Comment faire converger transition numérique et transition écologique?

L’univers numérique se développe de manière exponentielle depuis les années 2000, et est plus présent que jamais depuis le début de la crise sanitaire. Cette tendance risque d’être encore plus importante au cours des dix prochaines années, sous l’effet d’une multiplication sans précédent d’objets et d’utilisateurs connectés dans le monde. La transition numérique de notre société, bien amorcée mais encore pleine de promessespeut fournir des outils précieux à mobiliser pour s’adapter aux conséquences de la crise écologique et accélérer la transition vers une société plus soutenable. Déjà aujourd’hui, les outils numériques peuvent améliorer l’efficacité énergétiquedes villes et bâtiments, nous aider à réduire le gaspillage alimentaire, à mieux consommer l’eau en agriculture, à revendre nos biens usagés ou encore à partager des lieux sous-utilisés.  

Mais le revers de la médaille ne peut être négligé : malgré les gains d’efficacité énergétique de cette industrie, la fabrication et l’usage de ses équipements vont faire exploser les émissions de gaz à effet de serre, au moment même où la lutte aux changements climatiques demanderait un effort drastique pour les faire diminuer. Il en va de même pour la consommation de ressources qui s’épuisent, comme les métaux précieux nécessaires à la fabrication de ces appareils que l’on renouvelle à une vitesse fulgurante. De ce fait, les effets négatifs de la transition numérique vont devenir un enjeu politique et social majeur alors même que les utilisateurs ne sont pas conscients de l’impact écologique de leurs consommations numériques.  

 Comment valoriser les outils numériques ayant un gain environnemental net, et limiter l’usage de ceux qui ont l’impact le plus élevé? Doit-on arbitrer entre les usages numériques essentiels au maintien du bien-être et ceux dédiés aux loisirs et à la sociabilité interpersonnelle? Les promesses de l’intelligence artificielle en termes d’efficacité énergétique (pour se déplacer, se loger, se nourrir…) valent-elles l’augmentation de la facture environnementale du numérique, compte tenu du peu de temps dont l’humanité dispose pour réduire son empreinte? 

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Publications

Développer une compréhension globale du défi, cartographier et imaginer les ingrédients du futur

Ce diagnostic prospectif repose sur une revue des littératures académiques et grises. Il a été complété par la consultation d’une dizaine d’expertes et d’experts qui ont permis de l’enrichir. 

Les questions d’autonomie et de légitimité

  • Quelle sera la place de l’humain dans la société si les technologies numériques sont les seules capables de traiter l’abondance d’informations et de prendre des décisions en conséquence?
  • Comment garder le contrôle sur les technologies numériques?
  • Garderons-nous la possibilité de nous déconnecter des réseaux?

Les questions de vie privée

  • La commercialisation des données personnelles devrait-elle être mieux encadrée?
  • Devrait-on établir des espaces dans lesquels les personnes ne sont soumises à aucune collecte de données?
  • Quel contrôle auront les utilisateurs sur leurs propres données?

Les questions liées au bien être

  • Comment s’assurer que les applications technologiques ne contribuent pas au stress, à l’anxiété et au sentiment de harcèlement liés à l’environnement numérique?
  • Comment encadrer les mécanismes d’addiction favorisés par le numérique pour éviter les répercussions sur la santé mentale?
  • Comment s’assurer que les applications développées pour un objectif précis ne soient pas utilisées à des fins néfastes?

Les questions sur la fiabilité de l’information

  • Comment s’assurer que les systèmes automatisés ne propagent pas d’informations peu fiables, mensongères, ou relevant de la propagande?
  • De quelle manière pourra-t-on différencier des contenus originaux des contenus altérés par des systèmes d’IA lorsque ceux-ci seront plus performants?

Les questions de transparence

  • Comment s’assurer que le fonctionnement des systèmes automatisés qui prennent des décisions soit intelligible pour leurs concepteurs et les personnes qu’ils conseillent?
  • Comment éliminer les partis-pris des systèmes d’IA?

Les questions de gouvernance

  • Quels sont le rôle de l’état et des acteurs privés dans l’accès aux données?
  • Quelle souveraineté du numérique devrait-on développer?

Les questions qui relèvent de la régulation d’Internet

  • Devrait-on accorder des capacités de calculs différentes en fonction de l’utilisation, et ainsi abolir le principe de neutralité du net?
  • L’État devrait-il réguler l’usage numérique compte tenu de ses impacts environnementaux?

Les questions d’efficacité énergétique

  • Les mécanismes de type nudge de l’économie comportementale devraient-ils être mis en place pour favoriser des comportements qui tendent à réduire l’empreinte énergétique?
  • Comment s’assurer que les gains en efficacité énergétique ne mèneront pas à une augmentation de l’usage et ainsi une hausse de la consommation énergétique finale (effet rebond)?

Les questions sur les déchets électroniques

  • Comment concevoir les composés électroniques nécessaires aux périphériques numériques de manière à faciliter leur réutilisation et recyclage?
  • Doit-on instaurer des mécanismes de prix plus contraignants pour favoriser la récupération de composantes électroniques?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans la santé :

  • Est-il acceptable de remplacer le personnel médical par des équivalents automatisés?
  • Les opérations médicales devraient-elles être automatisées?
  • Est-il acceptable de baser des décisions de vie ou de mort sur des algorithmes?
  • Est-il souhaitable de confier l’accompagnement des personnes âgées à des systèmes automatisés?
  • Comment encadrer le consentement des patients à partager leurs données?
  • À quel prix pourront être offerts les services de santé améliorés par le numérique? Ceux-ci augmenteront-ils les inégalités d’accès aux soins?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans l’éducation :

  • Le numérique va-t-il davantage se comporter comme un soutien pour accompagner l’apprentissage ou va-t-il mener à l’usage ouvert des ressources pédagogiques et ainsi supprimer les lieux d’enseignement?
  • Comment va évoluer le rôle de l’enseignant dans la création et le partage de ressources?
  • Quel rôle aura l’étudiant dans la détermination de son parcours académique si celui-ci se couple à des mécanismes de prédictions et de suggestions?
  • Comment responsabiliser les élèves dans leurs usages des technologies en éducation?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans le travail :

  • Comment assurer la protection des travailleurs à travers les nouveaux modèles économiques induits par la transition numérique?
  • Comment accompagner les travailleurs qui seront rendus obsolètes par les systèmes d’IA?
  • Comment encadrer la discrimination des travailleurs basée sur les données?
  • Comment s’assurer que les systèmes d’IA permettent d’améliorer les conditions de travail?
  • Comment conserver les liens de sociabilité entre les individus dont le travail se dématérialise?
  • Comment répartir la richesse créée par les machines?

Abrassart, Christophe, Professeur agrégé, Faculté de l’aménagement – École de design, Université de Montréal

Blériot, Jocelyn, Chef exécutif, Institutions, Gouvernements et Villes, Fondation Ellen MacArthur

Chichoine, Guillaume, Ingénieur en informatique industrielle, Conseiller scientifique, Institut de valorisation des données (IVADO)

Dandres, Thomas, Agent de recherche au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)

Gambs, Sébastien, Pofesseur, Département d’informatique, UQAM

Geldron, Alain, Expert national matières premières, direction Économie circulaire et déchets, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)

Longhi, Pascal, membre Low-tech lab Montréal

Pinsard, Max, co-fondateur de Low-tech lab et membre des Shifters Montréal

Olivier, Marc, Professeur-Chercheur, Centre universitaire de formation en environnement (CUFE), Université de Sherbrooke

Voirino, Nathalie, candidate au doctorat en bioéthique, Université de Montréal

Withmore, Johanne, chercheuse principale, Chaire de gestion du secteur de l’énergie,  HEC Montréal

Définir une vision collective d’un futur à la fois possible et souhaitable

140 participantes et participants ont contribué aux ateliers de codesign prospectif du futur souhaitable. Le résultat: une vision qui repose sur trois acquis, fruits d’un équilibre entre plusieurs priorités collectives. 

L’équipe de Chemins de transition remercie chaleureusement l’Institut de l’énergie Trottier pour sa contribution à l’organisation des ateliers de co-design prospectif.

Les scénarios contrastés présentés ici servent à se plonger dans le futur en concrétisant différents mondes possibles en 2040. Ces scénarios déclencheurs facilitent les échanges et permettent de faire ressortir des éléments souhaitables ou redoutables. Ils servent de point de départ pour imaginer ensemble de nouveaux futurs possibles.

Cette présentation explique comment ces scénarios ont été construits. 

31 MAI 2040. Myriam se fait réveiller par l’odeur du café fraîchement torréfié par Mike, son compagnon numérique Microsoft. En lui donnant sa tasse, Mike l’informe :

– Cet expresso a réduit ton budget carbone à 37,8g équivalant CO2 jusqu’à lundi. Mais la température extérieure est excellente, peut-être pourrais-tu aller au travail à vélo pour compenser cet impact environnemental ?

– Merci Mike, qu’est-ce que je ferais sans toi… Peux-tu me donner mon programme de la journée pendant que je mange en vitesse?

– Certainement chère amie. Je te propose de terminer ta formation de gestion de conflit en entreprise de 8h-10h55, et de poursuivre avec l’évaluation annuelle de Félix à 11h. Et comme tu aimes la lecture en après-midi, je te recommande la nouvelle étude Optimiser l’ambiance au travail par les algorithmes à compter de 13h.

Véritable GPS de vie, les activités proposées par Mike sont recalibrées en continu pour que Myriam ait les meilleures chances d’atteindre son objectif principal de devenir DRH de son entreprise d’ici la fin 2041, fier leader québécois du marché nord-américain de réemploi du matériel informatique.

Écologiste de la première heure, Myriam accueille très favorablement les changements drastiques imposés par le gouvernement depuis 2030. D’abord suspicieuse lorsque l’État a accordé aux GAFAM un accès privilégié aux ressources naturelles et à l’énergie, de plus en plus rares, elle doit avouer que ce partenariat public-privé a rempli ses promesses. Il a permis d’améliorer grandement l’éco-efficacité des petits et grands gestes du quotidien, tout en assurant une équité dans la répartition de l’effort. Elle et Maxime faisaient même partie des premiers québécois à intégrer des objets connectés à la maison pour suivre en temps réel leur empreinte environnementale. Cependant, depuis leur séparation tumultueuse, Myriam traverse une phase de remise en question. Lors d’une discussion avec sa collègue Chloé dans les toilettes de l’entreprise, exempts de reconnaissance faciale, Myriam fond en larme. Le contrôle systématique de chaque décision et l’accompagnement personnalisé de sa performance lui apparaissent maintenant intrusifs et insupportables.

– Est-ce que ça t’arrive de te demander si on est allés trop loin, toi? Penses-tu qu’un retour en arrière soit possible? J’ai plus vraiment l’impression d’être aux commandes de ma vie. 

– Oui ça m’arrive d’avoir des doutes, c’est sûr. Mais bon… il faut avouer qu’on n’aurait jamais été capables de faire autant d’efforts sans l’optimisation des décisions. Le système est bien fait, et il est parti pour rester. Mais si tu as besoin de penser à autre chose ce soir, viens avec moi; on m’a invitée à un buffet de viande et de fruits exotiques organisé par les Oil Angels de Lanaudière… 

À nouveau seule, elle se tourne vers Mike qui a décodé dans le non-verbal de Myriam son désir d’accepter cette invitation. En mode crypté, il lui affiche les risques associés à ce comportement illégal. En réponse à la moue de Myriam, Mike l’informe du meilleur transport collectif pour s’y rendre et lui recommande de le mémoriser, puis de le déconnecter d’ici à son retour afin d’éviter que ses données, remontées en continue aux GAFAM, ne puissent lui causer problème.

31 décembre 2039. L’heure est à la fête chez les Desjardins. Comme dans chaque réunion familiale, on profite de l’occasion pour célébrer sa fierté d’être Québécois :

– Les Américains n’ont rien compris, ils continuent de travailler comme des fous pour se payer leur bonheur préfabriqué et leur « digital way of life » qui ne mène à rien. Ils me font de la peine…

– Regarde-la qui s’apitoie sur leur sort ! C’est quand même sur notre dos qu’ils réussissent à continuer à consommer comme on faisait dans le temps… si c’était pas de notre Hydro-Québec et des gentils petits québécois qui ont su préserver leur eau et bien utiliser leurs ressources, il partirait vite en fumée leur fameux bonheur !

– Mon voisin a entendu dire que dans les autres blocs continentaux aussi ça se passait comme ça : eu Europe, en Asie, en Amérique du Sud… la loi du plus fort, c’est vieux comme le monde…

– Papa, tu ne dis rien ?

Benoit, patriarche de la famille, est habituellement le premier à vanter ce Québec « qui a le cœur à la bonne place », et qui a su « se serrer la ceinture là où il faut pour garder son système de santé et d’éducation populaire et à la fine pointe de la technologie » ! Aujourd’hui, il ne sait plus si sa chère province a les moyens de ses valeurs. D’abord déçu que le gouvernement suive la recommandation du Collège des médecins d’intégrer le Great US Disease Detection Center (US-DDC) il y a 3 ans, il a dû reconnaitre que ce système d’intelligence artificielle, beaucoup plus puissant et moins coûteux que le québécois, a déjà sauvé des milliers de vies.

Mais, depuis la fermeture de la dernière compagnie d’assurance locale le mois dernier, Benoit craint le pire. Tous les assureurs disponibles dans le bloc nord-américain ont refusé son dossier, prétextant qu’il présente des risques trop élevés, alors même que le bilan médical envoyé par son assureur précédent était excellent. Un ancien collègue vient de lui confirmer ses doutes : les prédictions médicales du US-DDC sont partagées à plusieurs multinationales liées à la santé, qui subventionnent fortement le système en retour.

Benoit est fortement ébranlé par la nouvelle. Il a été un des principaux architectes de la Grande transformation de 2028, qui a concentré toute la capacité numérique de la province dans certains secteurs et usages clés pour l’économie locale et le bien-être des québécois. En plus de permettre une réduction drastique de la consommation d’énergie et de métaux, critique pour l’atteinte des objectifs 2030 d’émission de gaz à effet de serre et d’économie circulaire de la province, cette stratégie nationale répondait aux préoccupations croissantes de la population par rapport à l’industrie numérique. Après les nombreux scandales de confidentialité des données et de « fake news » des années 2020, la population a accepté qu’elle devait restreindre la majorité de ses usages, au travail comme dans ses loisirs, afin de continuer à profiter de la présence technologique dans des secteurs où elle pourrait être convenablement encadrée.

Mais aujourd’hui, Benoit se remémore le discours de ses opposants de l’époque, qui affirmaient que cette stratégie de concentration des usages ne suffirait pas contre les géants du numérique d’à côté. Souhaitant garder pour lui ses réflexions de trouble-fête, il se ressert un verre de son fameux cidre, et porte un toast à cette nouvelle décennie à venir…

Cher.es municitoyen.es,

Je vous informe en toute vérité que je vais me présenter pour un deuxième mandat à la Mairie. Jamais une élection n’a été aussi importante au pays que celle qui s’en vient. Le mandat précédent a été entièrement dominé par l’adoption précipitée de la loi de décentralisation climatique : miné par la répétition des évènements catastrophiques et des pénuries de ressource et d’énergie, le gouvernement provincial a finalement cédé à nos appels à déléguer la gouvernance climatique à l’échelle locale, beaucoup plus efficace et rassurante pour nous tous. Cette délégation majeure de pouvoir s’est faite avec beaucoup trop d’improvisation, j’en conviens. Mais grâce à la combinaison de notre force collaborative, des ressources technodouces que nous avons su retracer en sûreté dans l’archéoweb, de la mine urbaine de matériaux et du foncier recyclable de notre communauté, nous pouvons envisager plus sereinement un avenir fait de sobriété heureuse. Bien sûr, votre participation volontaire à nos circuits locaux de production alimentaire, réemploi, réparation de biens et maintenance des équipements collectifs a pu apparaitre au début comme un retour à la corvée du temps ancien. Mais avouez combien maintenant vous ressentez de fierté à voir concrètement le fruit de vos efforts, plutôt que d’être rémunéré dans l’une de ces cryptomonnaies dont la valeur ne fait que fluctuer?

Mon deuxième mandat sera entièrement consacré à l’obtention du label international Écolowtech Development Cities, qui nous donnera accès aux fonds internationaux écoresponsables nous permettant de desserrer un peu l’étreinte des pénuries. C’est sûr, nous ne sommes ni Montréal ni Québec, qui ont eu beaucoup plus vite les ressources et l’expertise nécessaire pour réaliser le tournant vers des infrastructures numériques souveraines qui les ont mis à l’abri des principales attaques cybercriminelles. Mais n’est-ce pas un peu ringard à l’aune de nos nouvelles valeurs québécoises? De plus si ces métropoles ont pu garder la 5G, voyez combien cela suscite de troubles entre les conservateurs qui continuent à défendre cette chimère du tout numérique sobre, et les révolutionnaires qui veulent revenir à l’analogique intégral? Et que dire de tous ces pauvres citadins fuyant ces grandes villes qui ne respectent plus leur vie privée au nom du maintien d’une sécurité publique, toujours plus difficile à assurer dans ce contexte de tension sociale perpétuelle? Et que dire de la pandémie de souffrances mentales, addiction à la réalité virtuelle, stress du retour au réel et perte d’estime de soi dont les grandes villes ont été l’épicentre ces dernières années? Nous, nous n’avons que la 3G, mais au moins elle nous tient tricotés serrés et en santé! Continuons tous ensemble!

8 Janvier 2040, 8h50. Léa se met au travail : « Erreur 417 – Votre plateforme numérique a un NeighbourScore de 5 ou moins. Elle a été déconnectée en vertu du nouveau Plan de Sauvegarde de l’Énergie (PSE) ». La plateforme éducative de Léa, qui personnalise le programme selon le profil des élèves à partir d’un catalogue de cours international, n’en est pas à sa première chute de NeighbourScore, cet indice de popularité qui guide en continu les choix des individus et organisations. Comme tout programmeur, elle a appris à y faire face : les outils numériques qui peuplent les foyers et les organisations québécoises sont basés sur une intelligence artificielle « bon marché » si accessibles à tous… mais très peu résilients.

– Salut Max, c’est Léa. Tu pourrais me dépanner encore une fois pour remonter mon NeighbourScore?

– Encore un hacker qui s’en est pris à tes users ?

– Non, tu as vu le world fake news d’hier ? Il a été introduit dans le tronc commun d’apprentissage, donc cette information ridicule a été transmise à l’ensemble de mes élèves… comme ceux de 30 pays différents d’ailleurs. Ma cote de popularité est passée à 2.6 hier soir, donc le gouvernement m’a coupé sur-le-champ par son nouveau Plan de Sauvegarde de l’Énergie.

– Désolé, je ne peux pas t’aider cette fois : lorsque le gouvernement déconnecte un programme dans le cadre du PSE, maintenant c’est définitif ! On m’a dit qu’il a récemment renforcé ce plan pour faire bonne figure à l’échelle internationale. Il espère ainsi calmer le jeu auprès des pays mécontents de l’ascension canadienne dans la course aux énergies fossiles en Arctique. Je comprends que tu sois déçue, mais sans cette nouvelle source énergie, c’est toute notre industrie numérique qui est en jeu. T’imagine ? C’est pas seulement le principal moteur économique du Québec, c’est aussi la base de tous les services à la communauté !

Léa est sous le choc : cinq années de travail acharné sur sa plateforme réduites à néant ! Elle se connecte à la communauté Programmeurs.engagés, berceau de l’innovation québécoise, dans l’espoir de trouver du réconfort auprès de ses pairs. Mais elle se laisse vite prendre au jeu d’explorer leurs idées foisonnantes pour un numérique au service de tous : frigos collectifs connectés, plateforme de redistribution des objets usagés, partage des espaces et infrastructures sous-utilisées, gestion optimale des stocks d’ONR (Organismes Naturels Restants)…

Trois heures plus tard, Léa a retrouvé toute sa fougue : elle vient de s’associer à une nouvelle coop qui offrira un programme de formation aux chômeurs orienté selon les besoins du marché, évalués en continu par le gouvernement. Léa est fière de supporter cette cause : le chômage est un véritable fléau pour sa famille, amis et voisins. Il faut dire que les emplois se font rares dans cette province qui a automatisée 60% des métiers en deux décennies et doit accueillir toujours plus de réfugiés climatiques pour compenser l’augmentation continue de ses gaz à effet de serre. Et avec toutes ces catastrophes naturelles et pandémies qui se succèdent, le gouvernement peine à leur assurer un filet social. Heureusement, la solidarité est plus forte que jamais, et les plateformes collaboratives sont là pour tisser le Québec serré !

Cartographier, imaginer et prioriser les chemins les plus pertinents vers ce futur souhaitable

Cette étape consiste à construire des chemins pour mener la société québécoise vers le futur collectivement choisi à l’étape 2. 

Le travail est piloté par un comité d’expert·e·s, issu.e.s de différentes disciplines et milieux professionnels, qui se réunit à intervalle régulier afin d’identifier et de prioriser les chemins de transition les plus pertinents. Leurs réflexions sont alimentées en continu par différentes activités, et notamment les ateliers citoyens organisés par Espace pour la vie. Les solutions les plus porteuses peuvent ainsi être recensées pour déployer les changements souhaités.

Mesurer la trajectoire du Québec sur ces chemins de transition

À venir

Développer une compréhension globale du défi, cartographier et imaginer les ingrédients du futur

Ce diagnostic prospectif repose sur une revue des littératures académiques et grises. Il a été complété par la consultation d’une dizaine d’expertes et d’experts qui ont permis de l’enrichir. 

Les questions d’autonomie et de légitimité

  • Quelle sera la place de l’humain dans la société si les technologies numériques sont les seules capables de traiter l’abondance d’informations et de prendre des décisions en conséquence?
  • Comment garder le contrôle sur les technologies numériques?
  • Garderons-nous la possibilité de nous déconnecter des réseaux?

Les questions de vie privée

  • La commercialisation des données personnelles devrait-elle être mieux encadrée?
  • Devrait-on établir des espaces dans lesquels les personnes ne sont soumises à aucune collecte de données?
  • Quel contrôle auront les utilisateurs sur leurs propres données?

Les questions liées au bien être

  • Comment s’assurer que les applications technologiques ne contribuent pas au stress, à l’anxiété et au sentiment de harcèlement liés à l’environnement numérique?
  • Comment encadrer les mécanismes d’addiction favorisés par le numérique pour éviter les répercussions sur la santé mentale?
  • Comment s’assurer que les applications développées pour un objectif précis ne soient pas utilisées à des fins néfastes?

Les questions sur la fiabilité de l’information

  • Comment s’assurer que les systèmes automatisés ne propagent pas d’informations peu fiables, mensongères, ou relevant de la propagande?
  • De quelle manière pourra-t-on différencier des contenus originaux des contenus altérés par des systèmes d’IA lorsque ceux-ci seront plus performants?

Les questions de transparence

  • Comment s’assurer que le fonctionnement des systèmes automatisés qui prennent des décisions soit intelligible pour leurs concepteurs et les personnes qu’ils conseillent?
  • Comment éliminer les partis-pris des systèmes d’IA?

Les questions de gouvernance

  • Quels sont le rôle de l’état et des acteurs privés dans l’accès aux données?
  • Quelle souveraineté du numérique devrait-on développer?

Les questions qui relèvent de la régulation d’Internet

  • Devrait-on accorder des capacités de calculs différentes en fonction de l’utilisation, et ainsi abolir le principe de neutralité du net?
  • L’État devrait-il réguler l’usage numérique compte tenu de ses impacts environnementaux?

Les questions d’efficacité énergétique

  • Les mécanismes de type nudge de l’économie comportementale devraient-ils être mis en place pour favoriser des comportements qui tendent à réduire l’empreinte énergétique?
  • Comment s’assurer que les gains en efficacité énergétique ne mèneront pas à une augmentation de l’usage et ainsi une hausse de la consommation énergétique finale (effet rebond)?

Les questions sur les déchets électroniques

  • Comment concevoir les composés électroniques nécessaires aux périphériques numériques de manière à faciliter leur réutilisation et recyclage?
  • Doit-on instaurer des mécanismes de prix plus contraignants pour favoriser la récupération de composantes électroniques?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans la santé :

  • Est-il acceptable de remplacer le personnel médical par des équivalents automatisés?
  • Les opérations médicales devraient-elles être automatisées?
  • Est-il acceptable de baser des décisions de vie ou de mort sur des algorithmes?
  • Est-il souhaitable de confier l’accompagnement des personnes âgées à des systèmes automatisés?
  • Comment encadrer le consentement des patients à partager leurs données?
  • À quel prix pourront être offerts les services de santé améliorés par le numérique? Ceux-ci augmenteront-ils les inégalités d’accès aux soins?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans l’éducation :

  • Le numérique va-t-il davantage se comporter comme un soutien pour accompagner l’apprentissage ou va-t-il mener à l’usage ouvert des ressources pédagogiques et ainsi supprimer les lieux d’enseignement?
  • Comment va évoluer le rôle de l’enseignant dans la création et le partage de ressources?
  • Quel rôle aura l’étudiant dans la détermination de son parcours académique si celui-ci se couple à des mécanismes de prédictions et de suggestions?
  • Comment responsabiliser les élèves dans leurs usages des technologies en éducation?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans le travail :

  • Comment assurer la protection des travailleurs à travers les nouveaux modèles économiques induits par la transition numérique?
  • Comment accompagner les travailleurs qui seront rendus obsolètes par les systèmes d’IA?
  • Comment encadrer la discrimination des travailleurs basée sur les données?
  • Comment s’assurer que les systèmes d’IA permettent d’améliorer les conditions de travail?
  • Comment conserver les liens de sociabilité entre les individus dont le travail se dématérialise?
  • Comment répartir la richesse créée par les machines?

Abrassart, Christophe, Professeur agrégé, Faculté de l’aménagement – École de design, Université de Montréal

Blériot, Jocelyn, Chef exécutif, Institutions, Gouvernements et Villes, Fondation Ellen MacArthur

Chichoine, Guillaume, Ingénieur en informatique industrielle, Conseiller scientifique, Institut de valorisation des données (IVADO)

Dandres, Thomas, Agent de recherche au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)

Gambs, Sébastien, Pofesseur, Département d’informatique, UQAM

Geldron, Alain, Expert national matières premières, direction Économie circulaire et déchets, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)

Longhi, Pascal, membre Low-tech lab Montréal

Pinsard, Max, co-fondateur de Low-tech lab et membre des Shifters Montréal

Olivier, Marc, Professeur-Chercheur, Centre universitaire de formation en environnement (CUFE), Université de Sherbrooke

Voirino, Nathalie, candidate au doctorat en bioéthique, Université de Montréal

Withmore, Johanne, chercheuse principale, Chaire de gestion du secteur de l’énergie,  HEC Montréal

Définir une vision collective d’un futur à la fois possible et souhaitable

140 participantes et participants ont contribué aux ateliers de codesign prospectif du futur souhaitable. Le résultat: une vision qui repose sur trois acquis, fruits d’un équilibre entre plusieurs priorités collectives. 

L’équipe de Chemins de transition remercie chaleureusement l’Institut de l’énergie Trottier pour sa contribution à l’organisation des ateliers de co-design prospectif.

Les scénarios contrastés présentés ici servent à se plonger dans le futur en concrétisant différents mondes possibles en 2040. Ces scénarios déclencheurs facilitent les échanges et permettent de faire ressortir des éléments souhaitables ou redoutables. Ils servent de point de départ pour imaginer ensemble de nouveaux futurs possibles.

Cette présentation explique comment ces scénarios ont été construits. 

31 MAI 2040. Myriam se fait réveiller par l’odeur du café fraîchement torréfié par Mike, son compagnon numérique Microsoft. En lui donnant sa tasse, Mike l’informe :

– Cet expresso a réduit ton budget carbone à 37,8g équivalant CO2 jusqu’à lundi. Mais la température extérieure est excellente, peut-être pourrais-tu aller au travail à vélo pour compenser cet impact environnemental ?

– Merci Mike, qu’est-ce que je ferais sans toi… Peux-tu me donner mon programme de la journée pendant que je mange en vitesse?

– Certainement chère amie. Je te propose de terminer ta formation de gestion de conflit en entreprise de 8h-10h55, et de poursuivre avec l’évaluation annuelle de Félix à 11h. Et comme tu aimes la lecture en après-midi, je te recommande la nouvelle étude Optimiser l’ambiance au travail par les algorithmes à compter de 13h.

Véritable GPS de vie, les activités proposées par Mike sont recalibrées en continu pour que Myriam ait les meilleures chances d’atteindre son objectif principal de devenir DRH de son entreprise d’ici la fin 2041, fier leader québécois du marché nord-américain de réemploi du matériel informatique.

Écologiste de la première heure, Myriam accueille très favorablement les changements drastiques imposés par le gouvernement depuis 2030. D’abord suspicieuse lorsque l’État a accordé aux GAFAM un accès privilégié aux ressources naturelles et à l’énergie, de plus en plus rares, elle doit avouer que ce partenariat public-privé a rempli ses promesses. Il a permis d’améliorer grandement l’éco-efficacité des petits et grands gestes du quotidien, tout en assurant une équité dans la répartition de l’effort. Elle et Maxime faisaient même partie des premiers québécois à intégrer des objets connectés à la maison pour suivre en temps réel leur empreinte environnementale. Cependant, depuis leur séparation tumultueuse, Myriam traverse une phase de remise en question. Lors d’une discussion avec sa collègue Chloé dans les toilettes de l’entreprise, exempts de reconnaissance faciale, Myriam fond en larme. Le contrôle systématique de chaque décision et l’accompagnement personnalisé de sa performance lui apparaissent maintenant intrusifs et insupportables.

– Est-ce que ça t’arrive de te demander si on est allés trop loin, toi? Penses-tu qu’un retour en arrière soit possible? J’ai plus vraiment l’impression d’être aux commandes de ma vie. 

– Oui ça m’arrive d’avoir des doutes, c’est sûr. Mais bon… il faut avouer qu’on n’aurait jamais été capables de faire autant d’efforts sans l’optimisation des décisions. Le système est bien fait, et il est parti pour rester. Mais si tu as besoin de penser à autre chose ce soir, viens avec moi; on m’a invitée à un buffet de viande et de fruits exotiques organisé par les Oil Angels de Lanaudière… 

À nouveau seule, elle se tourne vers Mike qui a décodé dans le non-verbal de Myriam son désir d’accepter cette invitation. En mode crypté, il lui affiche les risques associés à ce comportement illégal. En réponse à la moue de Myriam, Mike l’informe du meilleur transport collectif pour s’y rendre et lui recommande de le mémoriser, puis de le déconnecter d’ici à son retour afin d’éviter que ses données, remontées en continue aux GAFAM, ne puissent lui causer problème.

31 décembre 2039. L’heure est à la fête chez les Desjardins. Comme dans chaque réunion familiale, on profite de l’occasion pour célébrer sa fierté d’être Québécois :

– Les Américains n’ont rien compris, ils continuent de travailler comme des fous pour se payer leur bonheur préfabriqué et leur « digital way of life » qui ne mène à rien. Ils me font de la peine…

– Regarde-la qui s’apitoie sur leur sort ! C’est quand même sur notre dos qu’ils réussissent à continuer à consommer comme on faisait dans le temps… si c’était pas de notre Hydro-Québec et des gentils petits québécois qui ont su préserver leur eau et bien utiliser leurs ressources, il partirait vite en fumée leur fameux bonheur !

– Mon voisin a entendu dire que dans les autres blocs continentaux aussi ça se passait comme ça : eu Europe, en Asie, en Amérique du Sud… la loi du plus fort, c’est vieux comme le monde…

– Papa, tu ne dis rien ?

Benoit, patriarche de la famille, est habituellement le premier à vanter ce Québec « qui a le cœur à la bonne place », et qui a su « se serrer la ceinture là où il faut pour garder son système de santé et d’éducation populaire et à la fine pointe de la technologie » ! Aujourd’hui, il ne sait plus si sa chère province a les moyens de ses valeurs. D’abord déçu que le gouvernement suive la recommandation du Collège des médecins d’intégrer le Great US Disease Detection Center (US-DDC) il y a 3 ans, il a dû reconnaitre que ce système d’intelligence artificielle, beaucoup plus puissant et moins coûteux que le québécois, a déjà sauvé des milliers de vies.

Mais, depuis la fermeture de la dernière compagnie d’assurance locale le mois dernier, Benoit craint le pire. Tous les assureurs disponibles dans le bloc nord-américain ont refusé son dossier, prétextant qu’il présente des risques trop élevés, alors même que le bilan médical envoyé par son assureur précédent était excellent. Un ancien collègue vient de lui confirmer ses doutes : les prédictions médicales du US-DDC sont partagées à plusieurs multinationales liées à la santé, qui subventionnent fortement le système en retour.

Benoit est fortement ébranlé par la nouvelle. Il a été un des principaux architectes de la Grande transformation de 2028, qui a concentré toute la capacité numérique de la province dans certains secteurs et usages clés pour l’économie locale et le bien-être des québécois. En plus de permettre une réduction drastique de la consommation d’énergie et de métaux, critique pour l’atteinte des objectifs 2030 d’émission de gaz à effet de serre et d’économie circulaire de la province, cette stratégie nationale répondait aux préoccupations croissantes de la population par rapport à l’industrie numérique. Après les nombreux scandales de confidentialité des données et de « fake news » des années 2020, la population a accepté qu’elle devait restreindre la majorité de ses usages, au travail comme dans ses loisirs, afin de continuer à profiter de la présence technologique dans des secteurs où elle pourrait être convenablement encadrée.

Mais aujourd’hui, Benoit se remémore le discours de ses opposants de l’époque, qui affirmaient que cette stratégie de concentration des usages ne suffirait pas contre les géants du numérique d’à côté. Souhaitant garder pour lui ses réflexions de trouble-fête, il se ressert un verre de son fameux cidre, et porte un toast à cette nouvelle décennie à venir…

Cher.es municitoyen.es,

Je vous informe en toute vérité que je vais me présenter pour un deuxième mandat à la Mairie. Jamais une élection n’a été aussi importante au pays que celle qui s’en vient. Le mandat précédent a été entièrement dominé par l’adoption précipitée de la loi de décentralisation climatique : miné par la répétition des évènements catastrophiques et des pénuries de ressource et d’énergie, le gouvernement provincial a finalement cédé à nos appels à déléguer la gouvernance climatique à l’échelle locale, beaucoup plus efficace et rassurante pour nous tous. Cette délégation majeure de pouvoir s’est faite avec beaucoup trop d’improvisation, j’en conviens. Mais grâce à la combinaison de notre force collaborative, des ressources technodouces que nous avons su retracer en sûreté dans l’archéoweb, de la mine urbaine de matériaux et du foncier recyclable de notre communauté, nous pouvons envisager plus sereinement un avenir fait de sobriété heureuse. Bien sûr, votre participation volontaire à nos circuits locaux de production alimentaire, réemploi, réparation de biens et maintenance des équipements collectifs a pu apparaitre au début comme un retour à la corvée du temps ancien. Mais avouez combien maintenant vous ressentez de fierté à voir concrètement le fruit de vos efforts, plutôt que d’être rémunéré dans l’une de ces cryptomonnaies dont la valeur ne fait que fluctuer?

Mon deuxième mandat sera entièrement consacré à l’obtention du label international Écolowtech Development Cities, qui nous donnera accès aux fonds internationaux écoresponsables nous permettant de desserrer un peu l’étreinte des pénuries. C’est sûr, nous ne sommes ni Montréal ni Québec, qui ont eu beaucoup plus vite les ressources et l’expertise nécessaire pour réaliser le tournant vers des infrastructures numériques souveraines qui les ont mis à l’abri des principales attaques cybercriminelles. Mais n’est-ce pas un peu ringard à l’aune de nos nouvelles valeurs québécoises? De plus si ces métropoles ont pu garder la 5G, voyez combien cela suscite de troubles entre les conservateurs qui continuent à défendre cette chimère du tout numérique sobre, et les révolutionnaires qui veulent revenir à l’analogique intégral? Et que dire de tous ces pauvres citadins fuyant ces grandes villes qui ne respectent plus leur vie privée au nom du maintien d’une sécurité publique, toujours plus difficile à assurer dans ce contexte de tension sociale perpétuelle? Et que dire de la pandémie de souffrances mentales, addiction à la réalité virtuelle, stress du retour au réel et perte d’estime de soi dont les grandes villes ont été l’épicentre ces dernières années? Nous, nous n’avons que la 3G, mais au moins elle nous tient tricotés serrés et en santé! Continuons tous ensemble!

8 Janvier 2040, 8h50. Léa se met au travail : « Erreur 417 – Votre plateforme numérique a un NeighbourScore de 5 ou moins. Elle a été déconnectée en vertu du nouveau Plan de Sauvegarde de l’Énergie (PSE) ». La plateforme éducative de Léa, qui personnalise le programme selon le profil des élèves à partir d’un catalogue de cours international, n’en est pas à sa première chute de NeighbourScore, cet indice de popularité qui guide en continu les choix des individus et organisations. Comme tout programmeur, elle a appris à y faire face : les outils numériques qui peuplent les foyers et les organisations québécoises sont basés sur une intelligence artificielle « bon marché » si accessibles à tous… mais très peu résilients.

– Salut Max, c’est Léa. Tu pourrais me dépanner encore une fois pour remonter mon NeighbourScore?

– Encore un hacker qui s’en est pris à tes users ?

– Non, tu as vu le world fake news d’hier ? Il a été introduit dans le tronc commun d’apprentissage, donc cette information ridicule a été transmise à l’ensemble de mes élèves… comme ceux de 30 pays différents d’ailleurs. Ma cote de popularité est passée à 2.6 hier soir, donc le gouvernement m’a coupé sur-le-champ par son nouveau Plan de Sauvegarde de l’Énergie.

– Désolé, je ne peux pas t’aider cette fois : lorsque le gouvernement déconnecte un programme dans le cadre du PSE, maintenant c’est définitif ! On m’a dit qu’il a récemment renforcé ce plan pour faire bonne figure à l’échelle internationale. Il espère ainsi calmer le jeu auprès des pays mécontents de l’ascension canadienne dans la course aux énergies fossiles en Arctique. Je comprends que tu sois déçue, mais sans cette nouvelle source énergie, c’est toute notre industrie numérique qui est en jeu. T’imagine ? C’est pas seulement le principal moteur économique du Québec, c’est aussi la base de tous les services à la communauté !

Léa est sous le choc : cinq années de travail acharné sur sa plateforme réduites à néant ! Elle se connecte à la communauté Programmeurs.engagés, berceau de l’innovation québécoise, dans l’espoir de trouver du réconfort auprès de ses pairs. Mais elle se laisse vite prendre au jeu d’explorer leurs idées foisonnantes pour un numérique au service de tous : frigos collectifs connectés, plateforme de redistribution des objets usagés, partage des espaces et infrastructures sous-utilisées, gestion optimale des stocks d’ONR (Organismes Naturels Restants)…

Trois heures plus tard, Léa a retrouvé toute sa fougue : elle vient de s’associer à une nouvelle coop qui offrira un programme de formation aux chômeurs orienté selon les besoins du marché, évalués en continu par le gouvernement. Léa est fière de supporter cette cause : le chômage est un véritable fléau pour sa famille, amis et voisins. Il faut dire que les emplois se font rares dans cette province qui a automatisée 60% des métiers en deux décennies et doit accueillir toujours plus de réfugiés climatiques pour compenser l’augmentation continue de ses gaz à effet de serre. Et avec toutes ces catastrophes naturelles et pandémies qui se succèdent, le gouvernement peine à leur assurer un filet social. Heureusement, la solidarité est plus forte que jamais, et les plateformes collaboratives sont là pour tisser le Québec serré !

Cartographier, imaginer et prioriser les chemins les plus pertinents vers ce futur souhaitable

Cette étape consiste à construire des chemins pour mener la société québécoise vers le futur collectivement choisi à l’étape 2. 

Le travail est piloté par un comité d’expert·e·s, issu.e.s de différentes disciplines et milieux professionnels, qui se réunit à intervalle régulier afin d’identifier et de prioriser les chemins de transition les plus pertinents. Leurs réflexions sont alimentées en continu par différentes activités, et notamment les ateliers citoyens organisés par Espace pour la vie. Les solutions les plus porteuses peuvent ainsi être recensées pour déployer les changements souhaités.

Mesurer la trajectoire du Québec sur ces chemins de transition

À venir

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