Dans la littérature, le concept de “transition pathways”, que l’on peut traduire « chemins de transition », désigne les modèles de changements que la société emprunte, volontairement ou non, vers de nouveaux régimes sociotechniques. Le projet Chemins de transition s’inscrit dans cette volonté d’accélérer le changement. Ces chemins sont de nature économique, sociale, technologique, institutionnelle et culturelle. Ils co-évoluent, parfois de manière non-linéaire, pour remplir les fonctions sociétales d’une nouvelle façon[1].

Les chemins de transition sont nombreux et produisent différentes trajectoires de changement. Ils impliquent des choix collectifs pour répondre aux enjeux identifiés.

Afin d’identifier collectivement les chemins à plus fort potentiel pour mener le Québec dans une trajectoire plus souhaitable, les enjeux de la transition sont abordés ici à l’aune de grands défis

Ces défis ont en commun le fait qu’ils soulèvent des enjeux majeurs et remettent en cause notre capacité de développement et d’épanouissement dans les limites de la planète. Ils sont complexes en ce sens qu’on ne connait pas nécessairement l’idéal à atteindre et que plusieurs chemins sont possibles pour résoudre ces contradictions. Ils nécessitent donc l’apport d’une diversité d’expertises et de points de vue pour être abordés adéquatement.

Pour chacun des trois grands défis, une démarche en quatre étapes, s’échelonnant sur une période d’environ deux ans, permet de rassembler une diversité d’expert·e·s, acteur·rice·s et de citoyen·ne·s afin de tracer les chemins à plus fort potentiel.   

Cette démarche est basée sur l’approche prospective, qui permet d’explorer avec efficacité l’éventail des futurs possibles d’une société en transition et puis de choisir une vision collective d’un futur souhaitable pour guider l’action.

Cette première étape permet de développer une compréhension globale du défi abordé, basée sur les savoirs issus de plusieurs sciences. Elle s’appuie sur une revue de la littérature élargie (académique et grise) et sur la consultation d’expert·e·s issus de divers horizons et disciplines. À cette étape, l’équipe se concentre sur l’aspect multidisciplinaire du défi, afin d’apporter de multiples éclairages sur les ingrédients du futur :  tendances lourdes, des signaux faibles, ou des questions irrésolues (controverses, angles morts).

En mettant à profit le savoir d’une variété de disciplines et de milieux, cette première étape permet donc de poser des hypothèses éclairées au sujet des évolutions possibles de la société québécoise. Elle répondra entre autres aux questions suivantes:

  • Que peut-on déjà prévoir dans le contexte québécois à l’horizon 2040 ?
  • Qu’est-ce qui serait plus surprenant, mais qui pourrait tout de même surgir d’ici 20 ans ?
  • Qu’est-ce qui demeure difficile à prévoir avec les informations disponibles ?

Cette deuxième étape vise à définir une vision collective d’un futur à la fois souhaitable et réaliste pour le Québec. S’appuyant sur la méthode de « co-design prospectif », elle permet aux participant.e.s de se détacher des contraintes du système actuel, pour penser l’incertitude du futur et débattre de ce qui est possible et souhaitable au Québec. Son efficacité repose sur la diversité d’acteur·trice·s, expert·e·s et étudiant·e·s qui y participent.

Le co-design prospectif est une méthode d’animation, à la fois ludique et scientifique, qui aide les participant.e.s à se plonger dans le futur à l’aide de scénarios contrastés qui concrétisent différents mondes possibles en 2040. Ces scénarios déclencheurs facilitent les échanges sur qui est souhaitable et redoutable, et servent de point de départ pour imaginer de nouveaux futurs possibles.

Plusieurs ateliers de co-design sont organisés pour chacun des grands défis abordés. Le fruit de toutes ces réflexions collectives prend la forme d’un futur souhaitable collectivement choisi pour le Québec, à l’horizon 2040.

La troisième étape du parcours consiste à construire ensemble des chemins pour mener la société québécoise vers ce futur collectivement choisi. En mobilisant l’incroyable diversité et richesse d’expertises québécoises, Chemins de transition peut non seulement recenser les différentes trajectoires possibles, mais aussi en imaginer de nouvelles.

Ce travail est piloté par un comité d’une dizaine d’expert·e·s, issu.e.s de différentes disciplines et milieux professionnels, qui se réunira à intervalle régulier afin d’identifier et prioriser les chemins de transition les plus pertinents. Leurs réflexions sont alimentées en continu par différentes activités, qui interpellent à la fois des acteur·rice·s clés du domaine, des étudiant.e.s et un noyau d’expert·e·s beaucoup plus élargi. Les solutions les plus porteuses peuvent ainsi être recensées pour déployer les changements souhaités.

Le public est aussi sollicité à cette étape, par le biais d’une série d’ateliers citoyens abordant chacun des défis étudiés dans le cadre de Chemins de transition. Organisés par Espace pour la vie, ces ateliers invitent le public à réfléchir à la transition, notamment en contribuant à l’identification des changements qu’ils et elles, citoyen.ne.s, sont prêt.e.s à faire, les points de blocages et les conditions qui faciliteront leur adhésion aux changements les moins faciles à mettre en oeuvre.

Cette troisième étape permet, entre autres, de répondre aux questions suivantes :

  • Quels sont les changements à prévoir (politiques, culturels, technologiques, etc.)?

  • Quelles sont les solutions existantes les plus porteuses pour le Québec?

  • Quels sont les ressources existantes et manquantes pour parvenir à ce futur souhaitable au Québec (évolution des normes, expertise…) ?

  • Quels sont les principaux jalons pouvant mener à ce futur souhaitable?

  • Quels éléments perturbateurs sont à prévoir sur le parcours, et comment y faire face?

  • Parmi les différents chemins possibles, lesquels sont les plus désirables/souhaitables?

Avec l’aide des experts et du public, des balises claires peuvent donc être proposées pour éclairer les chemins à la fois possibles et souhaitables dans le contexte québécois.

À l’aide du regard critique des expert.e.s impliqué.e.s, des indicateurs sont finalement sélectionnés pour mesurer la trajectoire de la société québécoise sur les chemins de transition menant à la réalisation du futur souhaitable collectivement choisi.  

Ces indicateurs sont intégrés au rapport final qui est produit pour chacun des grands défis abordés. 

[1] Turnheim, B et al. Evaluating sustainability transitions pathways: Bridging analytical approaches to address governance challenges Global Environmental change (35) 239-253 (2015) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959378015300315

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