données satellites et la mise en place de capteurs au sol, ont été des stratégies payantes. En connaissant mes parcelles, j’ai réussi à assurer une forte productivité dans les champs les plus fertiles en gérant l’apport en nutriments du sol. Mon secret pour stimuler mes cultures a tout d’abord été de faire confiance à la science pour cultiver des semences résistantes aux changements climatiques. Pour mes intrants, je me suis aussi associé avec Uri’ganic, un producteur montréalais d’engrais à base d’urine enrichie en bactéries. La ville nourrit ainsi mes cultures et en contrepartie, je nourris la ville!
 
Présentateur – C’est certain que cette circularité est gagnante pour tous mais ce n’est pas le plus grand atout de votre activité, n’est-ce pas ? Quelle stratégie vous a permis d’être LE puits de carbone du Québec cette année ? 
 
Elliot – Non, en effet ! Nombre de mes terres ont été vidées de leur capacité de productionpar des mauvaises années d’utilisation au début du siècle, j’ai donc décidé de les reconvertir en hectares de forêts, un système de compensation très lucratif. Je dois aussi avouer que le travail de ma femme, Charlie, pour développer nos réseaux sociaux a permis d’échanger avec des data-farmers sur les dernières avancées technologiques, ce qui a été très utile pour mieux traiter mes données.
 
Présentateur – Et vos bêtes dans tout ça ? La viande est devenue un marché de luxe depuis la mise en place de restriction sur sa consommation, quel est votre point de vue là-dessus ?
 
Eliott – En voyant arriver la viande cellulaire sur le marché, nous avons considérablement réduit la taille de notre troupeau, on a encore quelques bêtes pour produire des cellules souches pour les compagnies, ça fonctionne bien! Pour ma part, cela fait d’ailleurs bien longtemps que je n’ai pas mangé un vrai morceau de viande ou bu du lait de vache, cela est devenu bien trop cher !
 
* CODE ROUGE : ATTENTION, VOTRE RÉSEAU A ÉTÉ VICTIME D’UNE TENTATIVE DE PIRATAGE DE VOS DONNÉES PERSONNELLES pour connaître les détails et augmenter votre sécurité, passez au membership premium plus *. Cela fait trois fois depuis l’annonce de la remise de son prix que l’écran d’Eliott vire au rouge et que sa connexion est interrompue. Il est inquiet car il se doute que le groupe d’agriculteurs résistants “Le droit à la terre pour tous” est derrière ces attaques. Hier, ses tracteurs électriques autonomes ont été détournés et ont causé de sacrés dégâts sur ses parcelles. Il doit renforcer la sécurité sur tous ses logiciels pour rester compétitif, ce qui est très coûteux. En plus de ces attaques, il voit sa facture énergétique augmenter. Combien de temps va-t-il encore pouvoir tenir ? Montrer ses faiblesses à sa communauté numérique est bien trop dangereux pour son activité, et cela fait longtemps qu’il est déconnecté de sa communauté locale qui n’a pas les moyens de s’offrir ses produits 0 carbone.

Lundi 28 septembre 2040
Discours d’investiture d’Annabel Labelle, nouvelle cheffe de l’Alliance amériquébecoise

« Chers membres de l’Alliance, je vous remercie de la confiance que vous venez de m’accorder pour mener la campagne électorale imminente. Quel chemin parcouru depuis la fondation de l’Alliance il y a dix ans. Nous avons été les premiers au Québec à tirer la leçon de la rapidité et de l’intensité des changements climatiques que nous avons subis dans les années 2020. Nous étions aussi les premiers à réagir au bouleversement géopolitique qui a vu les grands blocs continentaux se refermer sur eux-mêmes pour s’adapter et préserver l’accès aux ressources minérales, énergétiques et alimentaires essentielles. C’est pendant que nous étions au pouvoir que le Québec est devenu cette nouvelle puissance horticole que fut naguère la Californie, avant qu’elle ne parte définitivement en fumée. Bien sûr nous avons été aidés par l’allongement des saisons et la libération de terres agricoles dans le nord. Mais c’est grâce à notre action énergique que nous avons porté la surface agricole utile du pays de 5 à 25 % des terres, avec notre combinaison pragmatique d’agriculture biologique, d’agroforesterie et d’agriculture de précision. Personne n’a mieux profité de la nouvelle situation du système alimentaire nord-américain que le Québec, avec nos concombres quatre saisons, nos tomates ancestrales antichocs et tellement goûteuses, notre melon métropolitain et le soya abitibien. Pas de chance pour l’ouest canadien qui a reçu le mauvais côté des changements climatiques pour leur agriculture, heureusement que nous avons pris le relai! Bien sûr on nous a reproché d’envahir les terres non concédées avec cette mise en culture du Nord, ainsi qu’avec les nouveaux barrages nécessaires pour garder la cible carboneutre de notre agriculture spécialisée intensive. La conversion des banlieues en terres agricoles nous a fait du mal au plan électoral. Nous n’avons pas eu de chance avec ce virus qui s’est libéré au Nunavik du dégel du pergélisol pour exterminer ce qu’il restait de notre cheptel de porc avant de passer à l’humain. On nous a montré du doigt pour cette dernière pandémie, mais ce n’était pas de notre faute! Et alors! Que proposent nos rivaux de Tous Autochtones! s’ils arrivent au pouvoir? Leur grande idée est d’abattre la soi-disant dictature du régime unique de l’assiette amériquébécoise! Alors que celle-ci défend l’accès universel à une nourriture saine. Ils veulent réintroduire de la culture locale dans notre alimentation en intégrant le phoque au menu des cantines, permettre à nos réfugiés climatiques dans les villes d’accéder à n’importe quel aliment ethnique venu – à quel prix énergétique et douanier !- d’Afrique ou d’ailleurs, et réclament l’autonomie alimentaire du Québec d’abord et avant tout… Mais nous avons des obligations! Nous sommes tenus, dans la bourse carboalimentaire panaméricaine, de fournir aux autres États toujours plus de légumes contre leurs protéines animales ou végétales! Nous sommes sûr que les Québécoises et Québécois sont désormais devenus des Ameriquébécoises et Amériquébecois matures et responsables, convaincus que le régime continental est le plus sain, et le plus sûr pour que nos enfants aient une petite chance d’avenir. Alors, soyons confiants dans la victoire! »

Julie – Bonjour à tous ! Pour notre atelier culinaire d’aujourd’hui, nous avons une invitée spéciale: la répondante régionale du programme « Une seule santé » du Ministère de la saine alimentation. Marianne, bienvenue au sein de notre Havre d’aînés !
 
Geneviève – Julie, excuse-moi, mais où est Alexandre?
 
Julie – J’aurais voulu vous l’annoncer autrement, mais Alexandre a dû quitter le Havre. Son capteur intestinal a révélé qu’il ne respectait pas les consignes alimentaires adaptées à son ADN, et son assurance ne couvre plus son séjour ici. Il nous manquera. Marianne, c’est à vous!
 
Marianne – Bonjour à tous, et merci de votre accueil. Vous le savez, pour le ministère, l’alimentation est le meilleur levier pour optimiser la santé des corps et des écosystèmes naturels. C’est pourquoi il a mis en place le programme « Une seule santé », qui repose sur une production biologique contrôlée et sur l’éducation culinaire, puisque nous encourageons une alimentation faite maison. Je vais donc vous présenter le guide «Manger en 2041». Cette année, notre ministère s’est surpassé pour proposer les meilleures recettes à partir des produits cultivés et distribués au Québec. Si vous ouvrez votre application à la section automne, vous verrez les 10 recettes conçues pour la saison qui commence. Pour l’atelier d’aujourd’hui, j’ai exceptionnellement fait venir un panier de la grande serre Tremblay, car votre serre aquaponique institutionnelle ne produit les aliments que pour quatre de ces recettes.
 
Stéphane – Vous êtes en train de nous dire que, si nous voulons manger plus que quatre plats différents, il faudra commander des paniers d’ailleurs, et donc payer des surplus?
 
Marianne – Oui, mais grâce aux aides financières d’Énergo-Québec et du ministère, les paniers sont peu dispendieux au Québec. Nous sommes chanceux, pensez à nos voisins du Sud…
 
Stéphane – Peut-être, mais moi je n’aime pas commander ailleurs: comment on fait pour choisir des aliments de qualité sans les toucher et les sentir?
 
Marianne – Je vous rassure, tout ce qui est produit aujourd’hui au Québec est biologique et remplit un cahier de charge très strict pour avoir le label « Santé planétaire » : les environnements sont contrôlés et hygiéniques, tout en étant quasiment autonomes en eau et énergie, peu gourmands en intrants et très productifs. Et nos produits sont excellents ! Alors je vous propose de parcourir ensemble la liste de recettes automnales, vous…
 
Geneviève – Excusez-moi, mais on aimerait cuisiner un repas de bienvenue pour le groupe de réfugiés climatiques de Louisiane qui arrive dans deux mois. On a déjà des écrevisses dans la serre, mais on voudrait planter de l’okra.
 
Marianne – Ah non, désolée, l’okra ne fait plus partie du catalogue « Santé planétaire » depuis que ses nuisibles ont détruit des récoltes entières d’autres cultures.
 
Fannie – Ça sert à quoi d’être en santé plus longtemps et d’apprendre à cultiver et à cuisiner, si on ne peut pas en profiter pour se faire plaisir et faire plaisir aux autres? Y’en a marre du végétarien, sans gluten, sans sucre, et tout ça! Hé, vous vous souvenez de l’odeur du pain frais et du café le matin?
 
Après l’atelier, Marianne est estomaquée des réactions… Les aînés sont pourtant les premiers à bénéficier de cette initiative gouvernementale qui leur assure une plus longue vie en santé, tout en préservant la planète de leurs petits-enfants.
Lundi 30 avril 2040, 13 h, 25 degrés Celsius et grand soleil à Mont Laurier
 
Nous sommes dans les locaux de l’agence de marketing territorial Terroir, LA firme de référence pour les biorégions qui souhaitent renforcer leur identité territoriale et attirer plus de membres. La réorganisation de l’espace québécois en biorégions, amorcée en 2030, est pilotée par le gouvernement en collaboration avec les Conseils biorégionaux. Ces communautés « bottom-up » sont organisées autour de l’alimentation, qui est au centre des modes de vie. Elles ont connu un essor fulgurant suite à la pandémie de COVID-27, qui a poussé des dizaines de milliers d’urbains à chercher une vie plus simple, plus collective et plus sobre.
 
Léonie – Bonjour équipe, bienvenue à cette première rencontre de remue-méninges pour notre nouveau mandat. Il y a de la chicorée, du thé d’algues et des biscuits au sarrasin sur le comptoir, servez-vous. D’abord, petit rappel du mandat. Notre client, la biorégion des Cantons ensoleillés, est encore assez peu populaire, et a besoin d’attirer au moins 5000 nouveaux habitantes et habitants. Leur Conseil biorégional souhaite que l’on s’inspire de la Zone Boréale pour leur créer une identité territoriale forte, sur laquelle fonder une campagne pour attirer de nouveaux membres. La Zone Boréale, justement, a atteint son quota de biorégionaux et ne peut en accueillir plus, c’est une opportunité pour les Cantons. Leila, tu peux nous faire une synthèse des forces et faiblesses des Cantons?
 
Leila – Bien sûr. Alors, côté forces du territoire : ce sont eux qui ont le plus grand nombre de jours d’ensoleillement par an au Québec, il n’y a plus de neige et la température ne descend pas sous –10. Concernant l’alimentation, ils produisent beaucoup de vin, des tomates, des poivrons, des aubergines, des figues, de l’okra, et du melon, le tout en rotation avec des légumineuses. Il y a même des olives! Côté protéines, ils sont le principal producteur d’insectes au Québec. Donc ils sont tout de même assez autonomes du point de vue de la diversité des produits. Mais ils ont des faiblesses assez majeures… Déjà, les personnes qui choisissent d’y vivre sont souvent âgées, beaucoup y vont par nostalgie de leur terre d’origine, vu que les Cantons ont choisi de s’orienter vers des cultures méditerranéennes. Ils manquent donc de bras pour cultiver la terre. Cela génère des tensions sur leur conseil, car une partie des citoyens-tirés-au-sort voudrait autoriser l’utilisation de machines fonctionnant à l’énergie solaire. Mais d’autres s’en tiennent à la Charte des biorégions nourricières : pas de panneaux solaires, car ils sont fabriqués avec des ressources presque épuisées. Le problème, c’est que sans le solaire, les Cantons ne sont vraiment pas autonomes en énergie car ils n’ont pas de barrages hydro-électriques.
 
Eduardo – Ils sont aussi dépendants des autres biorégions en compost, puisqu’ils font très peu d’élevage et punissent le gaspillage alimentaire. Ils ont donc des problèmes pour fertiliser les cultures et nourrir leurs terres agricoles.
 
Léonie – Bon point. Ça fait le tour de la situation. Pour revenir à notre mandat, voici le type de profils que les Cantons veulent recruter : des moins de 45 ans (avec enfants), qui ont de l’expérience en agriculture régénérative, en stockage de l’énergie, et en gestion collective de communauté. On commence par un 10 minutes de réflexion individuelle?

Cartographier, imaginer et prioriser les chemins les plus pertinents vers ce futur souhaitable

Cette étape consiste à construire des chemins pour mener la société québécoise vers le futur collectivement choisi à l’étape 2. 

Le travail est piloté par un comité d’expertes et d’experts, issus de différentes disciplines et milieux professionnels, qui se réunit à intervalle régulier afin d’identifier et de prioriser les chemins de transition les plus pertinents. Leurs réflexions sont alimentées en continu par différentes activités, et notamment les ateliers citoyens organisés par Espace pour la vie. Les solutions les plus porteuses peuvent ainsi être recensées pour déployer les changements souhaités.

Mesurer la trajectoire du Québec sur ces chemins de transition

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