Présentation

Accélération des changements climatiques, effondrement de la biodiversité, épuisement des ressources naturelles : tout le monde aujourd’hui a entendu parler des changements rapides, profonds et irréversibles des conditions de vie sur la planète.

C’est cette transformation du système-monde, qui va se déployer en l’espace d’une génération, que l’on nomme la période de transition… et nous y sommes déjà entrés de plein pied.

Aujourd’hui, la question n’est donc plus de savoir si la transition vers ce nouveau monde est en marche, mais plutôt si elle sera entièrement subie ou au moins partiellement choisie, grâce aux actions que nous pouvons poser dès maintenant. 

Transition économique

L’actuel système socio-économique a permis à plusieurs pays comme le nôtre d’atteindre un haut niveau de vie pour la majorité de la population, mais il n’est pas du tout adapté au contexte qui nous attend.  

Dans les années et les décennies qui viennent, les évènements climatiques extrêmes comme les inondations, les incendies de forêt ou les sécheresses vont se répéter et s’intensifier. De nouveaux virus et parasites vont apparaitre et circuler sous forme de pandémies à un rythme que l’on ne peut pas prévoir. D’autres phénomènes, comme la hausse du niveau des océans vont rendre de nombreuses zones du globe plus difficilement habitables, en jetant des millions de réfugiés climatiques sur les routes.

Or notre niveau de vie repose sur une multiplication d’échanges économiques et de chaines d’approvisionnement mondialisés, qui apparaissent déjà très fragiles quand un seul de ces aléas, comme une pandémie, apparait. Lorsque ces aléas vont s’enchaîner, il faudra que le système économique mondial soit plus résilient pour y résister.  

Transition des modes de production et de consommation

Par ailleurs nos modes de production et de consommation génèrent un niveau très élevé de gaspillage de ressources et de matières, bien au-delà de la capacité de la planète à les renouveler ou les fournir (i.e. limites planétaires). L’effondrement de la biodiversité et la réduction des réserves d’eau, d’énergie et de métaux nous obligent de toute façon à repenser en profondeur nos modes de production et consommation.

Saurons-nous inventer un nouveau modèle à la plus fois sobre et solidaire? Car, même en consommant près de deux fois plus que ce que la terre arrive à produire chaque année, les inégalités sociales augmentent chaque année. Qu’en sera-t-il lorsque nous aurons une quantité beaucoup plus réduite de ressources à nous partager ? La rapidité des transformations à venir pourrait aussi, selon que l’on a les moyens ou non d’adapter son mode de vie, exacerber considérablement ces inégalités, dans notre pays comme entre les états. 

Il serait plus que raisonnable d’anticiper ces risques en orientant dès aujourd’hui notre société vers un modèle plus respectueux des limites planétaires. 

Transition de comportements et de structures

Nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir se représenter cette vision globale de tous les risques de la transition en cours.  De l’alimentation à la santé, de l’énergie au renouvellement de nos démocraties, de nos villes à nos écoles, cette transition va englober des changements multiples et fondamentaux, tant de nos comportements individuels que des structures collectives. Mais nous avons à notre disposition les connaissances scientifiques et les savoirs faire nécessaires pour innover et expérimenter les solutions de cette transition.  

Pour savoir dans quelle direction agir, il nous faut élaborer et débattre des visions concrètes de nouvelles trajectoires possibles de nos sociétés, afin de choisir ensemble le futur souhaitable pour le Québec.   

Qu’entend-on par transition?

Une catastrophe environnementale sans précédent est à l’oeuvre et va bouleverser l’ensemble du système qui permet les conditions de vie humaine

Cette catastrophe est le symptôme du modèle socio-économique dominant insoutenable qui se mondialise

Il est urgent et encore possible de réduire l’ampleur des dégâts sur notre environnement naturel, social et économique via des transformations structurelles de long terme

Nous avons plus que jamais les capacités d’opérer ce changement, à condition de maintenir le cap vers un modèle durable, équitable et bénéfique

Une transition, des transitions ?

Chemins de transition aborde la transition au sens large, comme d’un concept englobant plusieurs volets de transitions. Cependant, dans la littérature, on distingue principalement trois types de transition.

Transition énergétique

Elle désigne une modification structurelle profonde des modes de production, de distribution et de consommation de l’énergie. 

La transition énergétique vise à détacher notre système des énergies fossiles qui sont en cours d’épuisement et dont la consommation produit des gaz à effet de serre : décarboner l’économie.

C’est un volet essentiel de la transition écologique globale.

Transition écologique

La transition écologique désigne une transformation sociétale qui mène d’un modèle de production et de consommation non soutenable, priorisant la croissance économique, vers un modèle socioéconomique qui a un impact environnemental « acceptable » ou soutenable à long terme.

Elle recouvre plusieurs transitions : transition énergétique et industrielle, transition agro-alimentaire, etc…

Transition socio-écologique

La transition socio-écologique est une dénomination qui rappelle l’articulation incontournable entre les questions sociales, d’équité et de justice, et la transition écologique globale.

Le dépassement de plusieurs limites planétaires alarme la communauté scientifique depuis des décennies. La transformation irréversible du Vivant est déjà en cours, et elle s’accélère, avec des conséquences graves pour l’humanité et les écosystèmes. Nos sociétés se heurtent en parallèle à de nombreux problèmes socio-économiques structurels. Les crises qui se succèdent obligent à une reconfiguration de notre système qui est de plus en plus inadapté.

Constatant les insuffisances du concept de développement durable pour répondre à ces problèmes socio-écologiques, la transition propose une approche renouvelée, qui questionne notre modèle en profondeur pour le rendre plus résilient.

A l’origine, le terme de “transition” fait référence au passage d’un état à un autre. Depuis les dix dernières années, quand on parle de transition, on réfère principalement à la transition énergétique, écologique ou encore socio-écologique. La transition est alors comprise comme un processus de transformation fondamentale, multidimensionnelle et à long terme, de l’ensemble de notre système vers un nouvel équilibre.[1][2]

Les transition studies[3], nées dans les années 1990 aux Pays-Bas, constituent une branche d’études académiques entièrement dédiée à la transition. Ses auteurs définissent les transitions selon 5 caractéristiques :
Les transitions sont coévolutives : elles demandent des changements multiples dans le système sociotechnique
Les transitions sont composées de plusieurs acteurs
Les transitions sont une transformation radicale d’un système vers un autre
Les transitions sont un processus de long terme
Les transitions sont macroscopiques

L’humanité a déjà connu des transitions dans son histoire : démographique, économique ou encore technique, que l’on pense au passage à la machine à vapeur, ou plus récemment, au numérique.  Les transition studies tirent parti de ces expériences pour dépasser les verrouillages de nos systèmes et s’engager résolument dans la soutenabilité dans de multiples secteurs comme l’agro-alimentaire, les transports, ou la santé…

Théories des transitions : quels sont points de discussion ?

Les conceptions de la transition sont différentes d’un·e auteur·e à l’autre et les théories sont nombreuses au sujet des changements à mettre en place[4][5].  Plusieurs questions restent sujettes à débats, entre chercheur·es ou entre militant·e·s. Par exemple :

  • Jusqu’à quel point doit-on changer le système ?
  • Peut-on préserver notre modèle de croissance économique ?
  • Le capitalisme est-il responsable de la déroute socio-environnementale ?
  • Quel rôle doit-on donner à la technologie ?
  • Qui seront les acteurs clés et les secteurs prioritaires de la transition ?
  • Quel rapport à la Nature – entre humains et non-humains – doit-on adopter ?
  • Que signifient l’équité et la justice dans la transition écologique ? Par exemple pour les femmes, les minorités ethniques et les classes pauvres ?
  • La transition sera-t-elle violente ou pacifique ? Doit-on imaginer une transition nécessairement abrupte ou est-il possible qu’elle soit progressive ?

Textes fondateurs :

Expliquer la transition :

Quelques livres d’introduction à la transition :

  • Laure Waridel (2019) La transition, c’est maintenant. Editions Ecosociété.
  • Philippe Frémeaux, Wojtek Kalinowski et Aurore Lalucq (2014) Transition écologique, mode d’emploi. Editions Les Petits Matins.
  • Naomi Klein (2019) Plan B pour la planète – Le New Deal vert. Editions Acte Sud.
  • Jonathan Durand Folco (2017) A nous la ville ! Traité de municipalisme. Editions Ecosociété.

Quelques organismes et initiatives collectives mobilisés pour la transition au Québec:

[1] Markard, J., Raven, B., et Truffer, B. Sustainability transitions: An emerging field of research and its prospects Research policy 41 (6) – 955-967 (2012) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S004873331200056X

[2] Hölscher, K., Wittmayer, J. et Loorbach, D. Transition versus transformation: what’s the difference? Environmental Innovations and Societal Transitions 27 1-3 (2018) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2210422417300801#bbib0005

[3] Audet, R. Le champ des sustainability transitions : origines, analyses et pratiques de recherche. Cahiers de recherche sociologique, (58), 73–93 (2015) https://www.erudit.org/fr/revues/crs/2015-n58-crs02474/1036207ar/

[4] Audet, R. The double hermeneutic of sustainability transitions Environmental Innovation and Societal Transitions (11) 46–49 (2014) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2210422414000173

[5] Bauhardt C., Solutions to the crisis? The Green New Deal, Degrowth, and the Solidarity Economy: Alternatives to the capitalist growth economy from an ecofeminist economics perspective Ecological economics 102 60-68 (2014) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0921800914000950

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