Défi alimentaire : premiers résultats des codesign

À l’automne 2020, Chemins de transition a organisé quinze ateliers de codesign qui ont rassemblé plus de deux cents personnes autour d’un objectif commun : imaginer à quoi devrait ressembler l’alimentation au Québec en 2040, dans un monde engagé dans la transition. À partir de quatre scénarios-déclencheurs, les participantes et les participants ont identifié des éléments souhaitables et redoutables pour le futur de l’alimentation au Québec. Dans ce billet, nous vous présentons un résumé des éléments identifiés pour chaque scénario. 

Scénario-déclencheur : de quoi s’agit-il? 

En s’appuyant sur quatre scénarios-déclencheurs fondés sur un diagnostic prospectif, les participantes et participants provenant de divers milieux et régions ont identifié des éléments souhaitables et redoutables pour le futur de l’alimentation au Québec. Les scénarios ont été construits à partir d‘un outil de prospective, le tableau morphologique.  

Tableau morphologique

Tableau morphologique du défi alimentaire

Le système alimentaire québécois a d’abord été segmenté en quatre variables : l’organisation des chaînes de valeur, les modes de production, le mode de gouvernance, et les normes sociales. L’équipe a ensuite attribué plusieurs hypothèses d’évolution à chaque variable. C’est la combinaison de ces hypothèses qui créée la trame de base des scénarios, rédigés en équipe lors d’une séance créative ! 

Chaque scénario poussait un monde possible différent afin de stimuler l’imagination : 

  • Production connectée, alimentation décarbonée 
  • Le Québec, nouvelle Californie de l’Amérique du Nord 
  • Une seule planète, une seule santé, un seul régime 
  • Biorégions nourricières : à la recherche d’une identité territoriale 

Pour lire l’intégralité des quatre scénarios déclencheurs, voir l’onglet Futur souhaitable dans le bas de la page du défi.

Production connectée, alimentation décarbonée 

Dans ce scénario, l’objectif premier est de réduire les émissions de GES de la production alimentaire à zéro. Plusieurs leviers sont mobilisés: le smart-farming, le couplage des fonctions de production et de puits de carbone chez les agriculteurs, des chaînes de valeur ultra-courtes et circulaires organisées autour des villes. 

Photo de Kaboompics .com provenant de Pexels

Les éléments souhaitables :  

  • Un mode de production agricole « carboneutre » 
  • Les sciences et la technologie au service des agriculteurs et agricultrices 
  • Une circularité des flux de matières et des synergies avec les déchets urbains  
  • Un encadrement restrictif de la production et de la consommation de viande 

Les éléments redoutables :  

  • Une perte de diversité biologique, culturelle, et sociale due à l’uniformisation du mode de production et du régime alimentaire 
  • Une perte du lien entre producteurs, consommateurs, et nature avec une proximité uniquement géographique 
  • Une consommation énergétique élevée du système alimentaire et une dépendance à la technologie 
  • Une privatisation de l’alimentation, des terres, et des données avec situations de monopoles 
  • Une opposition entre réduction des GES et enjeux sociaux menant à une dégradation de ces derniers 

Ce scénario a beaucoup fait débat. Entre autres, des discussions sur la condition des agriculteurs et des agricultrices, la valorisation de leur métier difficile, leur rémunération et la question de la relève agricole ont été prépondérantes. La place essentielle de la technologie dans la transition alimentaire ne fait pas consensus, et est apparue plus subie que choisie pour plusieurs personnes 

Le Québec, nouvelle Californie de l’Amérique du Nord 

Cette petite histoire plonge les lecteurs et lectrices dans un monde où des crises successives ont rebattu les cartes de la chaîne alimentaire mondiale. Le Québec se retrouve en position de force sur l’échiquier nord-américain, grâce à son climat favorable et à ses terres productives, et le bloc continental se referme sur lui-même 

Les éléments souhaitables :  

  • Bourse carboneutre avec des principes éthiques  
  • Accès facilité à une nourriture saine et locale 
  • Forte autonomie alimentaire du Québec 
  • Augmentation de la part de l’agriculture biologique intensive 
  • Augmentation de la surface agricole utile 

Les éléments redoutables :  

  • Mode de production homogène, non adapté aux spécificités des territoires  
  • Régime unique qui génère des tensions culturelles et une perte de diversité 
  • Pression sur les ressources naturelles : perte de biodiversité, gestion de l’eau  
  • Augmentation de la consommation énergétique 
  • Négligence des droits des autochtones (accaparement des terres, perte de savoir ancestraux) 

Bien qu’un Québec en position de force et plus autonome pourrait sembler favorable pour le futur, les moyens d’y arriver n’ont pas fait consensus parmi les participantsL’augmentation de la surface agricole utile notamment ne devrait être souhaitable que si elle est en accord avec les valeurs et les spécificités du territoire québécois 

Une seule planète, une seule santé, un seul régime 

En 2040, l’alimentation est le meilleur levier pour optimiser la santé des corps et des écosystèmes naturels. C’est pourquoi le gouvernement du Québec a mis en place le programme « Une seule santé », qui repose sur une production biologique contrôlée, l’éducation culinaire, et l’accessibilitéUne charte uniformise le régime alimentaire, les institutions s’engagent dans l’agriculture urbaine, et les « rebelles » alimentaires ne bénéficient pas de l’assurance santé publique. 

Les éléments souhaitables : 

  • Vision gouvernementale qui établit un lien clair entre santé et alimentation 
  • Alimentation saisonnière, variée, saine et accessible 
  • Fort soutien gouvernemental à la littératie alimentaire 
  • Prise en compte importante de la santé des aînés 
  • Diversité des modes de production avec accent sur le biologique 

Les éléments redoutables : 

  • Déresponsabilisation et infantilisation des individus 
  • Contrôle gouvernemental fort : perte de liberté et d’autonomie individuelles 
  • Disparition du plaisir au profit de la santé 
  • Mode de production déconnecté de la terre 
  • Stigmatisation et exclusion des non-adhérents au régime unique 

Si l’importance de soutenir l’éducation a fait consensus, le lissage de la diversité des préférences, des cultures et des besoins nutritionnels a suscité des craintes. Plusieurs personnes ont également souligné le danger d’une « dictature écologique », qui privilégierait la coercition à l’accompagnement vers un régime plus sain et durable. 

Biorégions nourricières : à la recherche d’une identité territoriale 

Dans ce monde, une énième pandémie a définitivement transformé l’exode urbain vers les régions en phénomène de masse. Un peu partout au pays, des communautés « bottom-up » et autonomes s‘organisent autour de l’alimentation, qui est au cœur des modes de vie. En collaboration avec le gouvernement du Québecces communautés pilotent la réorganisation de l’espace en biorégions nourricières.  

Photo de João Jesus provenant de Pexels

Les éléments souhaitables : 

  • Identité territoriale et production adaptées aux capacités et aux ressources du territoire    
  • Autonomie alimentaire des territoires   
  • Gouvernance régionale qui facilite la décentralisation et la participation citoyenne  
  • Conscience de la valeur du travail de la terre et valorisation du travail agricole   
  • Mode de production basé sur la saisonnalité et l’agriculture régénératrice qui renforce la santé des sols et des écosystèmes  
  • Recours à des sources d’énergie alternatives et durables 

Les éléments redoutables : 

  • Étalement « urbain » générant une pression sur les terres, les paysages et sur la biodiversité  
  • Vision autarcique où la concurrence entre biorégions est plus forte que la coopération, compliquant l’accès aux ressources, aux connaissances et aux services  
  • Dépendance à une main-d’œuvre non professionnelle et peu qualifiée  
  • Autonomie énergétique faible 

Ce scénario a été assez clivant. Si un petit nombre de personnes s’y projetait avec enthousiasme, la majorité ne souhaiterait pas vivre dans ce monde. La raison principale invoquée était l’obligation de s’impliquer dans la production, travail physique, fatigant et chronophage, synonyme de perte de confort. Quant aux autres, elles étaient attirées par le mode de vie plus proche de la nature, plus autonome, et plus communautaire, mais relevaient un besoin de coopération et de coordination entre les biorégions. 

La vision du futur souhaitable sera disponible début 2021. Vous ne voulez pas la manquer? Inscrivez-vous à notre infolettre ou suivez-nous sur Twitter et Linkedin ! 

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