Comment faire converger transition numérique et transition écologique?

L’univers numérique se développe de manière exponentielle depuis les années 2000, et est plus présent que jamais depuis le début du confinement. Cette tendance risque d’être encore plus importante au cours des dix prochaines années, sous l’effet d’une multiplication sans précédent d’objets et d’usagers connectés dans le monde. Malgré les gains d’efficacité énergétique de cette industrie, la fabrication et l’usage de ses équipements vont faire exploser les émissions de gaz à effets de serre, au moment même où la lutte aux changements climatiques demanderait un effort drastique pour les faire diminuer. Il en va de même pour la consommation de ressources qui s’épuisent, comme les métaux précieux nécessaires à la fabrication de ces milliards d’objets connectés qui les dispersent ensuite partout dans le monde.

De ce fait, les effets négatifs de la transition numérique vont devenir un enjeu politique et social majeur alors même que les usagers ne sont pas conscients de l’impact écologique de leurs consommations numériques. Quelles sont les voies possibles de la sobriété numérique? Peut-on limiter la consommation d’objets et les usages numériques dans les pays développés, déjà saturés d’équipements personnels, pour permettre aux pays en développement de réaliser leur transition numérique? Doit-on arbitrer entre les usages numériques essentiels au maintien du bien-être et ceux dédiés aux loisirs et à la sociabilité interpersonnelle? Les promesses de l’intelligence artificielle en termes d’efficacité énergétique (pour se déplacer, se loger, se nourrir…) valent-elles l’augmentation de la facture environnementale du numérique, compte tenu du peu de temps dont l’humanité dispose pour réduire son empreinte?

novembre 2020
décembre 2020
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Développer une compréhension globale du défi, cartographier et imaginer les ingrédients du futur

Ce diagnostic prospectif* repose sur une revue des littératures académiques et grises. Il a été complété par la consultation d’une dizaine d’expert·e·s qui ont permis de l’enrichir. 

1.1. On constate …

L’omniprésence du numérique

En l’espace d’une vingtaine d’années, le numérique est devenu omniprésent dans l’ensemble des sociétés industrielles. Il y a seulement quelques décennies, les TIC étaient considérées comme des outils puissants pouvant donner un avantage compétitif à ceux qui savaient les maîtriser. Or, cette vision du numérique niche n’est plus réellement d’actualité, tant le numérique est devenu l’espace de vie au complet. Les technologies numériques, et notamment les applications téléphoniques, sont utilisées pour gérer les contacts, les courriels, les appels, le partage de documents et d’informations. Au niveau collectif, le numérique est aussi présent à chaque étape organisationnelle. De l’administration publique, à la gestion des entreprises en passant par les entités étatiques et les transports, tous ont franchi l’étape de la numérisation de leurs services et utilisent en continu des logiciels pour effectuer suivis et analyses. Somme toute, le numérique ne correspond plus à une simple liste d’outils numériques, il est devenu à la place un environnement complet qui exerce une influence sur la culture et les relations sociales.

La montée de l’infobésité

Le déploiement des appareils numériques est allé de pair avec l’explosion de l’utilisation des réseaux sociaux, qui a bouleversé le rapport à l’information. Celle-ci est devenue accessible en quelques instants, sans contraintes physiques, à un tel point que les flux d’informations puissent être parfois considérés excessifs. En d’autres termes, pour la première fois historiquement, la hausse de la quantité d’informations disponible n’est plus synonyme d’une hausse de l’assimilation, et peut être même associée à une baisse de la rétention informationnelle. La difficulté de traiter cette surabondance d’informations, appelée « surcharge informationnelle » ou « infobésité », serait liée à des déficits de l’attention, des phénomènes d’addiction, d’anxiété ou encore des pertes de mémoire (Sauvajol-Rialland, 2014).

L’utilisation des données pour apprendre à se connaître

Les données personnelles sont de plus en plus utilisées par les utilisateurs eux-mêmes pour apprendre à se connaître d’une autre manière. Les dernières années ont vu surgir une multiplication des systèmes de mesure d’informations personnelles dans les activités quotidiennes, tels que des applications téléphoniques qui mesurent l’activité et le sommeil, ou des capteurs intégrés qui suivent attentivement la santé et la performance au travail (Ajana, 2017). Cette pratique (quantified self en Anglais) est de plus en plus commune et se retrouve associée à des objectifs d’amélioration des performances, du bonheur ou encore de la santé (Anja, 2017).

Une fracture numérique

La dématérialisation des services publics représente parfois un facteur d’exclusion supplémentaire. En effet, on observe une forte hausse des services publics dont l’accès devient exclusivement en ligne (Connexions Solidaires, 2016, 4 juillet). Bien que l’accès numérique puisse être apprécié d’une partie de la population, la dématérialisation de certains services, notamment ceux liés aux programmes sociaux, peut représenter un obstacle supplémentaire pour des personnes déjà en situation de précarité. Cet obstacle, souvent qualifié de « fracture numérique » lorsqu’il est attribué à l’âge des utilisateurs, est dans les faits davantage déterminé par leur situation socioéconomique. En 2015, la Federal Communications Commission montrait par exemple que 40 % des habitants de la ville de Détroit n’avaient pas accès à Internet à leur domicile, à cause de la faible capacité de revenus de la population qui ne justifiait pas, aux yeux des entreprises de télécommunication, les investissements nécessaires en termes d’infrastructures (Federal Communications Commission, 2015). Au Québec, on retrouve également une fracture numérique à l’échelle des territoires : en 2019, 340 000 foyers québécois en région n’étaient pas connectés au réseau Internet (MEIE, 2019). Cette double peine vient s’ajouter aux difficultés économiques que connaissent déjà certaines régions québécoises, à cause d’une rareté de main-d’œuvre et un exode rural. Étant mal desservies par les infrastructures de télécommunications, il devient difficile pour certaines d’entre elles d’attirer des talents et de développer l’économie locale, renforçant à nouveau les inégalités territoriales (Bouchard, 2019). Enfin, on retrouve aussi une facture numérique chez les jeunes Québécois : en 2020 4,4 % des 12-29 ans ne possèdent ni téléphone intelligent, ni ordinateur (Printemps Numérique, 2020), limitant ainsi considérablement leur accès aux services numériques comme l’éducation et l’accès au savoir lorsque la classe ne peut pas avoir lieu physiquement. L’étude de Printemps Numérique montre que les inégalités d’accès aux équipements numériques sont notamment influencées par le niveau d’étude des parents (plus celui-ci est élevé, plus les jeunes possèdent des périphériques) (Printemps Numérique, 2020).

L’existence de bulles d’autorenforcement

Avec un accès inédit à une multitude de sources permis par Internet, il pourrait être attendu que les usagers soient confrontés à un nombre plus élevé de points de vue, dont une partie serait différente du leur. Or d’après plusieurs auteurs, l’accès réel à l’information est de plus en plus filtré par les algorithmes des moteurs de recherches et des réseaux sociaux. En effet, les algorithmes informatiques qui accompagnent les plateformes numériques se servent des données émises par les utilisateurs pour personnaliser le contenu qui leur est offert afin de les fidéliser. D’une certaine manière, chaque internaute aurait ainsi accès à une version des plateformes web différente. À travers ce phénomène, l’utilisateur s’installe progressivement, et sans s’en rendre compte, dans une bulle optimisée pour sa personnalité supposée (Bashky et al., 2015). Sur les réseaux sociaux, par exemple, les plateformes utilisent l’historique de consultations, les clics et les interactions sociales pour hiérarchiser et filtrer le contenu qui sera jugé le plus pertinent pour l’utilisateur. Ce phénomène donne une impression déformée de la réalité en accordant plus d’importance à certains éléments plutôt qu’à d’autres (Bashky et al., 2015). À la manière d’une chambre d’écho traditionnelle, l’ « effet bulle » tend à s’autorenforcer en reproduisant des opinions et des croyances proches de celles de l’utilisateur qui est ainsi, à son tour, de plus en plus convaincu et de moins en moins ouvert aux idées extérieures. Cette tendance pourrait mener à une exacerbation des tensions sociales en réduisant la possibilité de dialogues entre les différentes bulles d’opinions.

1.2. On observe des évolutions et on prévoit …

La prolifération de fausses nouvelles et l’ère de post-vérité

Les réseaux sociaux offrent à beaucoup d’individus la possibilité inédite de s’exprimer sans devoir passer par un média institutionnel, et d’atteindre de nombreuses personnes en un temps record. Puissants outils de communication, les réseaux sociaux donnent ainsi une plateforme publique de partage d’opinions, qui inondent la toile d’avis divers sans passer par un processus de vérification. À cet effet, depuis les dernières années, plusieurs auteurs et organismes alertent sur la croissance exponentielle des fausses nouvelles (fake news en Anglais) qui gagnent progressivement en popularité, notamment sur Internet (Pingeot, 2017; Valadier, 2017; Fabre, 2019). Ces informations mensongères ou incomplètes, aux rédacteurs souvent inidentifiables, ont pour objectif de manipuler ou de tromper le public (Valadier, 2017). Au cours des dernières années, on a observé la montée de programmes de trucage vidéo basés sur l’intelligence artificielle. Communément appelés deepfake ou hypertrucage, ces programmes utilisent des outils de synthèse d’images qui servent à superposer des fichiers audio et vidéo existants sur d’autres vidéos, en changeant ainsi le visage d’une personne, sa voix, ou les paroles prononcées. Cette technique, dont les applications sont encore expérimentales, pourrait révolutionner le monde de la communication lorsqu’il sera impossible pour un public non averti de distinguer un discours présidentiel d’une contrefaçon malveillante (Christian, 2018, 1 février). Et les conséquences pourraient prendre des proportions alarmantes pour des sujets liés à la sécurité, tels que de fausses déclarations de guerre ou d’attaque nucléaire (Christian, 2018, 1 février). La démultiplication des flux informationnels et l’utilisation de l’IA dans l’altération de contenu rendent la distinction entre opinion et informations vérifiées de plus en plus difficile pour une grande partie de la population. Leur prolifération participerait même à un changement de paradigme informationnel, basculant ainsi le monde dans l’« ère de la post-vérité » (Pingeot, 2017). Popularisée lors du référendum britannique et des élections présidentielles américaines de 2016, l’expression vise à désigner des circonstances dans lesquelles les informations et les faits objectifs sont moins efficaces que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles pour modeler l’opinion publique (Fabre, 2019).

La remise en question de l’expertise

En lien avec l’ère de la post-vérité, c’est l’idée même du partage du savoir et de l’expertise qui semble de plus en plus remise en question. Auparavant, le statut de chercheur ou d’enseignant-chercheur bénéficiait d’une forte légitimité associée à un rôle de détenteur du savoir et d’éducateur (Barzam, Gerphagnon et Mora, 2019). Or, Internet a permis de multiplier les sources de la connaissance, remettant en question le rôle classique de l’enseignant comme seul détenteur d’un savoir qu’il transmet (Barzam, Gerphagnon et Mora, 2019). Cette multiplicité des sources d’informations réduit progressivement la frontière palpable entre les pratiques non professionnelles et les sciences institutionnalisées, et introduit ainsi une concurrence des autorités en ouvrant la voie à la participation des non professionnels à la production de connaissances, au détriment de l’expertise (Barzam, Gerphagnon et Mora, 2019).

1.3. On pourrait même imaginer …

Une IA (plus) responsable

Face aux préoccupations éthiques générées par les perspectives d’applications de l’IA, certains acteurs se penchent sur la mise en place de principes établissant un cadre éthique pour pouvoir assurer le développement d’une intelligence artificielle responsable, inclusive, équitable et écologiquement soutenable. Ces préoccupations émergent notamment du milieu académique (La Déclaration de Montréal en IA responsable, portée par l’Université de Montréal), du secteur privé (Microsoft) ou encore du secteur de l’assurance (AXA Research Fund).  Les défenseurs de l’IA responsable souhaitent avertir le public de sorte que le développement de l’IA ne soit pas une simple course à l’innovation, mais qu’il soit bénéfique envers les populations. À travers les initiatives, les principes reprennent une série de valeurs jugées fondamentales et incluent entre autres la protection de la vie privée, le respect de l’autonomie, et le principe de prudence.

L’homogénéisation progressive des cultures

Avec une utilisation croissante d’algorithmes automatisés pour aider à la décision, certains pensent que la tendance actuelle va progressivement vers une homogénéisation des cultures à travers le monde. En effet, en utilisant de plus en plus l’apprentissage machine et les données, les décisions favorisées seront issues d’une optimisation mathématique qui les présentera comme les meilleures à prendre dans le contexte donné. Au fur et à mesure, la recherche constante de l’optimisation pourrait amener à reléguer les considérations culturelles au second plan, puis progressivement amener vers une standardisation des modes de vie à travers le monde, basés sur l’optimisation algorithmique.

2.1 On constate …

La mainmise de quelques géants numériques

En dépit de sa puissance, Internet n’est actuellement contrôlé par aucune instance de régulation. De fait, il est le produit de quelques grands acteurs qui ont réussi à accaparer l’essentiel du marché depuis la fin du 20e siècle. Les géants américains GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et leurs équivalents chinois les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) capitalisent à eux seuls plus de 4 500 milliards de dollars, soit plus que le produit intérieur brut de l’Allemagne, la quatrième économie mondiale (Chevré, 2019, 11 février). La position considérable de ces entreprises dans le système économique pèse sur la balance des pouvoirs et, partout dans le monde, états et régulateurs cherchent la voie pour encadrer les géants du numérique sans pour autant réussir à imposer de vrais contre-pouvoirs (Chevré, 2019, 11 février). En effet, les technologies de l’information sont centrales aux enjeux commerciaux et géopolitiques et les puissances publiques se questionnent sur le rôle et les responsabilités de telles entreprises. D’un point de vue énergétique, la concentration du secteur numérique est tout aussi palpable : il est estimé que 80 % de la croissance des flux de données des cinq dernières années est attribuable à la consommation des services fournis par les GAFAM (The Shift Project, 2018).

La montée de l’industrie des données

La quantité de données disponibles a été multipliée par huit au cours de la dernière décennie en raison de la forte intégration des périphériques numériques (Portnoff et Soupizet, 2018). À travers leurs activités individuelles, collectives et leur présence sur Internet, les utilisateurs produisent constamment des données qui dépassent celles qu’ils partagent volontairement. Ces données représentent une matière première dont une nouvelle industrie réussit désormais à tirer de la valeur, grâce à des algorithmes de traitement automatisés basés sur l’IA (Portnoff et Soupizet, 2018). Avec une excellente maitrise des techniques de statistique et des calculs de probabilités, ces systèmes permettent de développer des mécanismes d’anticipation prédictive qui personnalisent l’environnement des utilisateurs, représentant alors une opération à forte valeur commerciale. En 2017, par exemple, 87 % du chiffre d’affaires de Google était issu de la vente de contenus publicitaires personnalisés (Agence France Presse, 2018, 3 mars). Cette possibilité d’extraire des données et de les transformer en valeur économique pousse plusieurs auteurs à comparer les données personnelles au pétrole de 21e siècle.

Des risques liés à la cybersécurité

La dématérialisation des entreprises et des organisations a fait apparaître un nouveau type de défis : les enjeux de cybersécurité. En effet, la mise en réseau des activités provoque la multiplication des points d’entrée du système et augmente ainsi la vulnérabilité aux agressions informatiques telles que le cyberespionnage, le cyberharcèlement, le cybercambriolage ou encore la cyberfinance criminelle (Accenture, 2019). Que ce soit pour tenter de voler des données, de détruire, d’endommager ou d’altérer le fonctionnement normal de leur système, il est estimé que 62 % des entreprises américaines ont connu des tentatives de cyberattaque en 2018 (Accenture, 2019) et que les dépenses mondiales en matière de sécurité devraient atteindre les 133,7 milliards de dollars en 2022 (Gartner, 2018). Au Québec en 2019, le groupe financier Mouvement Desjardins a par exemple été victime du vol des données personnelles de ses 4,2 millions de membres particuliers, comprenant des informations confidentielles liées à l’identité et aux habitudes d’achat (Péloquin et Pilon-Larose, 2019).

Une distinction entre IA faible et IA forte

Bien que l’intelligence artificielle alimente de nombreux fantasmes sur la capacité des machines à prendre le contrôle de la société, la réalité est toute autre. En effet, tous les systèmes actuels utilisant l’intelligence artificielle sont considérés comme relevant de l’IA faible, c’est-à-dire une intelligence artificielle concentrée sur une tâche précise, répétitive, et qui n’est pas en ce sens dotée d’une intelligence réelle ni d’une conscience de soi (Kohler, 2020). L’IA faible est définie en contraste avec une hypothétique IA forte, qui serait dotée de conscience, de sensibilité ou d’esprit et qui, pour le moment, relève encore de la science-fiction (Portnoff et Soupizet, 2018).

2.2 On observe des évolutions et on prévoit …

Le développement du capitalisme de surveillance

L’essor des technologies numériques a permis de développer ce que la professeure émérite de l’université d’Harvard Shoshana Zuboff appelle le « capitalisme de surveillance » (Zuboff, 2019). Ce terme désigne selon l’auteure une nouvelle ère du capitalisme dans laquelle l’expérience humaine est considérée comme une manière première, qu’il est possible pour un acteur économique d’exploiter à des fins commerciales. L’entreprise américaine Google aurait été la première à exploiter les données personnelles pour améliorer la qualité des services rendus dans un premier temps, puis à être monétisée sous la pression des investisseurs, marquant ainsi la naissance d’une pratique qui se serait reproduite par la suite comme modèle d’affaires (Zuboff, 2019). À terme, Zuboff estime que l’évolution du capitalisme de surveillance pourrait tendre à la suppression de toute notion de vie privée et d’intimité. Le fondateur et directeur exécutif du magazine technologique Wired Kevin Kelly estime lui aussi que dans peu de temps, l’enregistrement des données, y compris personnelles, sera systématique et permanente grâce à des capteurs directs, mais aussi à travers des images de vie telles que des caméras reliées entre elles pour pallier les faiblesses de la mémoire vive (Kelly, 2016). Cette vision décrit le monde futur comme un « super organisme » associant l’intelligence humaine et celle des machines en liant tous les objets connectés et leurs utilisateurs (Kelly, 2016).

Un changement de paradigme vers une économie de flux

L’ère numérique a permis à un nouveau modèle d’affaires de se développer centré autour des plateformes numériques, offrant la place à une économie basée sur le principe d’usage plutôt que sur le principe de propriété (Kelly, 2016). Ce changement de paradigme économique permettrait aux utilisateurs de mettre en vente leurs compétences, biens, ou expérience à une échelle jusque-là inaccessible pour des individus ou des petites entreprises (Future Earth, 2020). De ce point de vue, les plateformes numériques sont en train de retirer le pouvoir économique entretenu par les institutions traditionnelles telles que les hôtels ou les taxis (dans le cas d’Airbnb ou d’Uber), mais d’un autre côté, l’utilisation croissante des plateformes est en train de générer une nouvelle forme de concentration de pouvoir dans les mains de leurs opérateurs (Future Earth, 2020).

La multiplication de synergies technologiques

La progression des performances de l’intelligence artificielle et des différentes applications numériques pourrait provoquer des bouleversements dans de nombreux domaines à travers leurs combinaisons. Par exemple, la blockchain décentralisée et l’IA centralisatrice pourraient ensemble conduire à des organisations à intelligence décentralisée (Corea, 2019) tandis que la mise en commun de l’IA et de la réalité virtuelle pourrait bientôt faire du téléphone intelligent un remplaçant des magasins physiques (Portnoff et Soupizet, 2018). Cette dernière tendance s’inscrirait dans la continuité du développement du commerce en ligne, qui progresse sans arrêt depuis son apparition. Au Québec, l’achat en ligne a représenté 10,5 milliards de dollars en 2018, soit une hausse de 27 % par rapport à 2017 (CEFRIO, 2019a). À l’échelle du Canada, le commerce électronique de détail représentait 40 milliards de dollars en 2018, et les projections amènent ce montant à plus de 55 milliards en 2023 (Statista, s. d.).

2.3 On pourrait même imaginer …

La diffusion de la pensée low-tech

Les défenseurs des low-tech (« basses technologies ») s’inscrivent dans un rejet à l’idéologie du progrès technique et en particulier de la prolifération des périphériques numériques (Bihouix, 2014). Cette démarche consiste à s’interroger sur les besoins de la société, et d’y répondre par des solutions qui minimisent l’énergie requise à la production et à l’usage, diminuent significativement la consommation de matières et les impacts sur l’environnement, tout en redonnant aux utilisateurs de l’autonomie et de la maîtrise sur les outils (La Fabrique écologique, s. d.). Une démarche low-tech en vient à se demander (Bihouix, 2014) : pourquoi produit-on? Que produit-on? Comment produit-on?

La montée en popularité des données ouvertes et des communs numériques

Défini par l’Open Knowledge Foundation en 2005, le mouvement des données ouvertes (« open data » en anglais) désigne des données auxquelles tout le monde a accès, et que n’importe qui peut utiliser ou partager. Celles-ci reposent sur la disponibilité et l’accès, la réutilisation et la redistribution, ainsi que la participation universelle (Open Knowledge Foundation, s. d.). Le mouvement souhaite aller à l’encontre des pratiques des grands acteurs du numérique, et essaie souvent d’en reproduire les services pour fournir une version plus transparente et accessible. Cette philosophie se retrouve au cœur de la conception de communs numériques, qui désignent des ressources produites ou entretenues collectivement et gouvernées pour assurer leur caractère collectif et partagé (Open Knowledge Foundation, s. d.). À l’inverse des communs traditionnels, l’usage des communs numériques par les uns ne limite pas l’accès aux autres, rendant ainsi la ressource non rivale et non exclusive. C’est cette particularité qui rend les communs numériques attractifs à grande échelle, car ils gagnent à être partagés pour augmenter la valeur de la ressource et étendre la communauté qui la préservera (Open Knowledge Foundation, s. d.). On retrouve des communs numériques basés sur les données ouvertes dans une diversité de secteurs : le système d’exploitation Linux, le navigateur Internet Firefox ou encore l’encyclopédie en ligne Wikipédia mais aussi OpenFoodFact qui constitue une base de données libre sur les produits alimentaires commercialisés dans le monde.

La concrétisation de villes connectées

Le concept des villes connectées connaît un succès médiatique depuis une dizaine d’années, mais les réalisations qui en découlent n’ont pas, pour le moment, révolutionné l’aménagement du territoire (Soupizet, 2020). En utilisant les labels « villes intelligentes » puis, plus récemment « villes cognitives » la métaphore de la ville connectée, comme un organisme animé qu’il convient de doter d’une intelligence, est devenue une expression couramment employée pour évoquer la mobilisation du numérique au service de la ville (Soupizet, 2020). On y retrouve ainsi des projets de villes nouvelles (telles que « Masdar » à Abou Dabi et « Songdo » en Corée du Sud), de redynamisation des villes par le numérique (« Quayside », le projet de quartier Internet de Toronto) et des programmes plus modestes d’intégration d’outils numériques dans les services publics (« Montréal, Ville Intelligente et Numérique »).

L’émergence d’un nouveau protocole internet

En mars 2020, Madhumita Murgia et Anna Gross présentaient un dossier d’enquête réalisée pour le compte du Financial Times, dans lequel ils décrivent la volonté du gouvernement chinois de mettre en place un nouveau protocole internet pour remplacer l’architecture technologique qui charpente le Web depuis plusieurs décennies (Murgia et Gross, 2020, 27 mars). Cette volonté s’est manifestée lors d’une rencontre organisée au siège de l’Union internationale des télécommunications (UIT) en septembre 2019, au cours de laquelle des ingénieurs du géant numérique chinois Huawei ont présenté leur projet baptisé « New IP » (« nouveau protocole Internet »). Ce protocole viserait à modifier la gestion d’Internet afin de redonner un pouvoir de contrôle aux états qui l’adopteraient (Murgia et Gross, 2020, 27 mars). D’après les journalistes, ce protocole servirait à remplacer l’Internet d’aujourd’hui, jugé instable et très insuffisant par les représentants de la compagnie chinoise.

La privatisation de nombreux services

La capacité croissante des grands groupes de l’industrie numérique à capter les données et à développer des modèles performants laisse à penser que de nombreux services publics ne pourront plus à l’avenir rivaliser avec les services proposés par des entreprises privées. C’est le cas déjà de plusieurs outils numériques, tels que la gestion de courriers électroniques, souvent reléguée aux groupes Microsoft et Google, mais à l’avenir la tendance pourrait s’élargir à la recherche, à la santé, ou encore le transport.

3.1 On constate …

Une dépendance énergétique du système aux énergies fossiles

Le système de production et de consommation global actuel est encore fortement dépendant aux énergies fossiles pour assurer son fonctionnement. En effet, en 2018, plus de 80 % de la consommation énergétique mondiale était d’origine fossile (le pétrole représente 32 %, le charbon 27 % et le gaz naturel 22 %) (The Shift Project, 2018). Jusqu’à présent, les nouvelles énergies renouvelables (photovoltaïque et éolienne) ne sont pas parvenues à remplacer les sources d’énergies fossiles et se sont, au contraire, ajoutées aux autres sources d’énergie dans la consommation mondiale (York et Bell, 2019). Au Québec, près de 50 % du mix énergétique est issu de sources fossiles (35 % pour le pétrole, 14 % pour le gaz naturel et 0,8 % pour le charbon) malgré une forte capacité hydroélectrique (Whitmore et Pineau, 2020). Pour le moment, la transition numérique se déploie donc en grande partie grâce à des sources d’énergies non soutenables, qui aggravent les changements climatiques et présentent des risques de pénuries ponctuelles ou prolongées.

Une forte demande en métaux

Le déploiement de la transition numérique dépend entièrement de l’accès à des quantités importantes de matières et de métaux tels que le cuivre, le lithium, le manganèse, le nickel, le cobalt ou encore les terres rares pour construire les infrastructures de télécommunication, les centres de données et les équipements numériques. Il faudrait environ une quarantaine de métaux différents pour fabriquer un téléphone intelligent, chacun dans des quantités allant de quelques milligrammes à quelques dizaines de grammes (Ferreboeuf, 2018). Ces métaux sont nécessaires pour leurs propriétés optiques, catalytiques, chimiques, et semi-conductrices qui les rendent très difficiles à substituer (Eyl-Mazzega et Mathieu, 2020). Or les quantités de métaux disponibles dans la croute terrestre ne sont pas infinies. En mai 2020, l’Agence Internationale de l’Énergie publiait une étude visant à alerter des risques majeurs d’approvisionnement de matières premières stratégiques à venir (AIE, 2020).

Une gestion de fin de vie difficile

La gestion de fin de vie des périphériques numériques est pour le moment un problème auquel peu de solutions ont été apportées. En 2018, sur les 50 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques générés dans le monde, seuls 20 % étaient identifiés comme ayant été pris en charge par une filière de recyclage autorisée (Ferreboeuf, 2018). Et même une fois pris en charge, la petite taille des composantes utilisées et les mélanges d’alliages réalisés rendent le recyclage extrêmement ardu : pour l’indium, le gallium, le tantale et le germanium, le taux de recyclage est inférieur à 1 % (Ferreboeuf, 2018). Les déchets électroniques qui ne sont pas recyclés sont enfouis, entreposés dans des décharges en plein air ou incinérés, et provoquent des problèmes sanitaires et environnementaux en contaminant les sols, les cours d’eau et les nappes phréatiques (Bihouix, 2014). Le faible taux de récupération renforce la problématique des métaux, car la fabrication des appareils et infrastructures numériques dépend de l’extraction constante de nouvelles ressources.

3.2 On observe et on prévoit …

Un tarissement des réserves d’hydrocarbures

Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, le pic de pétrole conventionnel aurait été atteint en 2008 et la production aurait depuis décru de 2,5 millions de barils par jour, représentant une chute annuelle de l’ordre de 2,5 % (AIE, 2018). Or, la production de pétrole mondiale a continué à augmenter sur la même période, soutenue par la production de pétrole dit « non conventionnel », tel que les sables bitumineux d’Alberta ou le pétrole de schiste américain. Cependant, le pétrole non conventionnel est par définition plus difficile à extraire et n’offre qu’un décalage temporel du déclin de la production. Tous types de pétroles confondus, il semblerait que le maximum historique de production ait été atteint en fin d’année 2018 et décroitrait depuis (Jancovici, 2018). En parallèle, les puits déjà en production seraient en baisse de 6 % par an, et doivent ainsi être remplacés par de nouveaux puits pour compenser ce déclin. Étant donnés la dépendance du système économique à l’approvisionnement en hydrocarbures, les signes énergétiques pointent à des contractions économiques importantes au cours des prochaines de la prochaine décennie (Jancovici, 2018).

Une consommation énergétique à la hausse

L’empreinte énergétique du numérique suit une trajectoire insoutenable : elle est actuellement en progression de 9 % par an, notamment à cause de l’explosion des usages vidéo et de la multiplication des périphériques numériques fréquemment renouvelés (The Shift Project, 2018). De manière additionnelle, l’intensité énergétique de l’industrie numérique augmente de l’ordre de 4 % par an, ce qui va à contre-courant de l’intensité énergétique du PIB mondial qui elle baisse de 1,8 % par an (The Shift Project, 2018). Si les tendances ne sont pas infléchies, la consommation énergétique du secteur risque d’exploser à l’avenir. Il est estimé qu’entre 2010 et 2025, le nombre d’équipements numériques aura quintuplé et que son empreinte environnementale aura été multipliée par deux à trois fois (Bordage, 2019). En dehors de l’augmentation du nombre d’utilisateurs, l’augmentation de la facture énergétique du numérique sera principalement liée :

  • aux objets connectés, dont le nombre sera multiplié par 48 entre 2010 et 2025;
  • au doublement de la taille des écrans entre 2010 et 2025;
  • au tassement des gains en matière d’efficience énergétique;
  • et à l’équipement des pays émergents, dont l’électricité est souvent de source carbonée. (Bordage, 2019)

Des gains énergétiques insuffisants

L’efficience énergétique des périphériques numériques a fait d’énormes progrès depuis la mise sur le marché des premiers produits : en suivant la loi de Koomey, on observe que la quantité d’énergie dont une machine a besoin pour effectuer un nombre donné de calculs a diminué d’un facteur deux chaque année et demie. En d’autres termes, le nombre de traitements (capacité) par joule (quantité d’énergie) a doublé presque systématiquement tous les 18 mois. Or, les gains d’efficience énergétique (notamment sur la phase d’utilisation) ont connu un ralentissement au cours des dernières années et ne compensent plus la hausse continue du bilan énergétique du secteur (Bordage, 2019). Par exemple, l’efficacité énergétique des centres de données progresse en moyenne de 15 % à 20 % par an mais le volume de données à traiter augmente de 35 % par an (Ferreboeuf, 2018). En outre, il semblerait que les technologies actuelles approchent de leurs limites et que les perspectives de technologies futures (comme les processeurs quantiques par exemple) d’être industrialisées à courte échéance soient faibles (Ferreboeuf, 2018).

Des tensions géopolitiques autour des ressources clés

Les projections de la demande en matières stratégiques, notamment les métaux, laissent à penser que la géopolitique sera un facteur structurant dans les prochaines décennies. En effet, la demande pour le lithium devrait tripler d’ici à 2025, celle du cuivre devrait augmenter de 20 % et celle du cobalt pourrait augmenter de 60 à 100 % sur la même période. À l’échelle planétaire, on observe de nouvelles stratégies d’acquisition de la part de puissances économiques qui jouent leurs cartes afin d’accaparer les marchés en expansion pour les technologies basses carbone ayant vocation à devenir les piliers des systèmes énergétiques de demain. Or, la disponibilité de ces métaux est concentrée dans un nombre limité de pays qui attirent l’attention des grandes puissances économiques : Argentine, Bolivie, Russie, Afrique du Sud, Kazakhstan, Brésil, République démocratique du Congo. Au cours des dernières années, l’investissement minier s’est plus particulièrement concentré sur l’Amérique latine et l’Afrique. Cette situation a favorisé la concentration des activités aux mains d’entreprises chinoises qui dominent souvent l’extraction et le raffinage des métaux critiques et terres rares. Ainsi, cinq entreprises se partageraient 90 % de la production mondiale de lithium, dont trois sont chinoises ou à capitaux chinois. La disponibilité des ressources de la transition risque de devenir un enjeu géopolitique majeur, et de générer des tensions dans un contexte de rivalités économiques et technologiques. (Eyl-Mazzega et Mathieu, 2020)

3.3 On pourrait même imaginer

La généralisation de la sobriété numérique

À contre-courant de l’augmentation perpétuelle des usages, certains militent pour une forme de sobriété numérique afin de réduire autant que possible la facture environnementale du secteur. Au niveau individuel, la sobriété numérique consisterait à allonger la durée de vie de ses périphériques au lieu de les remplacer, et de repenser ses usages en fonction de leur impact environnemental. Selon les experts du Shift Project, « la sobriété numérique consiste à passer d’un numérique instinctif à un numérique réfléchi » (The Shift Project, 2020). L’organisme propose également des cadres opérationnels pour mettre en place la sobriété numérique au sein des stratégies de politiques publiques, dans l’entreprise et dans les systèmes d’usages du domaine privé. Dénonçant le solutionnisme technologique très présent dans l’industrie, les experts soutiennent notamment que l’introduction d’une technologie numérique, même dans le but de produire des gains environnementaux, devrait faire l’objet d’une réflexion a priori. Appliquée aux outils numériques eux-mêmes, la sobriété pourrait se retrouver dans la conception (poids et design de sites Internet, objets utilisant des matériaux disponibles localement) et l’énergie nécessaire pour les faire fonctionner. On pourrait par exemple imaginer des systèmes d’IA avec une faible puissance de calcul et qui se basent sur un nombre limité d’exemples pour s’entraîner. Avec un certain nombre de mesures, le think tank propose un scénario sobre qui « démontre qu’il est possible d’infléchir une première fois la dynamique du numérique sans pour autant remettre en cause le principe même de la transition numérique » (The Shift Project, 2020).

Le déploiement de l’économie circulaire

Afin de proposer une alternative au schéma linéaire de production et de consommation qui prévaut depuis la révolution industrielle basé sur l’extraction de matières premières naturelles et les déchets en fin de vie de produits, certains économistes appellent à la transition vers une économie circulaire. L’économie circulaire vise à découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles, notamment par la création de produits, services, modèles d’affaires et politiques publiques innovants et pensés sur une perspective de temps long (Institut économie circulaire, s. d.). Le modèle repose sur la création de cycles d’utilisation et de réutilisation de la matière ou du produit avant la destruction finale et met l’accent sur le changement des modes de conception de produits (Institut National de l’Économie Circulaire, s. d.). Appliquées au numérique, les stratégies de circularité dépendent notamment de la conception des périphériques : il s’agit alors de créer des équipements qui sont facilement démontables et réparables par les utilisateurs en utilisant des pièces identifiables et détachables pour étendre la durée de vie des équipements et favoriser la prise en charge et la réutilisation des pièces et des matériaux qu’ils contiennent. L’entreprise néerlandaise Fairphone qui conçoit des téléphones intelligents suivant des principes de circularité a vendu un peu plus de 100 000 unités en Europe depuis leur commercialisation en 2013 (Anderson, 2019, 27 août).

La mise en place de politiques de décroissance

Face aux externalités environnementales et sociales de la poursuite de la croissance économique, certains appellent à mettre en place une décroissance anticipée afin de réduire la dépendance du système socioéconomique aux énergies fossiles et à l’idéologie du progrès. Le concept de décroissance relève d’une démarche volontaire dans laquelle la richesse économique produite n’augmenterait pas, voire diminuerait. Sous le slogan « moins de bien, plus de liens » les partisans de la décroissance appellent notamment à prendre conscience des limites planétaires dont la finitude des ressources et défendent que seule une réduction de la production et de la consommation globales pourrait rendre les trajectoires futures souhaitables et soutenables. (Abraham, 2020)

4.1 On constate …

L’intégration du numérique dans les systèmes d’information

La numérisation des systèmes d’information, notamment des dossiers de patients a permis l’essor d’une grande coordination des soins au sein des établissements de santé, entre les différents départements, ou au sein des territoires de soins comptant plusieurs établissements. Au Québec, la création de l’outil numérique Dossier santé Québec (DSQ) permet, à la fois aux citoyens et aux professionnels, de consulter de l’information relative à leur santé, peu importe où ils se trouvent (Gouvernement du Québec, 2020). Cet outil permet de réduire le temps de recherche d’informations essentielles, d’optimiser la collaboration entre différents spécialistes, et de fournir un ajustement optimal de la médication grâce à la consultation de l’historique de médicaments et de résultats (Gouvernement du Québec, 2020).

De nouvelles inquiétudes liées au numérique

Si les applications du numérique dans le secteur de la santé sont multiples et semblent en grande partie révolutionnaires, la numérisation de la santé provoque également des préoccupations. Tout d’abord, la question sensible de la confidentialité des données est un point d’inquiétude central : en effet, l’exploitation des données est nécessaire pour améliorer les systèmes d’intelligence artificielle mais celles-ci, dont une grande partie bénéficie du secret médical, doivent être en permanence sécurisées et rendues anonymes. Dans leur stratégie de lutte contre la propagation de la pandémie COVID-19, plusieurs gouvernements ont ainsi demandé à la population d’installer une application permettant de tracer les déplacements et les interactions pour cibler et avertir les personnes potentiellement infectées et ont généré des débats d’opinion autour de la légitimité d’une telle concentration de l’information, et de l’usage final des données récoltées (Cho, Ippolito et Yu, 2020). Ensuite, l’intégration des technologies de la santé et la nécessité grandissante que les médecins et soignants les maîtrisent requièrent des changements majeurs dans les parcours de formation qui doivent désormais inclure l’apprentissage technique des outils à leur disposition. Enfin, certains craignent que le rôle de pilote technique du médecin prenne le dessus sur les relations avec les patients et que l’approche au soin se déshumanise au fil du temps.

4.2 On observe et on prévoit …

Le déploiement de mécanismes d’aide au diagnostic

À ce jour, l’une des applications du numérique les plus prometteuses dans la santé est celle de l’aide au diagnostic de différentes maladies par l’intelligence artificielle. En s’entraînant sur des milliers d’images, les systèmes de traitement sont capables de détecter des formes géométriques récurrentes qui sont parfois invisibles à l’œil nu, et permettent d’améliorer considérablement le diagnostic réalisé par le spécialiste. Pour démontrer le potentiel des systèmes d’intelligence artificielle dans l’aide au diagnostic, Seoane et Capdevila ont montré par exemple que leur algorithme de détection de mélanomes (cancer de la peau) avait un taux de réussite dans 95 % des cas, faisant ainsi nettement mieux que les 58 médecins dermatologues qui prenaient part à l’étude et qui ont posé le bon diagnostic dans 87 % des cas (Seoane et Capdevila, 2018).

L’utilisation des données pour anticiper des problèmes médicaux

À l’aide de l’apprentissage machine, les systèmes d’IA ont le potentiel de prévenir l’apparition de certaines maladies ou de situations potentiellement mortelles grâce à l’identification de facteurs significatifs à travers l’étude de mégadonnées médicales. La société américaine Verily Life Sciences, filiale d’Alphabet qui possède Google, souhaite par exemple utiliser l’IA pour anticiper les crises cardiaques à partir d’une imagerie oculaire, de l’âge et de la pression artérielle d’un individu. En ayant entrainé l’outil sur les données de 300 000 patients, celui-ci a été capable de détecter les cas à risque dans 70 % des cas alors que les méthodes actuellement utilisées ont un taux d’efficacité de 72 % (Poplin et al., 2018). La technologie est pour le moment expérimentale mais ses résultats sont prometteurs.

L’utilisation du numérique pour aider des patients à obtenir plus d’autonomie

L’accès à certains objets connectés peut permettre à des citoyens en situation de mobilité réduite d’avoir une plus grande autonomie. À Montréal, une équipe dirigée par Joëlle Pineau de l’Université McGill en collaboration avec l’Université de Montréal et Polytechnique travaille présentement sur le développement d’un fauteuil roulant intelligent qui permettrait d’assister des personnes en situation de mobilité. Ce projet baptisé SmartWheeler vise à concevoir une interface qui puisse identifier les commandes vocales de l’occupant du fauteuil pour les transformer en commandes mécaniques amenant le fauteuil à se déplacer dans la direction désirée (Guilbeault, 2019). Il s’agit donc d’intégrer des algorithmes d’instruction vocale et de détection de mouvements aux alentours du fauteuil pour permettre une connexion rapide entre la chaise et son environnement, afin d’assurer une navigation autonome fluide dans les foules ou les situations sociales. On retrouve également des applications numériques pour la mobilité dans la prise en charge des ainés de certains pays. Au Japon, par exemple, où 28 % de la population était âgée de 65 ans et plus en 2017, on déplore des problèmes de pénurie de main-d’œuvre de l’ordre de plusieurs centaines de milliers de postes (Wiederhold, 2017). C’est dans ce contexte qu’est né Robear, un compagnon numérique développé par le centre de recherche Riken, qui permet d’apporter plus d’autonomie aux personnes âgées qui vivent dans leur domicile, et ainsi réduire les besoins en personnel nécessaire dans le secteur de la santé (Wiederhold, 2017). Le compagnon numérique est par exemple capable de déplacer un usager d’un lit vers un fauteuil et de seconder un préposé aux soins dans des tâches plus physiques. L’utilisation de capteurs de rétroaction sur les robots permet au système d’évaluer la situation en permanence et d’ajuster son aide en fonction des habitudes de l’utilisateur. Des assistants robotiques seraient déjà à l’œuvre dans 8 % des centres pour personnes âgées au Japon (Hurst, 2018, 18 février).

4.3 On pourrait également imaginer …

Une requalification du rôle du spécialiste

L’utilisation de l’IA dans la médecine permet d’effectuer des diagnostics précis et de gagner beaucoup de temps sur l’observation des images, mais n’est pas en mesure d’expliquer les causes d’un symptôme détecté, autre que pour des raisons statistiques. En effet, la programmation algorithmique ne permet que de détecter des corrélations et n’est pas en mesure de prendre en compte des considérations qualitatives. Pour cette raison, le Conseil national de l’ordre des médecins français (Cnom), recommande à ce que le développement des dispositifs techniques soit orienté vers l’aide à la décision médicale et non vers le remplacement de la décision médicale sur une base d’optimisation algorithmique. Il est important, selon le Conseil, de recentrer le rôle du spécialiste autour de la prise en charge du patient dans sa totalité et non plus autour de ses facultés techniques, qui peuvent désormais être assistées par des systèmes de traitement. Comme l’explique le Cnom, « la formation aux humanités, à la déontologie et à l’éthique, aux relations humaines doit être renforcée dans un monde qui se technicise de plus en plus car […] plus l’enseignement devient scientifique, plus le degré d’empathie doit être renforcé ». Selon le Conseil, « le médecin doit se souvenir qu’il soigne une personne qui est malade et pas seulement une maladie ». (Portnoff, 2018)

5.1 On constate …

Une remise en question de la distinction entre vie privée et vie professionnelle

La dématérialisation des moyens de communication, notamment professionnels, met au défi la démarcation traditionnelle de la vie professionnelle, longtemps attribuée au lieu physique. Avec le développement de pratiques de télétravail, la distinction entre la vie privée et la vie professionnelle s’opacifie et l’utilisation généralisée d’équipements numériques établit une nouvelle norme de connexion. En l’espace de quelques années, le fait de ne pas être réactif est devenu un comportement anormal, devant être justifié. Comme l’explique le sociologue Francis Jauréguiberry, « La normalité est de décrocher immédiatement son téléphone, surtout s’il est portable, la normalité est de répondre dans la demi-journée, voire dans certains cas dans l’heure aux e-mails reçus, et il y a de fortes chances pour que la géolocalisation de chacun devienne très vite, elle aussi, tout aussi normale » (Jauréguiberry, 2014).

Des outils numériques en substitution ou en complémentarité aux humains

L’intégration d’outils numériques dans l’univers du travail peut avoir des effets de substitution ou de complémentarité dépendamment du secteur de la situation. En effet, certains outils, notamment ceux qui se basent sur l’apprentissage machine, permettent de réaliser des tâches autrefois impossibles à effectuer pour des raisons d’expertise ou de coûts. En témoignent notamment l’analyse des électrocardiogrammes dans le secteur de la santé ou la détection d’anomalies dans les mégadonnées des systèmes bancaires. Cependant, dans d’autres cas, les outils numériques réalisent des tâches qui étaient jusqu’alors effectuées par l’humain. Les travaux autour du véhicule autonome risquent par exemple de bouleverser l’activité de la conduite professionnelle à l’avenir. Enfin, il arrive que l’intégration du numérique conduise à une forme hybride, où l’outil sert à assister à la prise de décision. La tâche réalisée par l’humain n’est pas modifiée mais l’intégration d’un dispositif numérique lui permet d’avoir accès à plus d’information pour la réaliser. (Benhamou et Janin, 2018)

5.2 On observe et on prévoit …

Une hausse du travail à la demande

L’essor du travail à la demande permis par la multiplication des plateformes numériques brouille également la frontière entre le statut de salarié et celui d’indépendant. En effet, on observe avec la transition numérique l’apparition de formes de travail inédites, qui ne rentrent pas dans les catégories établies et pour lesquelles on peine pour le moment à instaurer un encadrement juridique adapté (Valenduc, 2017). C’est le cas par exemple des plateformes de livraison en ligne, telles que Deliveroo, Uber, ou Foodara qui font appel à des travailleurs indépendants rémunérés à la tâche et dont les fonctions ressemblent à celles d’un employé (Valenduc, 2017). C’est le cas également du microtravail, fourni notamment par Amazon Mechanical Truck ou Click Worker qui rémunèrent les employés au clic sur des séries longues de tâches répétitives pour entraîner les systèmes d’intelligence artificielle (Valenduc, 2017).

Une transformation des qualifications attendues 

Enfin, les technologies numériques ont le potentiel de changer la qualification des travailleurs qu’ils assistent. Dans certains cas, comme dans le service à la clientèle ou la relation client, si les demandes simples et connues peuvent être traitées par des systèmes d’IA, les cas complexes sont par la suite transférés aux conseillers humains qui peuvent utiliser leur expertise pour les traiter. Ce type de situation peut ainsi résulter en l’augmentation de la qualification des travailleurs concernés et à l’intensification du travail, qui évolue vers une concentration de problématiques plus difficiles à traiter. Dans d’autres cas, tels que le domaine de la santé, les systèmes d’IA peuvent remplacer les spécialistes dans des procédures compliquées et ainsi induire une déqualification relative des travailleurs humains. (Benhamou et Janin, 2018)

6.1 On constate …

Une forte intégration du numérique dans les salles de classe

L’intégration d’ordinateurs et de tablettes tactiles dans les écoles primaires et secondaires a suscité un engouement assez important au début des années 2010, où de plus en plus de pays ont commencé à les voir apparaître dans les salles de classe. Au Québec, la présence en classe de tablettes tactiles a été étudiée par Karsenti et Fievez (2013) auprès de plus de 6000 élèves et de 300 enseignants. Leur recherche montre que l’usage de tablettes à l’école était lié à une plus grande motivation chez l’élève et un meilleur accès à l’information (Karsenti et Fievez, 2013). Villemonteix et al. (2015) ont montré par la suite que l’usage de la tablette en classe participait à rendre les élèves plus autonomes dans leur pratique d’écriture numérique et permettait de développer la collaboration spontanée (Villemonteix et al., 2015). Pour les élèves ayant des difficultés d’apprentissage, les outils numériques semblent également pouvoir avoir un apport éducatif. En 2015, Heitz montrait que sur 95 élèves en situation de handicap, les outils numériques pouvaient apporter de nombreux avantages « dans une modification de leur rapport aux apprentissages, dans l’appropriation de compétences langagières orales et écrites, dans la modification des interactions au sein des groupes ainsi que dans l’évolution de la place de ces élèves au sein de l’école » (Heitz, 2015). À cela s’ajoute une étude plus récente de Karsenti et Bugmann qui montre que l’utilisation d’outils numériques dans la salle de classe peut jouer un rôle positif dans le développement de l’estime de soi des élèves, dans leur insertion professionnelle future et dans la qualité des résultats scolaires (Karsenti et Bugmann, 2018). Si l’intégration de technologies numériques semble être bien accueillie par les étudiants représentés dans les études, elle se heurte aussi à des défis tels qu’une diminution du temps passé sur chaque activité et un contre-emploi de l’application utilisée (Garnier, 2017). Sur ce dernier point, Blocquaux (2017) estime que les frontières de l’enfance et de l’adolescence sont « fragilisées par ce type d’expérience – celle du virtuel – qui prend une part très significative de leur temps » pouvant développer des comportements de cyberaddiction en l’absence un cadre éducationnel du contenu virtuel (Blocquaux, 2017).

Certaines difficultés de la part des enseignants

Le corps enseignant doit également s’adapter à de nouvelles pratiques en lien avec l’intégration d’outils numériques dans le système éducatif. Au Québec, d’après une étude réalisée par la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation auprès de 439 acteurs scolaires, l’ « intégration des technologies en éducation revêt de nombreux avantages, mais […] cela n’enlève aucunement les défis rencontrés par les acteurs scolaires » (Karsenti, 2018). Parmi les enseignants interrogés, la plupart estiment que l’intégration d’outils numérique augmente leur charge de travail, mais aboutit à une plus grande motivation pour les élèves, en lien avec des outils plus stimulants et concrets. Selon eux, l’utilisation d’outils numériques dans le processus d’enseignement-apprentissage rend les élèves plus concentrés, plus attentifs, et plus enclins à réussir des projets connectés à la réalité de la vie quotidienne (Karsenti, 2018). Les défis principaux que la communauté enseignante reportait vis-à-vis de l’intégration du numérique sont principalement le manque de temps additionnel qui leur est attribué pour faire face aux nouveaux défis, les problèmes techniques rencontrés dans leur pratique et le manque de formation aux nouveaux outils numériques (Karsenti, 2018).

6.2 On observe et on prévoit …

Des modifications de l’enseignement supérieur en lien avec le numérique

Au sein de l’enseignement supérieur, la transition numérique modifie les contenus, les outils et les méthodes pédagogiques. Tout d’abord, l’intégration du numérique permet une personnalisation du parcours éducatif de l’étudiant : de nouveaux dispositifs sont capables de prendre en compte son vécu, ses connaissances acquises, ses motivations à se former, son niveau initial et où il veut arriver. Ensuite, on observe progressivement un changement dans les compétences enseignées : les compétences transversales telles que la pensée critique prennent de plus en plus de place dans les curriculums qui partent du principe que l’étudiant devra certainement se former toute sa vie et ainsi dépasser sa formation initiale. Par ailleurs, avec une multiplication des contenus éducatifs et des formations disponibles en ligne, les étudiants ont désormais accès à une plus grande diversité d’outils pour étendre leur expérience universitaire. On parle parfois de campus numérique, où l’apprentissage se poursuit en-dehors des salles de cours. Enfin, les supports utilisés pour l’apprentissage évoluent pour devenir de plus en plus informatisés et permettent la mise en place de nouvelles méthodes d’enseignement, telles que la pédagogie inversée qui mobilise une préparation initiale de l’étudiant et optimise le temps passé en classe pour réaliser des exercices d’application et de découverte, ou l’intégration de systèmes de rétroaction au sein des cours magistraux. (Barzman et al., 2019)

Une plus grande intégration du numérique dans le système éducatif québécois

Le gouvernement québécois ne cache pas ses ambitions pour l’évolution du système éducatif de la province et le rôle de la transition numérique dans celle-ci. Il affirme notamment que « c’est par l’éducation en tout premier lieu que le Québec pourra se développer en tant que société numérique inclusive, équitable et innovante ainsi que devenir un leader mondial dans le domaine du numérique » (MEES, 2018). Par le biais de son Plan d’action numérique qui mobilise plus d’un milliard de dollars sur cinq ans, le ministère de l’Éducation vise à soutenir le développement des compétences numériques des jeunes et des adultes, exploiter le numérique comme vecteur de valeur ajoutée dans les pratiques d’enseignement et d’apprentissage et créer un environnement propice au déploiement du numérique dans l’ensemble du système éducatif (MEES, 2018). Les mesures pour parvenir à ces trois orientations incluent un soutien au personnel enseignant pour développer les compétences numériques requises et intégrer une culture numérique dans l’établissement, le déploiement de l’offre de formation à distance et la mise en place d’un dossier numérique unifié qui suit l’élève tout au long de son parcours éducatif (MEES, 2018).

* Les ingrédients de la prospective recensés ici sont issus du chapitre 3 de l’essai de maîtrise “Comment concilier transition numérique et transition écologique?” rédigé par Martin Deron dans le cadre de sa production de fin d’études au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke (en attente de validation).

* Les ingrédients de la prospective recensés ici sont issus du chapitre 3 de l’essai de maîtrise “Comment concilier transition numérique et transition écologique?” rédigé par Martin Deron dans le cadre de sa production de fin d’études au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke.

Les questions d’autonomie et de légitimité

  • Quelle sera la place de l’humain dans la société si les technologies numériques sont les seules capables de traiter l’abondance d’informations et de prendre des décisions en conséquence?
  • Comment garder le contrôle sur les technologies numériques?
  • Garderons-nous la possibilité de nous déconnecter des réseaux?

Les questions de vie privée

  • La commercialisation des données personnelles devrait-elle être mieux encadrée?
  • Devrait-on établir des espaces dans lesquels les personnes ne sont soumises à aucune collecte de données?
  • Quel contrôle auront les utilisateurs sur leurs propres données?

Les questions liées au bien être

  • Comment s’assurer que les applications technologiques ne contribuent pas au stress, à l’anxiété et au sentiment de harcèlement liés à l’environnement numérique?
  • Comment encadrer les mécanismes d’addiction favorisés par le numérique pour éviter les répercussions sur la santé mentale?
  • Comment s’assurer que les applications développées pour un objectif précis ne soient pas utilisées à des fins néfastes?

Les questions sur la fiabilité de l’information

  • Comment s’assurer que les systèmes automatisés ne propagent pas d’informations peu fiables, mensongères, ou relevant de la propagande?
  • De quelle manière pourra-t-on différencier des contenus originaux des contenus altérés par des systèmes d’IA lorsque ceux-ci seront plus performants?

Les questions de transparence

  • Comment s’assurer que le fonctionnement des systèmes automatisés qui prennent des décisions soit intelligible pour leurs concepteurs et les personnes qu’ils conseillent?
  • Comment éliminer les partis-pris des systèmes d’IA?

Les questions de gouvernance

  • Quels sont le rôle de l’état et des acteurs privés dans l’accès aux données?
  • Quelle souveraineté du numérique devrait-on développer?

Les questions qui relèvent de la régulation d’Internet

  • Devrait-on accorder des capacités de calculs différentes en fonction de l’utilisation, et ainsi abolir le principe de neutralité du net?
  • L’État devrait-il réguler l’usage numérique compte tenu de ses impacts environnementaux?

Les questions d’efficacité énergétique

  • Les mécanismes de type nudge de l’économie comportementale devraient-ils être mis en place pour favoriser des comportements qui tendent à réduire l’empreinte énergétique?
  • Comment s’assurer que les gains en efficacité énergétique ne mèneront pas à une augmentation de l’usage et ainsi une hausse de la consommation énergétique finale (effet rebond)?

Les questions sur les déchets électroniques

  • Comment concevoir les composés électroniques nécessaires aux périphériques numériques de manière à faciliter leur réutilisation et recyclage?
  • Doit-on instaurer des mécanismes de prix plus contraignants pour favoriser la récupération de composantes électroniques?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans la santé :

  • Est-il acceptable de remplacer le personnel médical par des équivalents automatisés?
  • Les opérations médicales devraient-elles être automatisées?
  • Est-il acceptable de baser des décisions de vie ou de mort sur des algorithmes?
  • Est-il souhaitable de confier l’accompagnement des personnes âgées à des systèmes automatisés?
  • Comment encadrer le consentement des patients à partager leurs données?
  • À quel prix pourront être offerts les services de santé améliorés par le numérique? Ceux-ci augmenteront-ils les inégalités d’accès aux soins?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans l’éducation :

  • Le numérique va-t-il davantage se comporter comme un soutien pour accompagner l’apprentissage ou va-t-il mener à l’usage ouvert des ressources pédagogiques et ainsi supprimer les lieux d’enseignement?
  • Comment va évoluer le rôle de l’enseignant dans la création et le partage de ressources?
  • Quel rôle aura l’étudiant dans la détermination de son parcours académique si celui-ci se couple à des mécanismes de prédictions et de suggestions?
  • Comment responsabiliser les élèves dans leurs usages des technologies en éducation?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans le travail :

  • Comment assurer la protection des travailleurs à travers les nouveaux modèles économiques induits par la transition numérique?
  • Comment accompagner les travailleurs qui seront rendus obsolètes par les systèmes d’IA?
  • Comment encadrer la discrimination des travailleurs basée sur les données?
  • Comment s’assurer que les systèmes d’IA permettent d’améliorer les conditions de travail?
  • Comment conserver les liens de sociabilité entre les individus dont le travail se dématérialise?
  • Comment répartir la richesse créée par les machines?

Abrassart, Christophe, Professeur agrégé, Faculté de l’aménagement – École de design, Université de Montréal

Blériot, Jocelyn, Chef exécutif, Institutions, Gouvernements et Villes, Fondation Ellen MacArthur

Chichoine, Guillaume, Ingénieur en informatique industrielle, Conseiller scientifique, Institut de valorisation des données (IVADO)

Dandres, Thomas, Agent de recherche au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)

Gambs, Sébastien, Pofesseur, Département d’informatique, UQAM

Geldron, Alain, Expert national matières premières, direction Économie circulaire et déchets, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)

Longhi, Pascal, membre Low-tech lab Montréal

Pinsard, Max, co-fondateur de Low-tech lab et membre des Shifters Montréal

Olivier, Marc, Professeur-Chercheur, Centre universitaire de formation en environnement (CUFE), Université de Sherbrooke

Voirino, Nathalie, candidate au doctorat en bioéthique, Université de Montréal

Withmore, Johanne, chercheuse principale, Chaire de gestion du secteur de l’énergie,  HEC Montréal

Abraham, Y.-M. (2020). Guérir du mal de l’infini : produire moins, partage plus, décider ensemble. Montréal, Québec : Écosociété.

Accenture Security. (2019). The cost of cybercrime. Repéré à https://www.accenture.com/_acnmedia/PDF-96/Accenture-2019-Cost-of-Cybercrime-Study-Final.pdf#zoom=50

Agence France Presse. (2018, 3 mars). Publicité : la « position écrasante » de Google et Facebook scrutée par l’Autorité de la concurrence. Le Point. Repéré à https://www.lepoint.fr/high-tech-internet/publicite-en-ligne-la-position-ecrasante-de-google-et-facebook-examinee-06-03-2018-2200122_47.php

Agence international de l’énergie (AIE). (2018). World energy outlook 2018. Repéré à https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2018

Agence international de l’énergie (AIE). (2020). Clean energy progress after the Covid-19 crisis will need reliable supplies of critical minerals. Repéré à https://www.iea.org/articles/clean-energy-progress-after-the-covid-19-crisis-will-need-reliable-supplies-of-critical-minerals

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Définir une vision collective d’un futur à la fois possible et souhaitable

L’équipe de Chemins de transition remercie chaleureusement l’Institut de l’énergie Trottier pour sa contribution à l’organisation des ateliers de co-design prospectif.

Les scénarios contrastés présentés ici servent à se plonger dans le futur en concrétisant différents mondes possibles en 2040. Ces scénarios déclencheurs facilitent les échanges et permettent de faire ressortir des éléments souhaitables ou redoutables. Ils servent de point de départ pour imaginer ensemble de nouveaux futurs possibles.

Cette présentation explique comment ces scénarios ont été construits. 

31 MAI 2040. Myriam se fait réveiller par l’odeur du café fraîchement torréfié par Mike, son compagnon numérique Microsoft. En lui donnant sa tasse, Mike l’informe :

– Cet expresso a réduit ton budget carbone à 37,8g équivalant CO2 jusqu’à lundi. Mais la température extérieure est excellente, peut-être pourrais-tu aller au travail à vélo pour compenser cet impact environnemental ?

– Merci Mike, qu’est-ce que je ferais sans toi… Peux-tu me donner mon programme de la journée pendant que je mange en vitesse?

– Certainement chère amie. Je te propose de terminer ta formation de gestion de conflit en entreprise de 8h-10h55, et de poursuivre avec l’évaluation annuelle de Félix à 11h. Et comme tu aimes la lecture en après-midi, je te recommande la nouvelle étude Optimiser l’ambiance au travail par les algorithmes à compter de 13h.

Véritable GPS de vie, les activités proposées par Mike sont recalibrées en continu pour que Myriam ait les meilleures chances d’atteindre son objectif principal de devenir DRH de son entreprise d’ici la fin 2041, fier leader québécois du marché nord-américain de réemploi du matériel informatique.

Écologiste de la première heure, Myriam accueille très favorablement les changements drastiques imposés par le gouvernement depuis 2030. D’abord suspicieuse lorsque l’État a accordé aux GAFAM un accès privilégié aux ressources naturelles et à l’énergie, de plus en plus rares, elle doit avouer que ce partenariat public-privé a rempli ses promesses. Il a permis d’améliorer grandement l’éco-efficacité des petits et grands gestes du quotidien, tout en assurant une équité dans la répartition de l’effort. Elle et Maxime faisaient même partie des premiers québécois à intégrer des objets connectés à la maison pour suivre en temps réel leur empreinte environnementale. Cependant, depuis leur séparation tumultueuse, Myriam traverse une phase de remise en question. Lors d’une discussion avec sa collègue Chloé dans les toilettes de l’entreprise, exempts de reconnaissance faciale, Myriam fond en larme. Le contrôle systématique de chaque décision et l’accompagnement personnalisé de sa performance lui apparaissent maintenant intrusifs et insupportables.

– Est-ce que ça t’arrive de te demander si on est allés trop loin, toi? Penses-tu qu’un retour en arrière soit possible? J’ai plus vraiment l’impression d’être aux commandes de ma vie. 

– Oui ça m’arrive d’avoir des doutes, c’est sûr. Mais bon… il faut avouer qu’on n’aurait jamais été capables de faire autant d’efforts sans l’optimisation des décisions. Le système est bien fait, et il est parti pour rester. Mais si tu as besoin de penser à autre chose ce soir, viens avec moi; on m’a invitée à un buffet de viande et de fruits exotiques organisé par les Oil Angels de Lanaudière… 

À nouveau seule, elle se tourne vers Mike qui a décodé dans le non-verbal de Myriam son désir d’accepter cette invitation. En mode crypté, il lui affiche les risques associés à ce comportement illégal. En réponse à la moue de Myriam, Mike l’informe du meilleur transport collectif pour s’y rendre et lui recommande de le mémoriser, puis de le déconnecter d’ici à son retour afin d’éviter que ses données, remontées en continue aux GAFAM, ne puissent lui causer problème.

31 décembre 2039. L’heure est à la fête chez les Desjardins. Comme dans chaque réunion familiale, on profite de l’occasion pour célébrer sa fierté d’être Québécois :

– Les Américains n’ont rien compris, ils continuent de travailler comme des fous pour se payer leur bonheur préfabriqué et leur « digital way of life » qui ne mène à rien. Ils me font de la peine…

– Regarde-la qui s’apitoie sur leur sort ! C’est quand même sur notre dos qu’ils réussissent à continuer à consommer comme on faisait dans le temps… si c’était pas de notre Hydro-Québec et des gentils petits québécois qui ont su préserver leur eau et bien utiliser leurs ressources, il partirait vite en fumée leur fameux bonheur !

– Mon voisin a entendu dire que dans les autres blocs continentaux aussi ça se passait comme ça : eu Europe, en Asie, en Amérique du Sud… la loi du plus fort, c’est vieux comme le monde…

– Papa, tu ne dis rien ?

Benoit, patriarche de la famille, est habituellement le premier à vanter ce Québec « qui a le cœur à la bonne place », et qui a su « se serrer la ceinture là où il faut pour garder son système de santé et d’éducation populaire et à la fine pointe de la technologie » ! Aujourd’hui, il ne sait plus si sa chère province a les moyens de ses valeurs. D’abord déçu que le gouvernement suive la recommandation du Collège des médecins d’intégrer le Great US Disease Detection Center (US-DDC) il y a 3 ans, il a dû reconnaitre que ce système d’intelligence artificielle, beaucoup plus puissant et moins coûteux que le québécois, a déjà sauvé des milliers de vies.

Mais, depuis la fermeture de la dernière compagnie d’assurance locale le mois dernier, Benoit craint le pire. Tous les assureurs disponibles dans le bloc nord-américain ont refusé son dossier, prétextant qu’il présente des risques trop élevés, alors même que le bilan médical envoyé par son assureur précédent était excellent. Un ancien collègue vient de lui confirmer ses doutes : les prédictions médicales du US-DDC sont partagées à plusieurs multinationales liées à la santé, qui subventionnent fortement le système en retour.

Benoit est fortement ébranlé par la nouvelle. Il a été un des principaux architectes de la Grande transformation de 2028, qui a concentré toute la capacité numérique de la province dans certains secteurs et usages clés pour l’économie locale et le bien-être des québécois. En plus de permettre une réduction drastique de la consommation d’énergie et de métaux, critique pour l’atteinte des objectifs 2030 d’émission de gaz à effet de serre et d’économie circulaire de la province, cette stratégie nationale répondait aux préoccupations croissantes de la population par rapport à l’industrie numérique. Après les nombreux scandales de confidentialité des données et de « fake news » des années 2020, la population a accepté qu’elle devait restreindre la majorité de ses usages, au travail comme dans ses loisirs, afin de continuer à profiter de la présence technologique dans des secteurs où elle pourrait être convenablement encadrée.

Mais aujourd’hui, Benoit se remémore le discours de ses opposants de l’époque, qui affirmaient que cette stratégie de concentration des usages ne suffirait pas contre les géants du numérique d’à côté. Souhaitant garder pour lui ses réflexions de trouble-fête, il se ressert un verre de son fameux cidre, et porte un toast à cette nouvelle décennie à venir…

Cher.es municitoyen.es,

Je vous informe en toute vérité que je vais me présenter pour un deuxième mandat à la Mairie. Jamais une élection n’a été aussi importante au pays que celle qui s’en vient. Le mandat précédent a été entièrement dominé par l’adoption précipitée de la loi de décentralisation climatique : miné par la répétition des évènements catastrophiques et des pénuries de ressource et d’énergie, le gouvernement provincial a finalement cédé à nos appels à déléguer la gouvernance climatique à l’échelle locale, beaucoup plus efficace et rassurante pour nous tous. Cette délégation majeure de pouvoir s’est faite avec beaucoup trop d’improvisation, j’en conviens. Mais grâce à la combinaison de notre force collaborative, des ressources technodouces que nous avons su retracer en sûreté dans l’archéoweb, de la mine urbaine de matériaux et du foncier recyclable de notre communauté, nous pouvons envisager plus sereinement un avenir fait de sobriété heureuse. Bien sûr, votre participation volontaire à nos circuits locaux de production alimentaire, réemploi, réparation de biens et maintenance des équipements collectifs a pu apparaitre au début comme un retour à la corvée du temps ancien. Mais avouez combien maintenant vous ressentez de fierté à voir concrètement le fruit de vos efforts, plutôt que d’être rémunéré dans l’une de ces cryptomonnaies dont la valeur ne fait que fluctuer?

Mon deuxième mandat sera entièrement consacré à l’obtention du label international Écolowtech Development Cities, qui nous donnera accès aux fonds internationaux écoresponsables nous permettant de desserrer un peu l’étreinte des pénuries. C’est sûr, nous ne sommes ni Montréal ni Québec, qui ont eu beaucoup plus vite les ressources et l’expertise nécessaire pour réaliser le tournant vers des infrastructures numériques souveraines qui les ont mis à l’abri des principales attaques cybercriminelles. Mais n’est-ce pas un peu ringard à l’aune de nos nouvelles valeurs québécoises? De plus si ces métropoles ont pu garder la 5G, voyez combien cela suscite de troubles entre les conservateurs qui continuent à défendre cette chimère du tout numérique sobre, et les révolutionnaires qui veulent revenir à l’analogique intégral? Et que dire de tous ces pauvres citadins fuyant ces grandes villes qui ne respectent plus leur vie privée au nom du maintien d’une sécurité publique, toujours plus difficile à assurer dans ce contexte de tension sociale perpétuelle? Et que dire de la pandémie de souffrances mentales, addiction à la réalité virtuelle, stress du retour au réel et perte d’estime de soi dont les grandes villes ont été l’épicentre ces dernières années? Nous, nous n’avons que la 3G, mais au moins elle nous tient tricotés serrés et en santé! Continuons tous ensemble!

8 Janvier 2040, 8h50. Léa se met au travail : « Erreur 417 – Votre plateforme numérique a un NeighbourScore de 5 ou moins. Elle a été déconnectée en vertu du nouveau Plan de Sauvegarde de l’Énergie (PSE) ». La plateforme éducative de Léa, qui personnalise le programme selon le profil des élèves à partir d’un catalogue de cours international, n’en est pas à sa première chute de NeighbourScore, cet indice de popularité qui guide en continu les choix des individus et organisations. Comme tout programmeur, elle a appris à y faire face : les outils numériques qui peuplent les foyers et les organisations québécoises sont basés sur une intelligence artificielle « bon marché » si accessibles à tous… mais très peu résilients.

– Salut Max, c’est Léa. Tu pourrais me dépanner encore une fois pour remonter mon NeighbourScore?

– Encore un hacker qui s’en est pris à tes users ?

– Non, tu as vu le world fake news d’hier ? Il a été introduit dans le tronc commun d’apprentissage, donc cette information ridicule a été transmise à l’ensemble de mes élèves… comme ceux de 30 pays différents d’ailleurs. Ma cote de popularité est passée à 2.6 hier soir, donc le gouvernement m’a coupé sur-le-champ par son nouveau Plan de Sauvegarde de l’Énergie.

– Désolé, je ne peux pas t’aider cette fois : lorsque le gouvernement déconnecte un programme dans le cadre du PSE, maintenant c’est définitif ! On m’a dit qu’il a récemment renforcé ce plan pour faire bonne figure à l’échelle internationale. Il espère ainsi calmer le jeu auprès des pays mécontents de l’ascension canadienne dans la course aux énergies fossiles en Arctique. Je comprends que tu sois déçue, mais sans cette nouvelle source énergie, c’est toute notre industrie numérique qui est en jeu. T’imagine ? C’est pas seulement le principal moteur économique du Québec, c’est aussi la base de tous les services à la communauté !

Léa est sous le choc : cinq années de travail acharné sur sa plateforme réduites à néant ! Elle se connecte à la communauté Programmeurs.engagés, berceau de l’innovation québécoise, dans l’espoir de trouver du réconfort auprès de ses pairs. Mais elle se laisse vite prendre au jeu d’explorer leurs idées foisonnantes pour un numérique au service de tous : frigos collectifs connectés, plateforme de redistribution des objets usagés, partage des espaces et infrastructures sous-utilisées, gestion optimale des stocks d’ONR (Organismes Naturels Restants)…

Trois heures plus tard, Léa a retrouvé toute sa fougue : elle vient de s’associer à une nouvelle coop qui offrira un programme de formation aux chômeurs orienté selon les besoins du marché, évalués en continu par le gouvernement. Léa est fière de supporter cette cause : le chômage est un véritable fléau pour sa famille, amis et voisins. Il faut dire que les emplois se font rares dans cette province qui a automatisée 60% des métiers en deux décennies et doit accueillir toujours plus de réfugiés climatiques pour compenser l’augmentation continue de ses gaz à effet de serre. Et avec toutes ces catastrophes naturelles et pandémies qui se succèdent, le gouvernement peine à leur assurer un filet social. Heureusement, la solidarité est plus forte que jamais, et les plateformes collaboratives sont là pour tisser le Québec serré !

Ces scénarios ont été soumis à 110 participant·e·s pour évaluation et bonification lors d’ateliers de co-design prospectif. Ce travail de co-scénarisation des futurs possibles a permis de faire ressortir les perspectives d’avenir les plus souhaitables et les plus redoutables aux yeux des participant·e·s. Les résultats font présentement l’objet d’analyses et seront présentés sous peu.

À venir

À venir

Cartographier, imaginer et prioriser les chemins les plus pertinents vers ce futur souhaitable

À venir

Mesurer la trajectoire du Québec sur ces chemins de transition

À venir

Développer une compréhension globale du défi, cartographier et imaginer les ingrédients du futur

Ce diagnostic prospectif* repose sur une revue des littératures académiques et grises. Il a été complété par la consultation d’une dizaine d’expert·e·s qui ont permis de l’enrichir. 

1.1. On constate …

L’omniprésence du numérique

En l’espace d’une vingtaine d’années, le numérique est devenu omniprésent dans l’ensemble des sociétés industrielles. Il y a seulement quelques décennies, les TIC étaient considérées comme des outils puissants pouvant donner un avantage compétitif à ceux qui savaient les maîtriser. Or, cette vision du numérique niche n’est plus réellement d’actualité, tant le numérique est devenu l’espace de vie au complet. Les technologies numériques, et notamment les applications téléphoniques, sont utilisées pour gérer les contacts, les courriels, les appels, le partage de documents et d’informations. Au niveau collectif, le numérique est aussi présent à chaque étape organisationnelle. De l’administration publique, à la gestion des entreprises en passant par les entités étatiques et les transports, tous ont franchi l’étape de la numérisation de leurs services et utilisent en continu des logiciels pour effectuer suivis et analyses. Somme toute, le numérique ne correspond plus à une simple liste d’outils numériques, il est devenu à la place un environnement complet qui exerce une influence sur la culture et les relations sociales.

La montée de l’infobésité

Le déploiement des appareils numériques est allé de pair avec l’explosion de l’utilisation des réseaux sociaux, qui a bouleversé le rapport à l’information. Celle-ci est devenue accessible en quelques instants, sans contraintes physiques, à un tel point que les flux d’informations puissent être parfois considérés excessifs. En d’autres termes, pour la première fois historiquement, la hausse de la quantité d’informations disponible n’est plus synonyme d’une hausse de l’assimilation, et peut être même associée à une baisse de la rétention informationnelle. La difficulté de traiter cette surabondance d’informations, appelée « surcharge informationnelle » ou « infobésité », serait liée à des déficits de l’attention, des phénomènes d’addiction, d’anxiété ou encore des pertes de mémoire (Sauvajol-Rialland, 2014).

L’utilisation des données pour apprendre à se connaître

Les données personnelles sont de plus en plus utilisées par les utilisateurs eux-mêmes pour apprendre à se connaître d’une autre manière. Les dernières années ont vu surgir une multiplication des systèmes de mesure d’informations personnelles dans les activités quotidiennes, tels que des applications téléphoniques qui mesurent l’activité et le sommeil, ou des capteurs intégrés qui suivent attentivement la santé et la performance au travail (Ajana, 2017). Cette pratique (quantified self en Anglais) est de plus en plus commune et se retrouve associée à des objectifs d’amélioration des performances, du bonheur ou encore de la santé (Anja, 2017).

Une fracture numérique

La dématérialisation des services publics représente parfois un facteur d’exclusion supplémentaire. En effet, on observe une forte hausse des services publics dont l’accès devient exclusivement en ligne (Connexions Solidaires, 2016, 4 juillet). Bien que l’accès numérique puisse être apprécié d’une partie de la population, la dématérialisation de certains services, notamment ceux liés aux programmes sociaux, peut représenter un obstacle supplémentaire pour des personnes déjà en situation de précarité. Cet obstacle, souvent qualifié de « fracture numérique » lorsqu’il est attribué à l’âge des utilisateurs, est dans les faits davantage déterminé par leur situation socioéconomique. En 2015, la Federal Communications Commission montrait par exemple que 40 % des habitants de la ville de Détroit n’avaient pas accès à Internet à leur domicile, à cause de la faible capacité de revenus de la population qui ne justifiait pas, aux yeux des entreprises de télécommunication, les investissements nécessaires en termes d’infrastructures (Federal Communications Commission, 2015). Au Québec, on retrouve également une fracture numérique à l’échelle des territoires : en 2019, 340 000 foyers québécois en région n’étaient pas connectés au réseau Internet (MEIE, 2019). Cette double peine vient s’ajouter aux difficultés économiques que connaissent déjà certaines régions québécoises, à cause d’une rareté de main-d’œuvre et un exode rural. Étant mal desservies par les infrastructures de télécommunications, il devient difficile pour certaines d’entre elles d’attirer des talents et de développer l’économie locale, renforçant à nouveau les inégalités territoriales (Bouchard, 2019). Enfin, on retrouve aussi une facture numérique chez les jeunes Québécois : en 2020 4,4 % des 12-29 ans ne possèdent ni téléphone intelligent, ni ordinateur (Printemps Numérique, 2020), limitant ainsi considérablement leur accès aux services numériques comme l’éducation et l’accès au savoir lorsque la classe ne peut pas avoir lieu physiquement. L’étude de Printemps Numérique montre que les inégalités d’accès aux équipements numériques sont notamment influencées par le niveau d’étude des parents (plus celui-ci est élevé, plus les jeunes possèdent des périphériques) (Printemps Numérique, 2020).

L’existence de bulles d’autorenforcement

Avec un accès inédit à une multitude de sources permis par Internet, il pourrait être attendu que les usagers soient confrontés à un nombre plus élevé de points de vue, dont une partie serait différente du leur. Or d’après plusieurs auteurs, l’accès réel à l’information est de plus en plus filtré par les algorithmes des moteurs de recherches et des réseaux sociaux. En effet, les algorithmes informatiques qui accompagnent les plateformes numériques se servent des données émises par les utilisateurs pour personnaliser le contenu qui leur est offert afin de les fidéliser. D’une certaine manière, chaque internaute aurait ainsi accès à une version des plateformes web différente. À travers ce phénomène, l’utilisateur s’installe progressivement, et sans s’en rendre compte, dans une bulle optimisée pour sa personnalité supposée (Bashky et al., 2015). Sur les réseaux sociaux, par exemple, les plateformes utilisent l’historique de consultations, les clics et les interactions sociales pour hiérarchiser et filtrer le contenu qui sera jugé le plus pertinent pour l’utilisateur. Ce phénomène donne une impression déformée de la réalité en accordant plus d’importance à certains éléments plutôt qu’à d’autres (Bashky et al., 2015). À la manière d’une chambre d’écho traditionnelle, l’ « effet bulle » tend à s’autorenforcer en reproduisant des opinions et des croyances proches de celles de l’utilisateur qui est ainsi, à son tour, de plus en plus convaincu et de moins en moins ouvert aux idées extérieures. Cette tendance pourrait mener à une exacerbation des tensions sociales en réduisant la possibilité de dialogues entre les différentes bulles d’opinions.

1.2. On observe des évolutions et on prévoit …

La prolifération de fausses nouvelles et l’ère de post-vérité

Les réseaux sociaux offrent à beaucoup d’individus la possibilité inédite de s’exprimer sans devoir passer par un média institutionnel, et d’atteindre de nombreuses personnes en un temps record. Puissants outils de communication, les réseaux sociaux donnent ainsi une plateforme publique de partage d’opinions, qui inondent la toile d’avis divers sans passer par un processus de vérification. À cet effet, depuis les dernières années, plusieurs auteurs et organismes alertent sur la croissance exponentielle des fausses nouvelles (fake news en Anglais) qui gagnent progressivement en popularité, notamment sur Internet (Pingeot, 2017; Valadier, 2017; Fabre, 2019). Ces informations mensongères ou incomplètes, aux rédacteurs souvent inidentifiables, ont pour objectif de manipuler ou de tromper le public (Valadier, 2017). Au cours des dernières années, on a observé la montée de programmes de trucage vidéo basés sur l’intelligence artificielle. Communément appelés deepfake ou hypertrucage, ces programmes utilisent des outils de synthèse d’images qui servent à superposer des fichiers audio et vidéo existants sur d’autres vidéos, en changeant ainsi le visage d’une personne, sa voix, ou les paroles prononcées. Cette technique, dont les applications sont encore expérimentales, pourrait révolutionner le monde de la communication lorsqu’il sera impossible pour un public non averti de distinguer un discours présidentiel d’une contrefaçon malveillante (Christian, 2018, 1 février). Et les conséquences pourraient prendre des proportions alarmantes pour des sujets liés à la sécurité, tels que de fausses déclarations de guerre ou d’attaque nucléaire (Christian, 2018, 1 février). La démultiplication des flux informationnels et l’utilisation de l’IA dans l’altération de contenu rendent la distinction entre opinion et informations vérifiées de plus en plus difficile pour une grande partie de la population. Leur prolifération participerait même à un changement de paradigme informationnel, basculant ainsi le monde dans l’« ère de la post-vérité » (Pingeot, 2017). Popularisée lors du référendum britannique et des élections présidentielles américaines de 2016, l’expression vise à désigner des circonstances dans lesquelles les informations et les faits objectifs sont moins efficaces que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles pour modeler l’opinion publique (Fabre, 2019).

La remise en question de l’expertise

En lien avec l’ère de la post-vérité, c’est l’idée même du partage du savoir et de l’expertise qui semble de plus en plus remise en question. Auparavant, le statut de chercheur ou d’enseignant-chercheur bénéficiait d’une forte légitimité associée à un rôle de détenteur du savoir et d’éducateur (Barzam, Gerphagnon et Mora, 2019). Or, Internet a permis de multiplier les sources de la connaissance, remettant en question le rôle classique de l’enseignant comme seul détenteur d’un savoir qu’il transmet (Barzam, Gerphagnon et Mora, 2019). Cette multiplicité des sources d’informations réduit progressivement la frontière palpable entre les pratiques non professionnelles et les sciences institutionnalisées, et introduit ainsi une concurrence des autorités en ouvrant la voie à la participation des non professionnels à la production de connaissances, au détriment de l’expertise (Barzam, Gerphagnon et Mora, 2019).

1.3. On pourrait même imaginer …

Une IA (plus) responsable

Face aux préoccupations éthiques générées par les perspectives d’applications de l’IA, certains acteurs se penchent sur la mise en place de principes établissant un cadre éthique pour pouvoir assurer le développement d’une intelligence artificielle responsable, inclusive, équitable et écologiquement soutenable. Ces préoccupations émergent notamment du milieu académique (La Déclaration de Montréal en IA responsable, portée par l’Université de Montréal), du secteur privé (Microsoft) ou encore du secteur de l’assurance (AXA Research Fund).  Les défenseurs de l’IA responsable souhaitent avertir le public de sorte que le développement de l’IA ne soit pas une simple course à l’innovation, mais qu’il soit bénéfique envers les populations. À travers les initiatives, les principes reprennent une série de valeurs jugées fondamentales et incluent entre autres la protection de la vie privée, le respect de l’autonomie, et le principe de prudence.

L’homogénéisation progressive des cultures

Avec une utilisation croissante d’algorithmes automatisés pour aider à la décision, certains pensent que la tendance actuelle va progressivement vers une homogénéisation des cultures à travers le monde. En effet, en utilisant de plus en plus l’apprentissage machine et les données, les décisions favorisées seront issues d’une optimisation mathématique qui les présentera comme les meilleures à prendre dans le contexte donné. Au fur et à mesure, la recherche constante de l’optimisation pourrait amener à reléguer les considérations culturelles au second plan, puis progressivement amener vers une standardisation des modes de vie à travers le monde, basés sur l’optimisation algorithmique.

2.1 On constate …

La mainmise de quelques géants numériques

En dépit de sa puissance, Internet n’est actuellement contrôlé par aucune instance de régulation. De fait, il est le produit de quelques grands acteurs qui ont réussi à accaparer l’essentiel du marché depuis la fin du 20e siècle. Les géants américains GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et leurs équivalents chinois les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) capitalisent à eux seuls plus de 4 500 milliards de dollars, soit plus que le produit intérieur brut de l’Allemagne, la quatrième économie mondiale (Chevré, 2019, 11 février). La position considérable de ces entreprises dans le système économique pèse sur la balance des pouvoirs et, partout dans le monde, états et régulateurs cherchent la voie pour encadrer les géants du numérique sans pour autant réussir à imposer de vrais contre-pouvoirs (Chevré, 2019, 11 février). En effet, les technologies de l’information sont centrales aux enjeux commerciaux et géopolitiques et les puissances publiques se questionnent sur le rôle et les responsabilités de telles entreprises. D’un point de vue énergétique, la concentration du secteur numérique est tout aussi palpable : il est estimé que 80 % de la croissance des flux de données des cinq dernières années est attribuable à la consommation des services fournis par les GAFAM (The Shift Project, 2018).

La montée de l’industrie des données

La quantité de données disponibles a été multipliée par huit au cours de la dernière décennie en raison de la forte intégration des périphériques numériques (Portnoff et Soupizet, 2018). À travers leurs activités individuelles, collectives et leur présence sur Internet, les utilisateurs produisent constamment des données qui dépassent celles qu’ils partagent volontairement. Ces données représentent une matière première dont une nouvelle industrie réussit désormais à tirer de la valeur, grâce à des algorithmes de traitement automatisés basés sur l’IA (Portnoff et Soupizet, 2018). Avec une excellente maitrise des techniques de statistique et des calculs de probabilités, ces systèmes permettent de développer des mécanismes d’anticipation prédictive qui personnalisent l’environnement des utilisateurs, représentant alors une opération à forte valeur commerciale. En 2017, par exemple, 87 % du chiffre d’affaires de Google était issu de la vente de contenus publicitaires personnalisés (Agence France Presse, 2018, 3 mars). Cette possibilité d’extraire des données et de les transformer en valeur économique pousse plusieurs auteurs à comparer les données personnelles au pétrole de 21e siècle.

Des risques liés à la cybersécurité

La dématérialisation des entreprises et des organisations a fait apparaître un nouveau type de défis : les enjeux de cybersécurité. En effet, la mise en réseau des activités provoque la multiplication des points d’entrée du système et augmente ainsi la vulnérabilité aux agressions informatiques telles que le cyberespionnage, le cyberharcèlement, le cybercambriolage ou encore la cyberfinance criminelle (Accenture, 2019). Que ce soit pour tenter de voler des données, de détruire, d’endommager ou d’altérer le fonctionnement normal de leur système, il est estimé que 62 % des entreprises américaines ont connu des tentatives de cyberattaque en 2018 (Accenture, 2019) et que les dépenses mondiales en matière de sécurité devraient atteindre les 133,7 milliards de dollars en 2022 (Gartner, 2018). Au Québec en 2019, le groupe financier Mouvement Desjardins a par exemple été victime du vol des données personnelles de ses 4,2 millions de membres particuliers, comprenant des informations confidentielles liées à l’identité et aux habitudes d’achat (Péloquin et Pilon-Larose, 2019).

Une distinction entre IA faible et IA forte

Bien que l’intelligence artificielle alimente de nombreux fantasmes sur la capacité des machines à prendre le contrôle de la société, la réalité est toute autre. En effet, tous les systèmes actuels utilisant l’intelligence artificielle sont considérés comme relevant de l’IA faible, c’est-à-dire une intelligence artificielle concentrée sur une tâche précise, répétitive, et qui n’est pas en ce sens dotée d’une intelligence réelle ni d’une conscience de soi (Kohler, 2020). L’IA faible est définie en contraste avec une hypothétique IA forte, qui serait dotée de conscience, de sensibilité ou d’esprit et qui, pour le moment, relève encore de la science-fiction (Portnoff et Soupizet, 2018).

2.2 On observe des évolutions et on prévoit …

Le développement du capitalisme de surveillance

L’essor des technologies numériques a permis de développer ce que la professeure émérite de l’université d’Harvard Shoshana Zuboff appelle le « capitalisme de surveillance » (Zuboff, 2019). Ce terme désigne selon l’auteure une nouvelle ère du capitalisme dans laquelle l’expérience humaine est considérée comme une manière première, qu’il est possible pour un acteur économique d’exploiter à des fins commerciales. L’entreprise américaine Google aurait été la première à exploiter les données personnelles pour améliorer la qualité des services rendus dans un premier temps, puis à être monétisée sous la pression des investisseurs, marquant ainsi la naissance d’une pratique qui se serait reproduite par la suite comme modèle d’affaires (Zuboff, 2019). À terme, Zuboff estime que l’évolution du capitalisme de surveillance pourrait tendre à la suppression de toute notion de vie privée et d’intimité. Le fondateur et directeur exécutif du magazine technologique Wired Kevin Kelly estime lui aussi que dans peu de temps, l’enregistrement des données, y compris personnelles, sera systématique et permanente grâce à des capteurs directs, mais aussi à travers des images de vie telles que des caméras reliées entre elles pour pallier les faiblesses de la mémoire vive (Kelly, 2016). Cette vision décrit le monde futur comme un « super organisme » associant l’intelligence humaine et celle des machines en liant tous les objets connectés et leurs utilisateurs (Kelly, 2016).

Un changement de paradigme vers une économie de flux

L’ère numérique a permis à un nouveau modèle d’affaires de se développer centré autour des plateformes numériques, offrant la place à une économie basée sur le principe d’usage plutôt que sur le principe de propriété (Kelly, 2016). Ce changement de paradigme économique permettrait aux utilisateurs de mettre en vente leurs compétences, biens, ou expérience à une échelle jusque-là inaccessible pour des individus ou des petites entreprises (Future Earth, 2020). De ce point de vue, les plateformes numériques sont en train de retirer le pouvoir économique entretenu par les institutions traditionnelles telles que les hôtels ou les taxis (dans le cas d’Airbnb ou d’Uber), mais d’un autre côté, l’utilisation croissante des plateformes est en train de générer une nouvelle forme de concentration de pouvoir dans les mains de leurs opérateurs (Future Earth, 2020).

La multiplication de synergies technologiques

La progression des performances de l’intelligence artificielle et des différentes applications numériques pourrait provoquer des bouleversements dans de nombreux domaines à travers leurs combinaisons. Par exemple, la blockchain décentralisée et l’IA centralisatrice pourraient ensemble conduire à des organisations à intelligence décentralisée (Corea, 2019) tandis que la mise en commun de l’IA et de la réalité virtuelle pourrait bientôt faire du téléphone intelligent un remplaçant des magasins physiques (Portnoff et Soupizet, 2018). Cette dernière tendance s’inscrirait dans la continuité du développement du commerce en ligne, qui progresse sans arrêt depuis son apparition. Au Québec, l’achat en ligne a représenté 10,5 milliards de dollars en 2018, soit une hausse de 27 % par rapport à 2017 (CEFRIO, 2019a). À l’échelle du Canada, le commerce électronique de détail représentait 40 milliards de dollars en 2018, et les projections amènent ce montant à plus de 55 milliards en 2023 (Statista, s. d.).

2.3 On pourrait même imaginer …

La diffusion de la pensée low-tech

Les défenseurs des low-tech (« basses technologies ») s’inscrivent dans un rejet à l’idéologie du progrès technique et en particulier de la prolifération des périphériques numériques (Bihouix, 2014). Cette démarche consiste à s’interroger sur les besoins de la société, et d’y répondre par des solutions qui minimisent l’énergie requise à la production et à l’usage, diminuent significativement la consommation de matières et les impacts sur l’environnement, tout en redonnant aux utilisateurs de l’autonomie et de la maîtrise sur les outils (La Fabrique écologique, s. d.). Une démarche low-tech en vient à se demander (Bihouix, 2014) : pourquoi produit-on? Que produit-on? Comment produit-on?

La montée en popularité des données ouvertes et des communs numériques

Défini par l’Open Knowledge Foundation en 2005, le mouvement des données ouvertes (« open data » en anglais) désigne des données auxquelles tout le monde a accès, et que n’importe qui peut utiliser ou partager. Celles-ci reposent sur la disponibilité et l’accès, la réutilisation et la redistribution, ainsi que la participation universelle (Open Knowledge Foundation, s. d.). Le mouvement souhaite aller à l’encontre des pratiques des grands acteurs du numérique, et essaie souvent d’en reproduire les services pour fournir une version plus transparente et accessible. Cette philosophie se retrouve au cœur de la conception de communs numériques, qui désignent des ressources produites ou entretenues collectivement et gouvernées pour assurer leur caractère collectif et partagé (Open Knowledge Foundation, s. d.). À l’inverse des communs traditionnels, l’usage des communs numériques par les uns ne limite pas l’accès aux autres, rendant ainsi la ressource non rivale et non exclusive. C’est cette particularité qui rend les communs numériques attractifs à grande échelle, car ils gagnent à être partagés pour augmenter la valeur de la ressource et étendre la communauté qui la préservera (Open Knowledge Foundation, s. d.). On retrouve des communs numériques basés sur les données ouvertes dans une diversité de secteurs : le système d’exploitation Linux, le navigateur Internet Firefox ou encore l’encyclopédie en ligne Wikipédia mais aussi OpenFoodFact qui constitue une base de données libre sur les produits alimentaires commercialisés dans le monde.

La concrétisation de villes connectées

Le concept des villes connectées connaît un succès médiatique depuis une dizaine d’années, mais les réalisations qui en découlent n’ont pas, pour le moment, révolutionné l’aménagement du territoire (Soupizet, 2020). En utilisant les labels « villes intelligentes » puis, plus récemment « villes cognitives » la métaphore de la ville connectée, comme un organisme animé qu’il convient de doter d’une intelligence, est devenue une expression couramment employée pour évoquer la mobilisation du numérique au service de la ville (Soupizet, 2020). On y retrouve ainsi des projets de villes nouvelles (telles que « Masdar » à Abou Dabi et « Songdo » en Corée du Sud), de redynamisation des villes par le numérique (« Quayside », le projet de quartier Internet de Toronto) et des programmes plus modestes d’intégration d’outils numériques dans les services publics (« Montréal, Ville Intelligente et Numérique »).

L’émergence d’un nouveau protocole internet

En mars 2020, Madhumita Murgia et Anna Gross présentaient un dossier d’enquête réalisée pour le compte du Financial Times, dans lequel ils décrivent la volonté du gouvernement chinois de mettre en place un nouveau protocole internet pour remplacer l’architecture technologique qui charpente le Web depuis plusieurs décennies (Murgia et Gross, 2020, 27 mars). Cette volonté s’est manifestée lors d’une rencontre organisée au siège de l’Union internationale des télécommunications (UIT) en septembre 2019, au cours de laquelle des ingénieurs du géant numérique chinois Huawei ont présenté leur projet baptisé « New IP » (« nouveau protocole Internet »). Ce protocole viserait à modifier la gestion d’Internet afin de redonner un pouvoir de contrôle aux états qui l’adopteraient (Murgia et Gross, 2020, 27 mars). D’après les journalistes, ce protocole servirait à remplacer l’Internet d’aujourd’hui, jugé instable et très insuffisant par les représentants de la compagnie chinoise.

La privatisation de nombreux services

La capacité croissante des grands groupes de l’industrie numérique à capter les données et à développer des modèles performants laisse à penser que de nombreux services publics ne pourront plus à l’avenir rivaliser avec les services proposés par des entreprises privées. C’est le cas déjà de plusieurs outils numériques, tels que la gestion de courriers électroniques, souvent reléguée aux groupes Microsoft et Google, mais à l’avenir la tendance pourrait s’élargir à la recherche, à la santé, ou encore le transport.

3.1 On constate …

Une dépendance énergétique du système aux énergies fossiles

Le système de production et de consommation global actuel est encore fortement dépendant aux énergies fossiles pour assurer son fonctionnement. En effet, en 2018, plus de 80 % de la consommation énergétique mondiale était d’origine fossile (le pétrole représente 32 %, le charbon 27 % et le gaz naturel 22 %) (The Shift Project, 2018). Jusqu’à présent, les nouvelles énergies renouvelables (photovoltaïque et éolienne) ne sont pas parvenues à remplacer les sources d’énergies fossiles et se sont, au contraire, ajoutées aux autres sources d’énergie dans la consommation mondiale (York et Bell, 2019). Au Québec, près de 50 % du mix énergétique est issu de sources fossiles (35 % pour le pétrole, 14 % pour le gaz naturel et 0,8 % pour le charbon) malgré une forte capacité hydroélectrique (Whitmore et Pineau, 2020). Pour le moment, la transition numérique se déploie donc en grande partie grâce à des sources d’énergies non soutenables, qui aggravent les changements climatiques et présentent des risques de pénuries ponctuelles ou prolongées.

Une forte demande en métaux

Le déploiement de la transition numérique dépend entièrement de l’accès à des quantités importantes de matières et de métaux tels que le cuivre, le lithium, le manganèse, le nickel, le cobalt ou encore les terres rares pour construire les infrastructures de télécommunication, les centres de données et les équipements numériques. Il faudrait environ une quarantaine de métaux différents pour fabriquer un téléphone intelligent, chacun dans des quantités allant de quelques milligrammes à quelques dizaines de grammes (Ferreboeuf, 2018). Ces métaux sont nécessaires pour leurs propriétés optiques, catalytiques, chimiques, et semi-conductrices qui les rendent très difficiles à substituer (Eyl-Mazzega et Mathieu, 2020). Or les quantités de métaux disponibles dans la croute terrestre ne sont pas infinies. En mai 2020, l’Agence Internationale de l’Énergie publiait une étude visant à alerter des risques majeurs d’approvisionnement de matières premières stratégiques à venir (AIE, 2020).

Une gestion de fin de vie difficile

La gestion de fin de vie des périphériques numériques est pour le moment un problème auquel peu de solutions ont été apportées. En 2018, sur les 50 millions de tonnes de déchets électriques et électroniques générés dans le monde, seuls 20 % étaient identifiés comme ayant été pris en charge par une filière de recyclage autorisée (Ferreboeuf, 2018). Et même une fois pris en charge, la petite taille des composantes utilisées et les mélanges d’alliages réalisés rendent le recyclage extrêmement ardu : pour l’indium, le gallium, le tantale et le germanium, le taux de recyclage est inférieur à 1 % (Ferreboeuf, 2018). Les déchets électroniques qui ne sont pas recyclés sont enfouis, entreposés dans des décharges en plein air ou incinérés, et provoquent des problèmes sanitaires et environnementaux en contaminant les sols, les cours d’eau et les nappes phréatiques (Bihouix, 2014). Le faible taux de récupération renforce la problématique des métaux, car la fabrication des appareils et infrastructures numériques dépend de l’extraction constante de nouvelles ressources.

3.2 On observe et on prévoit …

Un tarissement des réserves d’hydrocarbures

Selon l’Agence Internationale de l’Énergie, le pic de pétrole conventionnel aurait été atteint en 2008 et la production aurait depuis décru de 2,5 millions de barils par jour, représentant une chute annuelle de l’ordre de 2,5 % (AIE, 2018). Or, la production de pétrole mondiale a continué à augmenter sur la même période, soutenue par la production de pétrole dit « non conventionnel », tel que les sables bitumineux d’Alberta ou le pétrole de schiste américain. Cependant, le pétrole non conventionnel est par définition plus difficile à extraire et n’offre qu’un décalage temporel du déclin de la production. Tous types de pétroles confondus, il semblerait que le maximum historique de production ait été atteint en fin d’année 2018 et décroitrait depuis (Jancovici, 2018). En parallèle, les puits déjà en production seraient en baisse de 6 % par an, et doivent ainsi être remplacés par de nouveaux puits pour compenser ce déclin. Étant donnés la dépendance du système économique à l’approvisionnement en hydrocarbures, les signes énergétiques pointent à des contractions économiques importantes au cours des prochaines de la prochaine décennie (Jancovici, 2018).

Une consommation énergétique à la hausse

L’empreinte énergétique du numérique suit une trajectoire insoutenable : elle est actuellement en progression de 9 % par an, notamment à cause de l’explosion des usages vidéo et de la multiplication des périphériques numériques fréquemment renouvelés (The Shift Project, 2018). De manière additionnelle, l’intensité énergétique de l’industrie numérique augmente de l’ordre de 4 % par an, ce qui va à contre-courant de l’intensité énergétique du PIB mondial qui elle baisse de 1,8 % par an (The Shift Project, 2018). Si les tendances ne sont pas infléchies, la consommation énergétique du secteur risque d’exploser à l’avenir. Il est estimé qu’entre 2010 et 2025, le nombre d’équipements numériques aura quintuplé et que son empreinte environnementale aura été multipliée par deux à trois fois (Bordage, 2019). En dehors de l’augmentation du nombre d’utilisateurs, l’augmentation de la facture énergétique du numérique sera principalement liée :

  • aux objets connectés, dont le nombre sera multiplié par 48 entre 2010 et 2025;
  • au doublement de la taille des écrans entre 2010 et 2025;
  • au tassement des gains en matière d’efficience énergétique;
  • et à l’équipement des pays émergents, dont l’électricité est souvent de source carbonée. (Bordage, 2019)

Des gains énergétiques insuffisants

L’efficience énergétique des périphériques numériques a fait d’énormes progrès depuis la mise sur le marché des premiers produits : en suivant la loi de Koomey, on observe que la quantité d’énergie dont une machine a besoin pour effectuer un nombre donné de calculs a diminué d’un facteur deux chaque année et demie. En d’autres termes, le nombre de traitements (capacité) par joule (quantité d’énergie) a doublé presque systématiquement tous les 18 mois. Or, les gains d’efficience énergétique (notamment sur la phase d’utilisation) ont connu un ralentissement au cours des dernières années et ne compensent plus la hausse continue du bilan énergétique du secteur (Bordage, 2019). Par exemple, l’efficacité énergétique des centres de données progresse en moyenne de 15 % à 20 % par an mais le volume de données à traiter augmente de 35 % par an (Ferreboeuf, 2018). En outre, il semblerait que les technologies actuelles approchent de leurs limites et que les perspectives de technologies futures (comme les processeurs quantiques par exemple) d’être industrialisées à courte échéance soient faibles (Ferreboeuf, 2018).

Des tensions géopolitiques autour des ressources clés

Les projections de la demande en matières stratégiques, notamment les métaux, laissent à penser que la géopolitique sera un facteur structurant dans les prochaines décennies. En effet, la demande pour le lithium devrait tripler d’ici à 2025, celle du cuivre devrait augmenter de 20 % et celle du cobalt pourrait augmenter de 60 à 100 % sur la même période. À l’échelle planétaire, on observe de nouvelles stratégies d’acquisition de la part de puissances économiques qui jouent leurs cartes afin d’accaparer les marchés en expansion pour les technologies basses carbone ayant vocation à devenir les piliers des systèmes énergétiques de demain. Or, la disponibilité de ces métaux est concentrée dans un nombre limité de pays qui attirent l’attention des grandes puissances économiques : Argentine, Bolivie, Russie, Afrique du Sud, Kazakhstan, Brésil, République démocratique du Congo. Au cours des dernières années, l’investissement minier s’est plus particulièrement concentré sur l’Amérique latine et l’Afrique. Cette situation a favorisé la concentration des activités aux mains d’entreprises chinoises qui dominent souvent l’extraction et le raffinage des métaux critiques et terres rares. Ainsi, cinq entreprises se partageraient 90 % de la production mondiale de lithium, dont trois sont chinoises ou à capitaux chinois. La disponibilité des ressources de la transition risque de devenir un enjeu géopolitique majeur, et de générer des tensions dans un contexte de rivalités économiques et technologiques. (Eyl-Mazzega et Mathieu, 2020)

3.3 On pourrait même imaginer

La généralisation de la sobriété numérique

À contre-courant de l’augmentation perpétuelle des usages, certains militent pour une forme de sobriété numérique afin de réduire autant que possible la facture environnementale du secteur. Au niveau individuel, la sobriété numérique consisterait à allonger la durée de vie de ses périphériques au lieu de les remplacer, et de repenser ses usages en fonction de leur impact environnemental. Selon les experts du Shift Project, « la sobriété numérique consiste à passer d’un numérique instinctif à un numérique réfléchi » (The Shift Project, 2020). L’organisme propose également des cadres opérationnels pour mettre en place la sobriété numérique au sein des stratégies de politiques publiques, dans l’entreprise et dans les systèmes d’usages du domaine privé. Dénonçant le solutionnisme technologique très présent dans l’industrie, les experts soutiennent notamment que l’introduction d’une technologie numérique, même dans le but de produire des gains environnementaux, devrait faire l’objet d’une réflexion a priori. Appliquée aux outils numériques eux-mêmes, la sobriété pourrait se retrouver dans la conception (poids et design de sites Internet, objets utilisant des matériaux disponibles localement) et l’énergie nécessaire pour les faire fonctionner. On pourrait par exemple imaginer des systèmes d’IA avec une faible puissance de calcul et qui se basent sur un nombre limité d’exemples pour s’entraîner. Avec un certain nombre de mesures, le think tank propose un scénario sobre qui « démontre qu’il est possible d’infléchir une première fois la dynamique du numérique sans pour autant remettre en cause le principe même de la transition numérique » (The Shift Project, 2020).

Le déploiement de l’économie circulaire

Afin de proposer une alternative au schéma linéaire de production et de consommation qui prévaut depuis la révolution industrielle basé sur l’extraction de matières premières naturelles et les déchets en fin de vie de produits, certains économistes appellent à la transition vers une économie circulaire. L’économie circulaire vise à découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles, notamment par la création de produits, services, modèles d’affaires et politiques publiques innovants et pensés sur une perspective de temps long (Institut économie circulaire, s. d.). Le modèle repose sur la création de cycles d’utilisation et de réutilisation de la matière ou du produit avant la destruction finale et met l’accent sur le changement des modes de conception de produits (Institut National de l’Économie Circulaire, s. d.). Appliquées au numérique, les stratégies de circularité dépendent notamment de la conception des périphériques : il s’agit alors de créer des équipements qui sont facilement démontables et réparables par les utilisateurs en utilisant des pièces identifiables et détachables pour étendre la durée de vie des équipements et favoriser la prise en charge et la réutilisation des pièces et des matériaux qu’ils contiennent. L’entreprise néerlandaise Fairphone qui conçoit des téléphones intelligents suivant des principes de circularité a vendu un peu plus de 100 000 unités en Europe depuis leur commercialisation en 2013 (Anderson, 2019, 27 août).

La mise en place de politiques de décroissance

Face aux externalités environnementales et sociales de la poursuite de la croissance économique, certains appellent à mettre en place une décroissance anticipée afin de réduire la dépendance du système socioéconomique aux énergies fossiles et à l’idéologie du progrès. Le concept de décroissance relève d’une démarche volontaire dans laquelle la richesse économique produite n’augmenterait pas, voire diminuerait. Sous le slogan « moins de bien, plus de liens » les partisans de la décroissance appellent notamment à prendre conscience des limites planétaires dont la finitude des ressources et défendent que seule une réduction de la production et de la consommation globales pourrait rendre les trajectoires futures souhaitables et soutenables. (Abraham, 2020)

4.1 On constate …

L’intégration du numérique dans les systèmes d’information

La numérisation des systèmes d’information, notamment des dossiers de patients a permis l’essor d’une grande coordination des soins au sein des établissements de santé, entre les différents départements, ou au sein des territoires de soins comptant plusieurs établissements. Au Québec, la création de l’outil numérique Dossier santé Québec (DSQ) permet, à la fois aux citoyens et aux professionnels, de consulter de l’information relative à leur santé, peu importe où ils se trouvent (Gouvernement du Québec, 2020). Cet outil permet de réduire le temps de recherche d’informations essentielles, d’optimiser la collaboration entre différents spécialistes, et de fournir un ajustement optimal de la médication grâce à la consultation de l’historique de médicaments et de résultats (Gouvernement du Québec, 2020).

De nouvelles inquiétudes liées au numérique

Si les applications du numérique dans le secteur de la santé sont multiples et semblent en grande partie révolutionnaires, la numérisation de la santé provoque également des préoccupations. Tout d’abord, la question sensible de la confidentialité des données est un point d’inquiétude central : en effet, l’exploitation des données est nécessaire pour améliorer les systèmes d’intelligence artificielle mais celles-ci, dont une grande partie bénéficie du secret médical, doivent être en permanence sécurisées et rendues anonymes. Dans leur stratégie de lutte contre la propagation de la pandémie COVID-19, plusieurs gouvernements ont ainsi demandé à la population d’installer une application permettant de tracer les déplacements et les interactions pour cibler et avertir les personnes potentiellement infectées et ont généré des débats d’opinion autour de la légitimité d’une telle concentration de l’information, et de l’usage final des données récoltées (Cho, Ippolito et Yu, 2020). Ensuite, l’intégration des technologies de la santé et la nécessité grandissante que les médecins et soignants les maîtrisent requièrent des changements majeurs dans les parcours de formation qui doivent désormais inclure l’apprentissage technique des outils à leur disposition. Enfin, certains craignent que le rôle de pilote technique du médecin prenne le dessus sur les relations avec les patients et que l’approche au soin se déshumanise au fil du temps.

4.2 On observe et on prévoit …

Le déploiement de mécanismes d’aide au diagnostic

À ce jour, l’une des applications du numérique les plus prometteuses dans la santé est celle de l’aide au diagnostic de différentes maladies par l’intelligence artificielle. En s’entraînant sur des milliers d’images, les systèmes de traitement sont capables de détecter des formes géométriques récurrentes qui sont parfois invisibles à l’œil nu, et permettent d’améliorer considérablement le diagnostic réalisé par le spécialiste. Pour démontrer le potentiel des systèmes d’intelligence artificielle dans l’aide au diagnostic, Seoane et Capdevila ont montré par exemple que leur algorithme de détection de mélanomes (cancer de la peau) avait un taux de réussite dans 95 % des cas, faisant ainsi nettement mieux que les 58 médecins dermatologues qui prenaient part à l’étude et qui ont posé le bon diagnostic dans 87 % des cas (Seoane et Capdevila, 2018).

L’utilisation des données pour anticiper des problèmes médicaux

À l’aide de l’apprentissage machine, les systèmes d’IA ont le potentiel de prévenir l’apparition de certaines maladies ou de situations potentiellement mortelles grâce à l’identification de facteurs significatifs à travers l’étude de mégadonnées médicales. La société américaine Verily Life Sciences, filiale d’Alphabet qui possède Google, souhaite par exemple utiliser l’IA pour anticiper les crises cardiaques à partir d’une imagerie oculaire, de l’âge et de la pression artérielle d’un individu. En ayant entrainé l’outil sur les données de 300 000 patients, celui-ci a été capable de détecter les cas à risque dans 70 % des cas alors que les méthodes actuellement utilisées ont un taux d’efficacité de 72 % (Poplin et al., 2018). La technologie est pour le moment expérimentale mais ses résultats sont prometteurs.

L’utilisation du numérique pour aider des patients à obtenir plus d’autonomie

L’accès à certains objets connectés peut permettre à des citoyens en situation de mobilité réduite d’avoir une plus grande autonomie. À Montréal, une équipe dirigée par Joëlle Pineau de l’Université McGill en collaboration avec l’Université de Montréal et Polytechnique travaille présentement sur le développement d’un fauteuil roulant intelligent qui permettrait d’assister des personnes en situation de mobilité. Ce projet baptisé SmartWheeler vise à concevoir une interface qui puisse identifier les commandes vocales de l’occupant du fauteuil pour les transformer en commandes mécaniques amenant le fauteuil à se déplacer dans la direction désirée (Guilbeault, 2019). Il s’agit donc d’intégrer des algorithmes d’instruction vocale et de détection de mouvements aux alentours du fauteuil pour permettre une connexion rapide entre la chaise et son environnement, afin d’assurer une navigation autonome fluide dans les foules ou les situations sociales. On retrouve également des applications numériques pour la mobilité dans la prise en charge des ainés de certains pays. Au Japon, par exemple, où 28 % de la population était âgée de 65 ans et plus en 2017, on déplore des problèmes de pénurie de main-d’œuvre de l’ordre de plusieurs centaines de milliers de postes (Wiederhold, 2017). C’est dans ce contexte qu’est né Robear, un compagnon numérique développé par le centre de recherche Riken, qui permet d’apporter plus d’autonomie aux personnes âgées qui vivent dans leur domicile, et ainsi réduire les besoins en personnel nécessaire dans le secteur de la santé (Wiederhold, 2017). Le compagnon numérique est par exemple capable de déplacer un usager d’un lit vers un fauteuil et de seconder un préposé aux soins dans des tâches plus physiques. L’utilisation de capteurs de rétroaction sur les robots permet au système d’évaluer la situation en permanence et d’ajuster son aide en fonction des habitudes de l’utilisateur. Des assistants robotiques seraient déjà à l’œuvre dans 8 % des centres pour personnes âgées au Japon (Hurst, 2018, 18 février).

4.3 On pourrait également imaginer …

Une requalification du rôle du spécialiste

L’utilisation de l’IA dans la médecine permet d’effectuer des diagnostics précis et de gagner beaucoup de temps sur l’observation des images, mais n’est pas en mesure d’expliquer les causes d’un symptôme détecté, autre que pour des raisons statistiques. En effet, la programmation algorithmique ne permet que de détecter des corrélations et n’est pas en mesure de prendre en compte des considérations qualitatives. Pour cette raison, le Conseil national de l’ordre des médecins français (Cnom), recommande à ce que le développement des dispositifs techniques soit orienté vers l’aide à la décision médicale et non vers le remplacement de la décision médicale sur une base d’optimisation algorithmique. Il est important, selon le Conseil, de recentrer le rôle du spécialiste autour de la prise en charge du patient dans sa totalité et non plus autour de ses facultés techniques, qui peuvent désormais être assistées par des systèmes de traitement. Comme l’explique le Cnom, « la formation aux humanités, à la déontologie et à l’éthique, aux relations humaines doit être renforcée dans un monde qui se technicise de plus en plus car […] plus l’enseignement devient scientifique, plus le degré d’empathie doit être renforcé ». Selon le Conseil, « le médecin doit se souvenir qu’il soigne une personne qui est malade et pas seulement une maladie ». (Portnoff, 2018)

5.1 On constate …

Une remise en question de la distinction entre vie privée et vie professionnelle

La dématérialisation des moyens de communication, notamment professionnels, met au défi la démarcation traditionnelle de la vie professionnelle, longtemps attribuée au lieu physique. Avec le développement de pratiques de télétravail, la distinction entre la vie privée et la vie professionnelle s’opacifie et l’utilisation généralisée d’équipements numériques établit une nouvelle norme de connexion. En l’espace de quelques années, le fait de ne pas être réactif est devenu un comportement anormal, devant être justifié. Comme l’explique le sociologue Francis Jauréguiberry, « La normalité est de décrocher immédiatement son téléphone, surtout s’il est portable, la normalité est de répondre dans la demi-journée, voire dans certains cas dans l’heure aux e-mails reçus, et il y a de fortes chances pour que la géolocalisation de chacun devienne très vite, elle aussi, tout aussi normale » (Jauréguiberry, 2014).

Des outils numériques en substitution ou en complémentarité aux humains

L’intégration d’outils numériques dans l’univers du travail peut avoir des effets de substitution ou de complémentarité dépendamment du secteur de la situation. En effet, certains outils, notamment ceux qui se basent sur l’apprentissage machine, permettent de réaliser des tâches autrefois impossibles à effectuer pour des raisons d’expertise ou de coûts. En témoignent notamment l’analyse des électrocardiogrammes dans le secteur de la santé ou la détection d’anomalies dans les mégadonnées des systèmes bancaires. Cependant, dans d’autres cas, les outils numériques réalisent des tâches qui étaient jusqu’alors effectuées par l’humain. Les travaux autour du véhicule autonome risquent par exemple de bouleverser l’activité de la conduite professionnelle à l’avenir. Enfin, il arrive que l’intégration du numérique conduise à une forme hybride, où l’outil sert à assister à la prise de décision. La tâche réalisée par l’humain n’est pas modifiée mais l’intégration d’un dispositif numérique lui permet d’avoir accès à plus d’information pour la réaliser. (Benhamou et Janin, 2018)

5.2 On observe et on prévoit …

Une hausse du travail à la demande

L’essor du travail à la demande permis par la multiplication des plateformes numériques brouille également la frontière entre le statut de salarié et celui d’indépendant. En effet, on observe avec la transition numérique l’apparition de formes de travail inédites, qui ne rentrent pas dans les catégories établies et pour lesquelles on peine pour le moment à instaurer un encadrement juridique adapté (Valenduc, 2017). C’est le cas par exemple des plateformes de livraison en ligne, telles que Deliveroo, Uber, ou Foodara qui font appel à des travailleurs indépendants rémunérés à la tâche et dont les fonctions ressemblent à celles d’un employé (Valenduc, 2017). C’est le cas également du microtravail, fourni notamment par Amazon Mechanical Truck ou Click Worker qui rémunèrent les employés au clic sur des séries longues de tâches répétitives pour entraîner les systèmes d’intelligence artificielle (Valenduc, 2017).

Une transformation des qualifications attendues 

Enfin, les technologies numériques ont le potentiel de changer la qualification des travailleurs qu’ils assistent. Dans certains cas, comme dans le service à la clientèle ou la relation client, si les demandes simples et connues peuvent être traitées par des systèmes d’IA, les cas complexes sont par la suite transférés aux conseillers humains qui peuvent utiliser leur expertise pour les traiter. Ce type de situation peut ainsi résulter en l’augmentation de la qualification des travailleurs concernés et à l’intensification du travail, qui évolue vers une concentration de problématiques plus difficiles à traiter. Dans d’autres cas, tels que le domaine de la santé, les systèmes d’IA peuvent remplacer les spécialistes dans des procédures compliquées et ainsi induire une déqualification relative des travailleurs humains. (Benhamou et Janin, 2018)

6.1 On constate …

Une forte intégration du numérique dans les salles de classe

L’intégration d’ordinateurs et de tablettes tactiles dans les écoles primaires et secondaires a suscité un engouement assez important au début des années 2010, où de plus en plus de pays ont commencé à les voir apparaître dans les salles de classe. Au Québec, la présence en classe de tablettes tactiles a été étudiée par Karsenti et Fievez (2013) auprès de plus de 6000 élèves et de 300 enseignants. Leur recherche montre que l’usage de tablettes à l’école était lié à une plus grande motivation chez l’élève et un meilleur accès à l’information (Karsenti et Fievez, 2013). Villemonteix et al. (2015) ont montré par la suite que l’usage de la tablette en classe participait à rendre les élèves plus autonomes dans leur pratique d’écriture numérique et permettait de développer la collaboration spontanée (Villemonteix et al., 2015). Pour les élèves ayant des difficultés d’apprentissage, les outils numériques semblent également pouvoir avoir un apport éducatif. En 2015, Heitz montrait que sur 95 élèves en situation de handicap, les outils numériques pouvaient apporter de nombreux avantages « dans une modification de leur rapport aux apprentissages, dans l’appropriation de compétences langagières orales et écrites, dans la modification des interactions au sein des groupes ainsi que dans l’évolution de la place de ces élèves au sein de l’école » (Heitz, 2015). À cela s’ajoute une étude plus récente de Karsenti et Bugmann qui montre que l’utilisation d’outils numériques dans la salle de classe peut jouer un rôle positif dans le développement de l’estime de soi des élèves, dans leur insertion professionnelle future et dans la qualité des résultats scolaires (Karsenti et Bugmann, 2018). Si l’intégration de technologies numériques semble être bien accueillie par les étudiants représentés dans les études, elle se heurte aussi à des défis tels qu’une diminution du temps passé sur chaque activité et un contre-emploi de l’application utilisée (Garnier, 2017). Sur ce dernier point, Blocquaux (2017) estime que les frontières de l’enfance et de l’adolescence sont « fragilisées par ce type d’expérience – celle du virtuel – qui prend une part très significative de leur temps » pouvant développer des comportements de cyberaddiction en l’absence un cadre éducationnel du contenu virtuel (Blocquaux, 2017).

Certaines difficultés de la part des enseignants

Le corps enseignant doit également s’adapter à de nouvelles pratiques en lien avec l’intégration d’outils numériques dans le système éducatif. Au Québec, d’après une étude réalisée par la Chaire de recherche du Canada sur les technologies en éducation auprès de 439 acteurs scolaires, l’ « intégration des technologies en éducation revêt de nombreux avantages, mais […] cela n’enlève aucunement les défis rencontrés par les acteurs scolaires » (Karsenti, 2018). Parmi les enseignants interrogés, la plupart estiment que l’intégration d’outils numérique augmente leur charge de travail, mais aboutit à une plus grande motivation pour les élèves, en lien avec des outils plus stimulants et concrets. Selon eux, l’utilisation d’outils numériques dans le processus d’enseignement-apprentissage rend les élèves plus concentrés, plus attentifs, et plus enclins à réussir des projets connectés à la réalité de la vie quotidienne (Karsenti, 2018). Les défis principaux que la communauté enseignante reportait vis-à-vis de l’intégration du numérique sont principalement le manque de temps additionnel qui leur est attribué pour faire face aux nouveaux défis, les problèmes techniques rencontrés dans leur pratique et le manque de formation aux nouveaux outils numériques (Karsenti, 2018).

6.2 On observe et on prévoit …

Des modifications de l’enseignement supérieur en lien avec le numérique

Au sein de l’enseignement supérieur, la transition numérique modifie les contenus, les outils et les méthodes pédagogiques. Tout d’abord, l’intégration du numérique permet une personnalisation du parcours éducatif de l’étudiant : de nouveaux dispositifs sont capables de prendre en compte son vécu, ses connaissances acquises, ses motivations à se former, son niveau initial et où il veut arriver. Ensuite, on observe progressivement un changement dans les compétences enseignées : les compétences transversales telles que la pensée critique prennent de plus en plus de place dans les curriculums qui partent du principe que l’étudiant devra certainement se former toute sa vie et ainsi dépasser sa formation initiale. Par ailleurs, avec une multiplication des contenus éducatifs et des formations disponibles en ligne, les étudiants ont désormais accès à une plus grande diversité d’outils pour étendre leur expérience universitaire. On parle parfois de campus numérique, où l’apprentissage se poursuit en-dehors des salles de cours. Enfin, les supports utilisés pour l’apprentissage évoluent pour devenir de plus en plus informatisés et permettent la mise en place de nouvelles méthodes d’enseignement, telles que la pédagogie inversée qui mobilise une préparation initiale de l’étudiant et optimise le temps passé en classe pour réaliser des exercices d’application et de découverte, ou l’intégration de systèmes de rétroaction au sein des cours magistraux. (Barzman et al., 2019)

Une plus grande intégration du numérique dans le système éducatif québécois

Le gouvernement québécois ne cache pas ses ambitions pour l’évolution du système éducatif de la province et le rôle de la transition numérique dans celle-ci. Il affirme notamment que « c’est par l’éducation en tout premier lieu que le Québec pourra se développer en tant que société numérique inclusive, équitable et innovante ainsi que devenir un leader mondial dans le domaine du numérique » (MEES, 2018). Par le biais de son Plan d’action numérique qui mobilise plus d’un milliard de dollars sur cinq ans, le ministère de l’Éducation vise à soutenir le développement des compétences numériques des jeunes et des adultes, exploiter le numérique comme vecteur de valeur ajoutée dans les pratiques d’enseignement et d’apprentissage et créer un environnement propice au déploiement du numérique dans l’ensemble du système éducatif (MEES, 2018). Les mesures pour parvenir à ces trois orientations incluent un soutien au personnel enseignant pour développer les compétences numériques requises et intégrer une culture numérique dans l’établissement, le déploiement de l’offre de formation à distance et la mise en place d’un dossier numérique unifié qui suit l’élève tout au long de son parcours éducatif (MEES, 2018).

* Les ingrédients de la prospective recensés ici sont issus du chapitre 3 de l’essai de maîtrise “Comment concilier transition numérique et transition écologique?” rédigé par Martin Deron dans le cadre de sa production de fin d’études au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke (en attente de validation).

* Les ingrédients de la prospective recensés ici sont issus du chapitre 3 de l’essai de maîtrise “Comment concilier transition numérique et transition écologique?” rédigé par Martin Deron dans le cadre de sa production de fin d’études au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke.

Les questions d’autonomie et de légitimité

  • Quelle sera la place de l’humain dans la société si les technologies numériques sont les seules capables de traiter l’abondance d’informations et de prendre des décisions en conséquence?
  • Comment garder le contrôle sur les technologies numériques?
  • Garderons-nous la possibilité de nous déconnecter des réseaux?

Les questions de vie privée

  • La commercialisation des données personnelles devrait-elle être mieux encadrée?
  • Devrait-on établir des espaces dans lesquels les personnes ne sont soumises à aucune collecte de données?
  • Quel contrôle auront les utilisateurs sur leurs propres données?

Les questions liées au bien être

  • Comment s’assurer que les applications technologiques ne contribuent pas au stress, à l’anxiété et au sentiment de harcèlement liés à l’environnement numérique?
  • Comment encadrer les mécanismes d’addiction favorisés par le numérique pour éviter les répercussions sur la santé mentale?
  • Comment s’assurer que les applications développées pour un objectif précis ne soient pas utilisées à des fins néfastes?

Les questions sur la fiabilité de l’information

  • Comment s’assurer que les systèmes automatisés ne propagent pas d’informations peu fiables, mensongères, ou relevant de la propagande?
  • De quelle manière pourra-t-on différencier des contenus originaux des contenus altérés par des systèmes d’IA lorsque ceux-ci seront plus performants?

Les questions de transparence

  • Comment s’assurer que le fonctionnement des systèmes automatisés qui prennent des décisions soit intelligible pour leurs concepteurs et les personnes qu’ils conseillent?
  • Comment éliminer les partis-pris des systèmes d’IA?

Les questions de gouvernance

  • Quels sont le rôle de l’état et des acteurs privés dans l’accès aux données?
  • Quelle souveraineté du numérique devrait-on développer?

Les questions qui relèvent de la régulation d’Internet

  • Devrait-on accorder des capacités de calculs différentes en fonction de l’utilisation, et ainsi abolir le principe de neutralité du net?
  • L’État devrait-il réguler l’usage numérique compte tenu de ses impacts environnementaux?

Les questions d’efficacité énergétique

  • Les mécanismes de type nudge de l’économie comportementale devraient-ils être mis en place pour favoriser des comportements qui tendent à réduire l’empreinte énergétique?
  • Comment s’assurer que les gains en efficacité énergétique ne mèneront pas à une augmentation de l’usage et ainsi une hausse de la consommation énergétique finale (effet rebond)?

Les questions sur les déchets électroniques

  • Comment concevoir les composés électroniques nécessaires aux périphériques numériques de manière à faciliter leur réutilisation et recyclage?
  • Doit-on instaurer des mécanismes de prix plus contraignants pour favoriser la récupération de composantes électroniques?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans la santé :

  • Est-il acceptable de remplacer le personnel médical par des équivalents automatisés?
  • Les opérations médicales devraient-elles être automatisées?
  • Est-il acceptable de baser des décisions de vie ou de mort sur des algorithmes?
  • Est-il souhaitable de confier l’accompagnement des personnes âgées à des systèmes automatisés?
  • Comment encadrer le consentement des patients à partager leurs données?
  • À quel prix pourront être offerts les services de santé améliorés par le numérique? Ceux-ci augmenteront-ils les inégalités d’accès aux soins?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans l’éducation :

  • Le numérique va-t-il davantage se comporter comme un soutien pour accompagner l’apprentissage ou va-t-il mener à l’usage ouvert des ressources pédagogiques et ainsi supprimer les lieux d’enseignement?
  • Comment va évoluer le rôle de l’enseignant dans la création et le partage de ressources?
  • Quel rôle aura l’étudiant dans la détermination de son parcours académique si celui-ci se couple à des mécanismes de prédictions et de suggestions?
  • Comment responsabiliser les élèves dans leurs usages des technologies en éducation?

Les questions irrésolues en lien avec la transition numérique dans le travail :

  • Comment assurer la protection des travailleurs à travers les nouveaux modèles économiques induits par la transition numérique?
  • Comment accompagner les travailleurs qui seront rendus obsolètes par les systèmes d’IA?
  • Comment encadrer la discrimination des travailleurs basée sur les données?
  • Comment s’assurer que les systèmes d’IA permettent d’améliorer les conditions de travail?
  • Comment conserver les liens de sociabilité entre les individus dont le travail se dématérialise?
  • Comment répartir la richesse créée par les machines?

Abrassart, Christophe, Professeur agrégé, Faculté de l’aménagement – École de design, Université de Montréal

Blériot, Jocelyn, Chef exécutif, Institutions, Gouvernements et Villes, Fondation Ellen MacArthur

Chichoine, Guillaume, Ingénieur en informatique industrielle, Conseiller scientifique, Institut de valorisation des données (IVADO)

Dandres, Thomas, Agent de recherche au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG)

Gambs, Sébastien, Pofesseur, Département d’informatique, UQAM

Geldron, Alain, Expert national matières premières, direction Économie circulaire et déchets, Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME)

Longhi, Pascal, membre Low-tech lab Montréal

Pinsard, Max, co-fondateur de Low-tech lab et membre des Shifters Montréal

Olivier, Marc, Professeur-Chercheur, Centre universitaire de formation en environnement (CUFE), Université de Sherbrooke

Voirino, Nathalie, candidate au doctorat en bioéthique, Université de Montréal

Withmore, Johanne, chercheuse principale, Chaire de gestion du secteur de l’énergie,  HEC Montréal

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Définir une vision collective d’un futur à la fois possible et souhaitable

L’équipe de Chemins de transition remercie chaleureusement l’Institut de l’énergie Trottier pour sa contribution à l’organisation des ateliers de co-design prospectif.

Les scénarios contrastés présentés ici servent à se plonger dans le futur en concrétisant différents mondes possibles en 2040. Ces scénarios déclencheurs facilitent les échanges et permettent de faire ressortir des éléments souhaitables ou redoutables. Ils servent de point de départ pour imaginer ensemble de nouveaux futurs possibles.

Cette présentation explique comment ces scénarios ont été construits. 

31 MAI 2040. Myriam se fait réveiller par l’odeur du café fraîchement torréfié par Mike, son compagnon numérique Microsoft. En lui donnant sa tasse, Mike l’informe :

– Cet expresso a réduit ton budget carbone à 37,8g équivalant CO2 jusqu’à lundi. Mais la température extérieure est excellente, peut-être pourrais-tu aller au travail à vélo pour compenser cet impact environnemental ?

– Merci Mike, qu’est-ce que je ferais sans toi… Peux-tu me donner mon programme de la journée pendant que je mange en vitesse?

– Certainement chère amie. Je te propose de terminer ta formation de gestion de conflit en entreprise de 8h-10h55, et de poursuivre avec l’évaluation annuelle de Félix à 11h. Et comme tu aimes la lecture en après-midi, je te recommande la nouvelle étude Optimiser l’ambiance au travail par les algorithmes à compter de 13h.

Véritable GPS de vie, les activités proposées par Mike sont recalibrées en continu pour que Myriam ait les meilleures chances d’atteindre son objectif principal de devenir DRH de son entreprise d’ici la fin 2041, fier leader québécois du marché nord-américain de réemploi du matériel informatique.

Écologiste de la première heure, Myriam accueille très favorablement les changements drastiques imposés par le gouvernement depuis 2030. D’abord suspicieuse lorsque l’État a accordé aux GAFAM un accès privilégié aux ressources naturelles et à l’énergie, de plus en plus rares, elle doit avouer que ce partenariat public-privé a rempli ses promesses. Il a permis d’améliorer grandement l’éco-efficacité des petits et grands gestes du quotidien, tout en assurant une équité dans la répartition de l’effort. Elle et Maxime faisaient même partie des premiers québécois à intégrer des objets connectés à la maison pour suivre en temps réel leur empreinte environnementale. Cependant, depuis leur séparation tumultueuse, Myriam traverse une phase de remise en question. Lors d’une discussion avec sa collègue Chloé dans les toilettes de l’entreprise, exempts de reconnaissance faciale, Myriam fond en larme. Le contrôle systématique de chaque décision et l’accompagnement personnalisé de sa performance lui apparaissent maintenant intrusifs et insupportables.

– Est-ce que ça t’arrive de te demander si on est allés trop loin, toi? Penses-tu qu’un retour en arrière soit possible? J’ai plus vraiment l’impression d’être aux commandes de ma vie. 

– Oui ça m’arrive d’avoir des doutes, c’est sûr. Mais bon… il faut avouer qu’on n’aurait jamais été capables de faire autant d’efforts sans l’optimisation des décisions. Le système est bien fait, et il est parti pour rester. Mais si tu as besoin de penser à autre chose ce soir, viens avec moi; on m’a invitée à un buffet de viande et de fruits exotiques organisé par les Oil Angels de Lanaudière… 

À nouveau seule, elle se tourne vers Mike qui a décodé dans le non-verbal de Myriam son désir d’accepter cette invitation. En mode crypté, il lui affiche les risques associés à ce comportement illégal. En réponse à la moue de Myriam, Mike l’informe du meilleur transport collectif pour s’y rendre et lui recommande de le mémoriser, puis de le déconnecter d’ici à son retour afin d’éviter que ses données, remontées en continue aux GAFAM, ne puissent lui causer problème.

31 décembre 2039. L’heure est à la fête chez les Desjardins. Comme dans chaque réunion familiale, on profite de l’occasion pour célébrer sa fierté d’être Québécois :

– Les Américains n’ont rien compris, ils continuent de travailler comme des fous pour se payer leur bonheur préfabriqué et leur « digital way of life » qui ne mène à rien. Ils me font de la peine…

– Regarde-la qui s’apitoie sur leur sort ! C’est quand même sur notre dos qu’ils réussissent à continuer à consommer comme on faisait dans le temps… si c’était pas de notre Hydro-Québec et des gentils petits québécois qui ont su préserver leur eau et bien utiliser leurs ressources, il partirait vite en fumée leur fameux bonheur !

– Mon voisin a entendu dire que dans les autres blocs continentaux aussi ça se passait comme ça : eu Europe, en Asie, en Amérique du Sud… la loi du plus fort, c’est vieux comme le monde…

– Papa, tu ne dis rien ?

Benoit, patriarche de la famille, est habituellement le premier à vanter ce Québec « qui a le cœur à la bonne place », et qui a su « se serrer la ceinture là où il faut pour garder son système de santé et d’éducation populaire et à la fine pointe de la technologie » ! Aujourd’hui, il ne sait plus si sa chère province a les moyens de ses valeurs. D’abord déçu que le gouvernement suive la recommandation du Collège des médecins d’intégrer le Great US Disease Detection Center (US-DDC) il y a 3 ans, il a dû reconnaitre que ce système d’intelligence artificielle, beaucoup plus puissant et moins coûteux que le québécois, a déjà sauvé des milliers de vies.

Mais, depuis la fermeture de la dernière compagnie d’assurance locale le mois dernier, Benoit craint le pire. Tous les assureurs disponibles dans le bloc nord-américain ont refusé son dossier, prétextant qu’il présente des risques trop élevés, alors même que le bilan médical envoyé par son assureur précédent était excellent. Un ancien collègue vient de lui confirmer ses doutes : les prédictions médicales du US-DDC sont partagées à plusieurs multinationales liées à la santé, qui subventionnent fortement le système en retour.

Benoit est fortement ébranlé par la nouvelle. Il a été un des principaux architectes de la Grande transformation de 2028, qui a concentré toute la capacité numérique de la province dans certains secteurs et usages clés pour l’économie locale et le bien-être des québécois. En plus de permettre une réduction drastique de la consommation d’énergie et de métaux, critique pour l’atteinte des objectifs 2030 d’émission de gaz à effet de serre et d’économie circulaire de la province, cette stratégie nationale répondait aux préoccupations croissantes de la population par rapport à l’industrie numérique. Après les nombreux scandales de confidentialité des données et de « fake news » des années 2020, la population a accepté qu’elle devait restreindre la majorité de ses usages, au travail comme dans ses loisirs, afin de continuer à profiter de la présence technologique dans des secteurs où elle pourrait être convenablement encadrée.

Mais aujourd’hui, Benoit se remémore le discours de ses opposants de l’époque, qui affirmaient que cette stratégie de concentration des usages ne suffirait pas contre les géants du numérique d’à côté. Souhaitant garder pour lui ses réflexions de trouble-fête, il se ressert un verre de son fameux cidre, et porte un toast à cette nouvelle décennie à venir…

Cher.es municitoyen.es,

Je vous informe en toute vérité que je vais me présenter pour un deuxième mandat à la Mairie. Jamais une élection n’a été aussi importante au pays que celle qui s’en vient. Le mandat précédent a été entièrement dominé par l’adoption précipitée de la loi de décentralisation climatique : miné par la répétition des évènements catastrophiques et des pénuries de ressource et d’énergie, le gouvernement provincial a finalement cédé à nos appels à déléguer la gouvernance climatique à l’échelle locale, beaucoup plus efficace et rassurante pour nous tous. Cette délégation majeure de pouvoir s’est faite avec beaucoup trop d’improvisation, j’en conviens. Mais grâce à la combinaison de notre force collaborative, des ressources technodouces que nous avons su retracer en sûreté dans l’archéoweb, de la mine urbaine de matériaux et du foncier recyclable de notre communauté, nous pouvons envisager plus sereinement un avenir fait de sobriété heureuse. Bien sûr, votre participation volontaire à nos circuits locaux de production alimentaire, réemploi, réparation de biens et maintenance des équipements collectifs a pu apparaitre au début comme un retour à la corvée du temps ancien. Mais avouez combien maintenant vous ressentez de fierté à voir concrètement le fruit de vos efforts, plutôt que d’être rémunéré dans l’une de ces cryptomonnaies dont la valeur ne fait que fluctuer?

Mon deuxième mandat sera entièrement consacré à l’obtention du label international Écolowtech Development Cities, qui nous donnera accès aux fonds internationaux écoresponsables nous permettant de desserrer un peu l’étreinte des pénuries. C’est sûr, nous ne sommes ni Montréal ni Québec, qui ont eu beaucoup plus vite les ressources et l’expertise nécessaire pour réaliser le tournant vers des infrastructures numériques souveraines qui les ont mis à l’abri des principales attaques cybercriminelles. Mais n’est-ce pas un peu ringard à l’aune de nos nouvelles valeurs québécoises? De plus si ces métropoles ont pu garder la 5G, voyez combien cela suscite de troubles entre les conservateurs qui continuent à défendre cette chimère du tout numérique sobre, et les révolutionnaires qui veulent revenir à l’analogique intégral? Et que dire de tous ces pauvres citadins fuyant ces grandes villes qui ne respectent plus leur vie privée au nom du maintien d’une sécurité publique, toujours plus difficile à assurer dans ce contexte de tension sociale perpétuelle? Et que dire de la pandémie de souffrances mentales, addiction à la réalité virtuelle, stress du retour au réel et perte d’estime de soi dont les grandes villes ont été l’épicentre ces dernières années? Nous, nous n’avons que la 3G, mais au moins elle nous tient tricotés serrés et en santé! Continuons tous ensemble!

8 Janvier 2040, 8h50. Léa se met au travail : « Erreur 417 – Votre plateforme numérique a un NeighbourScore de 5 ou moins. Elle a été déconnectée en vertu du nouveau Plan de Sauvegarde de l’Énergie (PSE) ». La plateforme éducative de Léa, qui personnalise le programme selon le profil des élèves à partir d’un catalogue de cours international, n’en est pas à sa première chute de NeighbourScore, cet indice de popularité qui guide en continu les choix des individus et organisations. Comme tout programmeur, elle a appris à y faire face : les outils numériques qui peuplent les foyers et les organisations québécoises sont basés sur une intelligence artificielle « bon marché » si accessibles à tous… mais très peu résilients.

– Salut Max, c’est Léa. Tu pourrais me dépanner encore une fois pour remonter mon NeighbourScore?

– Encore un hacker qui s’en est pris à tes users ?

– Non, tu as vu le world fake news d’hier ? Il a été introduit dans le tronc commun d’apprentissage, donc cette information ridicule a été transmise à l’ensemble de mes élèves… comme ceux de 30 pays différents d’ailleurs. Ma cote de popularité est passée à 2.6 hier soir, donc le gouvernement m’a coupé sur-le-champ par son nouveau Plan de Sauvegarde de l’Énergie.

– Désolé, je ne peux pas t’aider cette fois : lorsque le gouvernement déconnecte un programme dans le cadre du PSE, maintenant c’est définitif ! On m’a dit qu’il a récemment renforcé ce plan pour faire bonne figure à l’échelle internationale. Il espère ainsi calmer le jeu auprès des pays mécontents de l’ascension canadienne dans la course aux énergies fossiles en Arctique. Je comprends que tu sois déçue, mais sans cette nouvelle source énergie, c’est toute notre industrie numérique qui est en jeu. T’imagine ? C’est pas seulement le principal moteur économique du Québec, c’est aussi la base de tous les services à la communauté !

Léa est sous le choc : cinq années de travail acharné sur sa plateforme réduites à néant ! Elle se connecte à la communauté Programmeurs.engagés, berceau de l’innovation québécoise, dans l’espoir de trouver du réconfort auprès de ses pairs. Mais elle se laisse vite prendre au jeu d’explorer leurs idées foisonnantes pour un numérique au service de tous : frigos collectifs connectés, plateforme de redistribution des objets usagés, partage des espaces et infrastructures sous-utilisées, gestion optimale des stocks d’ONR (Organismes Naturels Restants)…

Trois heures plus tard, Léa a retrouvé toute sa fougue : elle vient de s’associer à une nouvelle coop qui offrira un programme de formation aux chômeurs orienté selon les besoins du marché, évalués en continu par le gouvernement. Léa est fière de supporter cette cause : le chômage est un véritable fléau pour sa famille, amis et voisins. Il faut dire que les emplois se font rares dans cette province qui a automatisée 60% des métiers en deux décennies et doit accueillir toujours plus de réfugiés climatiques pour compenser l’augmentation continue de ses gaz à effet de serre. Et avec toutes ces catastrophes naturelles et pandémies qui se succèdent, le gouvernement peine à leur assurer un filet social. Heureusement, la solidarité est plus forte que jamais, et les plateformes collaboratives sont là pour tisser le Québec serré !

Ces scénarios ont été soumis à 110 participant·e·s pour évaluation et bonification lors d’ateliers de co-design prospectif. Ce travail de co-scénarisation des futurs possibles a permis de faire ressortir les perspectives d’avenir les plus souhaitables et les plus redoutables aux yeux des participant·e·s. Les résultats font présentement l’objet d’analyses et seront présentés sous peu.

À venir

À venir

Cartographier, imaginer et prioriser les chemins les plus pertinents vers ce futur souhaitable

À venir

Mesurer la trajectoire du Québec sur ces chemins de transition

À venir

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